(Ottawa) Le gouvernement Trudeau continuera de plaider en faveur du pipeline Keystone XL, assure le ministre fédéral des Ressources naturelles Seamus O’Regan, même si le président désigné Joe Biden pourrait révoquer le permis de construction du pipeline dès son entrée en fonction à Washington.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

« Le soutien de notre gouvernement au projet Keystone XL est de longue date et bien connu. Et nous continuons à le faire valoir auprès de nos collègues américains », a affirmé le ministre O’Regan dans une déclaration à La Presse.

« Le pétrole canadien est produit dans un cadre de politiques environnementales et climatiques rigoureuses, et ce projet permettra non seulement de renforcer les relations énergétiques vitales entre le Canada et les États-Unis, mais aussi de créer des milliers de bons emplois pour les travailleurs des deux côtés de la frontière. Les travailleurs et travailleuses de l’Alberta et de tout le Canada auront toujours le soutien de notre gouvernement », a-t-il ajouté.

Le ministre a ajouté que le gouvernement Trudeau est impatient « de travailler avec la nouvelle administration Biden et de renforcer encore les relations avec notre plus proche allié ».

M. O’Regan a fait ces commentaires alors que les premiers ministres de l’Alberta et de la Saskatchewan redoutent les conséquences économiques d’une telle décision que devrait annoncer la nouvelle administration de Joe Biden.

Citant des documents sur la transition à la Maison-Blanche, La Presse Canadienne a rapporté dimanche que le président désigné Joe Biden compte révoquer le permis pour l’expansion de l’oléoduc Keystone XL dès son premier jour au pouvoir.

Les documents comprennent une liste de tâches en vue de la journée de mercredi sur laquelle figure la signature d’un décret présidentiel pour annuler le permis de construction accordé par son prédécesseur, Donald Trump.

Le projet de TC Énergie est évalué à 8 milliards. L’expansion du pipeline acheminerait jusqu’à 830 000 barils supplémentaires de bitume dilué par jour depuis l’Alberta vers les raffineries américaines de la côte du golfe du Mexique.

Quelque 200 kilomètres de canalisations ont déjà été installés, et la construction de stations de pompage est entamée en Alberta et dans plusieurs États américains.

Tout indique que le Canada n’a pas réussi à convaincre la future administration de Joe Biden des mérites d’importer des combustibles fossiles depuis un pays allié et un partenaire commercial avec des cibles environnementales similaires aux siennes.

Le premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney, et le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, ont affirmé lundi que l’arrêt de la construction du projet controversé sera désastreux pour les économies canadienne et américaine.

M. Kenney dit que son gouvernement – qui a annoncé un investissement de 1,5 milliard dans l’expansion l’année dernière – est prêt à « utiliser toutes les voies juridiques disponibles pour protéger son intérêt dans le projet ».

M. Moe, quant à lui, exhorte le premier ministre Justin Trudeau à rencontrer M. Biden et dit que son gouvernement communiquera avec ses contacts à Washington.

La donne a changé

Mais le NPD et le Parti vert saluent cette intention du président désigné qui pourrait mettre fin à la construction du pipeline Keystone XL du côté des États-Unis et pressent le gouvernement Trudeau à renoncer à toute contestation de cette décision devant les tribunaux.

Patrick Bonin, porte-parole et responsable de la campagne Climat-Énergie chez Greenpeace, va plus loin. Justin Trudeau doit faire une croix sur Keystone XL et annuler le projet d'expansion du pipeline Trans Mountain.

« Il était facile pour Justin Trudeau de se prétendre leader du climat avec Trump à la Maison-Blanche, mais l’élection de Joe Biden vient changer complètement la donne », a affirmé M. Bonin dans un courriel à La Presse.

« Avec l’administration Biden qui s’apprête à rejoindre l’Accord de Paris et à dévoiler le plan climatique le plus ambitieux de l’histoire des États-Unis, le gouvernement Trudeau sera largué s’il continue à faire la promotion des pipelines et à refuser de réduire rapidement les émissions en provenance des sables bitumineux », a-t-il ajouté.

Le gouvernement Trudeau doit oublier Keystone XL et plutôt travailler avec M. Biden pour proposer une véritable relance juste et verte et développer une approche nord-américaine ambitieuse en matière de lutte contre les changements climatiques.

Patrick Bonin, porte-parole de Greenpeace

Le chef du NPD, Jagmeet Singh, a soutenu que l’annulation du permis de construction n’est pas une surprise. Au lieu de la contester, le gouvernement Trudeau doit consacrer ses efforts et ses ressources à accélérer la transition vers une économie plus verte.

Des responsables de la campagne démocrate avaient promis en mai dernier que s’il était élu, M. Biden ferait une croix sur le controversé projet transfrontalier, mais les délais dans lesquels il comptait procéder n’avaient pas été précisés.

« Le marché mondial montre clairement que les emplois du futur, ce sont les emplois qui nous permettent de s’attaquer aux changements climatiques. […] Je suis inquiet pour les travailleurs et travailleuses qui ont peur maintenant. C’est pourquoi on doit faire des investissements dès maintenant pour créer de bons emplois qui font face à la crise climatique », a affirmé le chef néo-démocrate.

Un ministre du Climat, suggère le Parti vert

La leader du Parti vert, Annamie Paul, s’est aussi félicitée de l’intention du nouveau président des États-Unis. Si le gouvernement Trudeau décide de défendre le projet Keystone XL devant les tribunaux, il va démontrer qu’il ne prend pas la lutte aux changements climatiques au sérieux, dit-elle.

« Nous avons un nouveau président désigné aux États-Unis qui veut absolument travailler pour combattre la crise climatique. Il veut reprendre le leadership sur le plan international. Il ne faut pas gaspiller cette opportunité », a dit Mme Paul en conférence presse.

Elle suggère d’ailleurs au gouvernement Trudeau de créer au poste de ministre du Climat qui aurait comme mandat de veiller à ce que le Canada se donne des cibles plus ambitieuses en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). Aussi, ce nouveau ministre pourrait être l’interlocuteur de John Kerry, nommé au poste de représentant spécial pour le climat au sein de l’administration Biden.

Elle a aussi fait valoir que les investissements dans l’énergie durable créent davantage d’emplois que les investissements dans l’énergie fossile,

L’économie verte est un secteur qui crée huit emplois pour chaque million de dollars investis, comparativement au secteur de l’énergie fossile qui ne créé que trois emplois pour le même montant. Tout le monde comprend ça.

Annamie Paul, cheffe du Parti vert

L’ambassadrice du Canada aux États-Unis, Kirsten Hillman, soutient depuis des mois que le projet n’est pas le même que celui qui avait été rejeté par l’administration de Barack Obama en 2015 – ce qu’elle a réaffirmé par voie de communiqué dimanche.

« Les émissions de GES par baril ont chuté de 31 % depuis 2000 et l’innovation continuera de stimuler le progrès », a-t-elle fait valoir.

L’oléoduc rimerait avec de bons emplois syndiqués de part et d’autre et de la frontière « à un moment où la reprise économique est une priorité », a-t-elle ajouté.

Mme Hillman a aussi tenu à souligner que le gouvernement fédéral a renforcé son plan de lutte contre les changements climatiques dans le but de dépasser sa cible de réduction des gaz à effet de serre pour 2030 et d’atteindre la carboneutralité d’ici 2050.

 Avec La Presse Canadienne