(Ottawa) Une « attaque contre la démocratie ». Une « horreur provoquée par Donald Trump ». Un « jour sombre ». L’irruption au Capitole de Washington de hordes de fidèles du président défait, et que son successeur Joe Biden ne s’est pas gêné de taxer d’« insurrection », a consterné la classe politique canadienne.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

« Les Canadiens sont profondément perturbés et attristés par l’attaque contre la démocratie survenue aux États-Unis, notre plus proche allié et voisin. La violence ne l’emportera jamais sur la volonté du peuple. La démocratie aux États-Unis doit être respectée, et elle le sera », a déclaré le premier ministre Justin Trudeau, mercredi.

Son tweet a été lu sur les ondes de certains réseaux américains, à l’instar d’autres en provenance de dirigeants de partout dans le monde.

Un peu plus tôt, lors d’un entretien avec une station de radio de Vancouver, il arguait que « les institutions démocratiques américaines sont solides » et disait espérer « que la situation reviendra à la normale sous peu », en indiquant que le gouvernement continuerait à « prendre les mesures nécessaires pour servir les intérêts des Canadiens dans le cadre de nos relations avec les États-Unis, quelle que soit l’évolution de la situation ».

Son ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, s’est aussi tourné vers Twitter pour communiquer des propos de la même teneur. « Le Canada est profondément troublé par la situation à Washington DC. La transition pacifique du pouvoir est fondamentale pour la démocratie – elle doit se poursuivre et elle aura lieu », a-t-il indiqué, en profitant au passage pour envoyer ses « pensées » au « peuple américain ».

De son côté, l’ambassadrice du Canada aux États-Unis, Kirsten Hillman, a tenu à préciser que le personnel de l’ambassade du Canada était sain et sauf. L’édifice qui abrite les diplomates est situé à quelques minutes de marche du Capitole, en plein cœur de la capitale fédérale.

À Québec, le premier ministre François Legault a affirmé que les images « très inquiétantes » en provenance de Washington étaient le reflet d’un « jour sombre pour la démocratie américaine ». Il a toutefois dit croire « que ce grand pays va rebondir comme il l’a toujours fait dans son histoire ».

Le premier ministre québécois a publié son message avant sa conférence de presse sur le durcissement des mesures de lutte contre la COVID-19, y compris l’entrée en vigueur d’un couvre-feu – et alors qu’à Washington, un couvre-feu décrété par la mairesse dans la foulée des évènements survenus au Capitole s’apprêtait à frapper les habitants de la ville, à 18 h.

L’opposition à Ottawa aussi sous le choc

À Ottawa, le chef du Parti conservateur du Canada, Erin O’Toole, a été le premier des chefs fédéraux à offrir une réaction aux évènements qui secouent la capitale américaine, alors que des hordes de manifestants ont envahi le siège du Congrès des États-Unis.

« L’assaut qui est mené contre le Capitole présentement est une atteinte à la liberté et à la démocratie. Je suis profondément attristé de voir le chaos s’emparer de notre plus grand allié », a-t-il exprimé sur les réseaux sociaux, mercredi.

Le chef bloquiste Yves-François Blanchet a quant à lui imputé la responsabilité des débordements au sud de la frontière au 45e président des États-Unis, qui n’a toujours pas concédé la victoire à son rival démocrate Joe Biden, même si celui-ci a gagné et deviendra officiellement le 20 janvier prochain le 46e locataire de la Maison-Blanche.

Le dirigeant du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, a fait la même lecture de la situation.

« L’horreur qui se déroule à Washington est effrayante et elle a été provoquée par Donald Trump. Il peut y mettre fin maintenant, mais il refuse de le faire. La démocratie ne doit pas être intimidée. La violence doit cesser », a-t-il écrit sur Twitter.

Si elle s’est dite très inquiète de ce qui se jouait à Washington, la cheffe du Parti vert du Canada, Annamie Paul, a tout de même voulu se montrer philosophe en plaidant que « des moments comme ceux-ci soulignent l’importance du respect de l’état de droit et du transfert pacifique du pouvoir – des principes dont dépend toute démocratie saine ».