(Québec) Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, prévient la direction de Bombardier qu’elle aura des comptes à rendre aux Québécois une fois cette nouvelle crise traversée. Mais il écarte d’emblée la commission parlementaire réclamée par Québec solidaire.

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

« Le gouvernement a mis 1 milliard US dans la C Series, le gouvernement a mis, par l’entremise de la Caisse de dépôt, 2 milliards dans le service ferroviaire de Bombardier », a énuméré mercredi le ministre au Salon bleu. « Je pense qu’à juste titre, il faut comprendre où est allé l’argent. Il faut comprendre ce qui s’est passé. »

Pierre Fitzgibbon répondait à la question du député de Québec solidaire, Vincent Marissal, qui a réclamé que la haute direction de Bombardier, dont le grand patron Alain Bellemare, soit entendue en commission parlementaire.

« Est-ce la bonne forme ? Il va falloir que j’y pense, que je consulte des experts dans le domaine parlementaire, ce n’est pas mon expertise. Je pense par contre que c’est important que le message soit passé », a précisé M. Fitzgibbon, faisant allusion à la nécessité d’obtenir des explications publiques de l’entreprise québécoise.

À la sortie de la période de questions, le ministre a cependant écarté la tenue d’une commission parlementaire, mais a réitéré que Bombardier devra s’expliquer publiquement, par exemple lors d’une conférence de presse. « Une commission parlementaire, ça ne donne rien », a-t-il laissé tomber.

Ces explications devront venir après le tumulte, croit M. Fitzgibbon, rappelant que des transactions sont imminentes pour Bombardier. « Je pense qu’il va être justifié, après les transactions, de bien comprendre le résiduel de Bombardier », a-t-il soulevé en Chambre, rappelant que la priorité du gouvernement est de conserver les emplois.

Mardi, le ministre de l’Économie a admis que l’entreprise, aux prises avec une lourde dette, ne pourra pas conserver ses deux principales divisions et devra se départir soit des trains, soit des avions d’affaires. Selon le Wall Street Journal, Bombardier envisagerait d’ailleurs la vente de sa division d’affaires à l’américaine, Textron.

Rappelons que le gouvernement du Québec n’a pas reçu de demande « formelle » de contribution financière de la part de l’entreprise. Bombardier est à la recherche « d’options stratégiques » pour lutter contre sa dette de 9 milliards US.  

« À ce moment-ci, que ce soit du côté de Michael Sabia, du gouvernement, du conseil d’administration de Bombardier ou d’Alain Bellemare, je pense que tout le monde est pas mal aligné. Ça me rend confortable qu’on va avoir une solution satisfaisante », a laissé savoir le ministre de l’Économie.

Le potentiel dans les trains, dit Legault

PHOTO RYAN REMIORZ, LA PRESSE CANADIENNE

François Legault

Le premier ministre estime que le potentiel de croissance économique est supérieur dans la division des trains que dans celle des avions d’affaires, soulignant la forte demande pour le transport en commun. Mais il souligne en contrepartie que les emplois sont beaucoup plus nombreux dans la division avion au Québec.

« Du côté des avions, on ne voit pas avant 20 ans des avions électriques. Il va y avoir une pression avec le mouvement pro-environnement qui va être difficile pour la partie avion […] Il y a 13 000 emplois dans la division avion et seulement 1000 dans la division train au Québec. […] Il n’y a pas de réponse évidente », a admis M. Legault.

Son gouvernement dit pour l’heure évaluer les scénarios pour éviter que des emplois soient perdus au Québec. « On n’est pas dans une situation facile », ajoute-t-il. « On a une poignée du côté des trains », mais pas dans celle des avions d’affaires.

Québec est essentiellement impliqué dans les discussions sur l’A220 (ancienne C Series), dans lequel il a une part de 16 %. La Caisse de dépôt a quant à elle 30 % des actions de la division ferroviaire. « Pour la divisions des avions, nous n’avons malheureusement rien à dire », a-t-il déploré en mêlée de presse.

Pas d’argent sans garanties

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Vincent Marissal

Les partis d’opposition réaffirment que Québec ne doit pas dépenser un sou de plus dans Bombardier sans que des garanties soient offertes pour préserver les emplois au Québec. « Si on doit investir [dans Bombardier], et je dis un gros si, [il faut] préserver les emplois », lancé le député Vincent Marissal.  

« La population québécoise en a marre de se faire prendre pour un guichet automatique chaque fois que Bombardier prend des mauvaises décisions », a-t-il ajouté devant les journalistes.

Le chef intérimaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, abondait dans le même sens. « [C’est] l’argent durement gagné des Québécois qui a été envoyé chez Bombardier. C’est énormément d’argent. S’il fallait en envoyer davantage, ça prend des garanties », a-t-il soutenu, taxant l’administration d’Alain Bellemare « de fiasco ».

Mardi, le Parti québécois a déposé une motion – qui a été rejetée – demandant au gouvernement de ne pas investir davantage de fonds publics dans Bombardier ou l’une de ses filiales « tant que des changements significatifs n’auront pas été apportés dans l’équipe de haute direction ».

-Avec Hugo Pilon-Larose et Tommy Chouinard