(Ottawa) Déjà le doyen des élus de la Chambre des communes depuis 2008, le député du Bloc québécois Louis Plamondon vient d’enregistrer un nouveau record.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Le 27 novembre, il est devenu le député francophone ayant siégé le plus longtemps sans interruption au Parlement : 36 ans, 2 mois et 25 jours. Il a ainsi éclipsé le record de l’ancien député libéral de Bonaventure Charles Marcil, qui tenait le coup depuis 1937.

Élu d’abord sous la bannière du Parti progressiste-conservateur en 1984 avant de quitter le parti pour fonder le Bloc québécois en 1990 avec une poignée de députés déçus de l’échec de l’accord constitutionnel du lac Meech, M. Plamondon a maintenant un autre record en vue. Il veut devenir le député ayant siégé le plus longtemps de façon continue dans l’histoire du Canada.

Cet exploit (39 ans, 6 mois et 29 jours) appartient à l’ancien ministre libéral Herb Gray. L’exploit lui a valu le titre de « très honorable », au moment de sa retraite en janvier 2002, un titre qui est réservé à la fonction de premier ministre. Il lui a été décerné par la gouverneure générale de l’époque Adrienne Clarkson en raison de sa longue carrière.

« Ça prend un brin de folie un peu pour faire cela », lance en riant au bout du fil Louis Plamondon, qui est reconnu pour ses grandes qualités humaines et son dévouement envers les gens de sa circonscription.

PHOTO JEAN GOUPIL, ARCHIVES LA PRESSE

Louis Plamondon (troisième à partir de la gauche) a participé à la fondation du Bloc québécois, en 1990.

Si le député bloquiste remporte son pari, le record de longévité au Parlement canadien appartiendrait donc paradoxalement… à un souverainiste ! Ayant déjà 11 mandats à son actif, il partage le record du plus grand nombre d’élections avec l’ancien premier ministre libéral Wilfrid Laurier. Un 12e mandat lui permettrait de dépasser cinq députés anglophones qui ont siégé plus longtemps que lui depuis 1867. Parmi eux se trouve John Diefenbaker, un ancien premier ministre, bon deuxième derrière Herb Gray (39 ans, 4 mois et 2 jours).

Âgé de 77 ans, M. Plamondon a déjà confirmé qu’il sera candidat bloquiste dans sa circonscription de Bécancour‑Nicolet‑Saurel aux prochaines élections qui, selon lui, pourraient avoir lieu au printemps.

Si le prochain gouvernement est majoritaire, M. Plamondon serait assuré d’établir un nouveau record en terminant son mandat de quatre ans.

« Je me dis toujours que si Joe Biden a été élu à 77 ans pour diriger les États-Unis, je dois être capable de diriger un comté quand même ! », affirme le député bloquiste en s’esclaffant.

LA FORMULE PLAMONDON

Louis Plamondon a connu les belles années et les années difficiles du Bloc québécois. Il a connu bien des chefs aussi. Il a été l’un des quatre rares députés de son parti à survivre à la vague orange de 2011 au Québec.

Quel est son secret ? La politique de proximité. En temps normal, il participe en moyenne à environ une dizaine de cérémonies par semaine dans sa circonscription, surtout les fins de semaine. « Je m’ennuie à mourir pendant la pandémie. Je tourne en rond pas mal ! », dit-il.

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Louis Plamondon mise sur la politique de proximité.

« C’est important, le contact et la proximité avec les gens. Il faut s’intéresser au quotidien des gens. Il faut que ton bureau devienne la plateforme de revendication de tes commettants, de tes organismes, de tes gens d’affaires. Il faut s’intéresser aux gens, à leurs succès, à leurs peines et aussi, il faut être toujours disponible. »

Il demeure d’ailleurs le « premier de classe » quand il s’agit de recueillir de l’argent pour financer ses campagnes électorales.

Il ne faut pas négliger d’aller sur le terrain. Je ne prends jamais de vacances et mon numéro de téléphone est dans l’annuaire.

Louis Plamondon, député bloquiste

Une poignée de main à une personne âgée se traduit souvent par un appui aux élections, rappelle-t-il aux néophytes. Autre exemple : durant la Semaine des policiers, il envoie une lettre d’appréciation à tous les policiers. « J’ai exactement 344 policiers dans mon comté. » Il envoie aussi une carte de condoléances à tous les citoyens qui ont perdu un proche. Il fait parvenir un mot de félicitations à ceux qui réalisent des exploits, même les plus jeunes. « Si un club de hockey gagne un tournoi, tu appelles l’entraîneur, tu demandes le nom des joueurs et tu envoies un beau petit certificat aux joueurs. Ils amènent cela chez eux, les parents voient cela et je viens de toucher la famille au complet », raconte-t-il.

Il retourne sans faute tous ses appels, répond personnellement à toutes les lettres et à tous les courriels qu’il reçoit. « Mon objectif, c’est de parler à au moins 10 personnes par jour, pendant cinq jours. Cela fait 50 personnes par semaine, 2500 personnes par année. Au bout de quatre ans, ça fait 10 000 personnes. Et avec l’époux ou l’épouse, ça donne 20 000 personnes. C’est souvent après avoir parlé aux gens que tu vas avoir leur confiance totale. »

Fort de sa longue expérience, il n’hésite pas à prendre sous son aile les jeunes élus bloquistes.

Quand certains lui demandent s’il est préférable d’interpeller en privé un ministre pour faire débloquer un dossier ou de tenir une conférence de presse, sa réponse est toujours la même : « Je leur dis toujours : opération tétage d’abord et opération chantage après », lance-t-il dans son langage coloré.

PHOTO ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, fait campagne auprès des employés d'une usine en avril 1997, aux côtés de Louis Plamondon (entre les deux hommes).

En 36 ans et quelques mois de vie parlementaire, Louis Plamondon a vu défiler les grands de ce monde à Ottawa : Ronald Reagan, François Mitterrand, Tony Blair, Barack Obama et ainsi de suite. Son souvenir le plus marquant demeure sa rencontre inopinée avec l’ancien président de l’Afrique du Sud Nelson Mandela, qui terminait une visite guidée du parlement, une heure avant de prononcer un discours à la Chambre des communes, en septembre 1998.

« Je me rendais à la Chambre des communes et je suis arrivé juste à côté de lui. Le guide m’a présenté à M. Mandela, mais je n’ai pas été capable de lui parler. J’ai figé raide. Le visage de cet homme était si inspirant. Tout m’est passé par la tête, ses 27 ans de prison pour demander la démocratie, sa libération, et il est devenu président de son pays. Il représentait la paix, la réconciliation. Je vous en parle, et j’ai les larmes aux yeux encore. Il était tellement impressionnant. Je m’en rappellerai toujours. »