Chantal Rouleau est sans doute la ministre la plus discrète du gouvernement Legault. Certains lui reprochent de l’être un peu trop en cette période de pandémie. Mais cela ne veut pas dire qu’elle est inactive. L’annonce cette semaine de la phase II du REM en témoigne. Rencontre avec la ministre responsable de la Métropole.

Mario Girard Mario Girard
La Presse

J’ai fait ma demande d’entrevue avec Chantal Rouleau au début du mois de décembre. Son directeur des communications savait que je voulais aborder sa quasi-invisibilité durant la pandémie.

On m’a finalement fixé un rendez-vous téléphonique mercredi dernier, soit le lendemain de la flamboyante annonce concernant le projet de train léger vers l’est de Montréal.

Comme le hasard fait les choses…

En plein cœur de la crise, alors que les tandems Legault-Arruda et Plante-Drouin occupaient beaucoup l’espace médiatique, beaucoup se sont demandé où était Chantal Rouleau. Le député Pierre Arcand, porte-parole de l’opposition officielle pour la Métropole, a posé plusieurs fois la question au cours des derniers mois.

Cela heurte Chantal Rouleau.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Chantal Rouleau, ministre déléguée aux Transports et ministre responsable de la Métropole et de la région de Montréal, lors de l’annonce du prolongement du REM dans l’est de Montréal, mardi

Je ne suis pas d’accord avec vous quand vous dites qu’on m’a peu vue. Lors de la première phase de la pandémie, le premier ministre sortait publiquement au quotidien. C’est lui qui devait faire cela. Il avait un message important à livrer à l’ensemble des Québécois. Il y avait une grande nervosité dans l’air. On parle ici d’une pandémie mondiale.

Chantal Rouleau, ministre déléguée aux Transports et ministre responsable de la Métropole et de la région de Montréal

Chantal Rouleau a rapidement compris que ses collègues à la Santé, à l’Économie ou à l’Emploi devaient davantage être mis de l’avant. « Mon rôle est transversal. Je dois travailler avec tous ces gens. Je dois m’assurer d’une bonne coordination de l’offre gouvernementale pour la métropole. Et c’est ce que j’ai fait. »

Dans l’ombre, Chantal Rouleau s’est notamment attaquée à la consolidation du réseau de communications entre les CIUSSS de la région métropolitaine. Cela a donné lieu à la création d’un « centre de commandement » qui gère tous les services offerts à la population.

L’une des grandes préoccupations de la ministre Chantal Rouleau fut le sort de Montréal-Nord, qui, en plus de défis sanitaires, était aux prises avec des problèmes de violence et faisait face à des besoins sociaux importants. Ce secteur de la ville a été victime d’un certain cafouillage dans la coordination des actions.

« Il y a eu des jeunes qui ne savaient plus quoi faire de leur temps et qui, à un moment donné, se sont retrouvés dehors avec des fusils. Je ne peux pas rester insensible à une situation semblable. Je suis intervenue. »

Deux têtes fortes

Lundi dernier, lors du dévoilement de la phase II du projet du REM, Chantal Rouleau et Valérie Plante se sont échangé des fleurs. On aurait pu croire qu’elles étaient soudées l’une à l’autre.

Pourtant, des bruits de coulisses rapportent que ce n’est pas toujours l’harmonie entre les entourages des deux politiciennes. Dans un reportage publié en juillet dernier dans L’actualité, le journaliste Alec Castonguay brosse un tableau peu idyllique de l’ambiance qui règne parfois entre Montréal et Québec.

Alors que le gouvernement de François Legault s’affairait à mettre sur pied un poste d’accueil et d’information pour les voyageurs qui arrivaient à Montréal par l’aéroport Trudeau, l’équipe de l’administration Plante, qui réclamait cette mesure du fédéral depuis quelques jours, a eu vent du déploiement qui se préparait.

Le lundi 16 mars, quelle ne fut pas la surprise des membres du gouvernement Legault d’apercevoir Valérie Plante, au côté de Mylène Drouin, directrice de santé publique de Montréal, dans la zone des arrivées de l’aéroport Trudeau en train de s’adresser aux médias.

Des sources m’ont raconté exactement la même histoire. À Québec, on a carrément eu l’impression de se faire tirer le tapis sous les pieds. La chose a suscité beaucoup de grogne au bureau de Chantal Rouleau. Cette dernière prend soin d’éviter le sujet.

Ça se passe bien avec l’administration Plante et la mairesse. Est-ce que nous avons des discussions corsées ? Certainement. C’est une tête forte. Et j’en suis une aussi. Nous avons parfois des opinions divergentes sur des sujets. Mais notre objectif est d’arriver à un consensus pour le bien-être des Montréalais.

Chantal Rouleau, ministre déléguée aux Transports et ministre responsable de la Métropole et de la région de Montréal

Au cours de la dernière année, Chantal Rouleau affirme qu’elle a eu des contacts réguliers avec la mairesse Valérie Plante et la Dre Mylène Drouin. « Je ne vous montrerai pas mon agenda, mais je peux vous assurer qu’il était très bien rempli. »

Une nouvelle vie pour l’est

Depuis mardi dernier, Chantal Rouleau est sur un nuage. Le projet de développement du REM avec l’ajout de nouvelles branches, l’une vers l’est et l’autre vers le nord, a enfin été dévoilé.

Lors de la conférence de presse, François Legault a souligné l’insistance de sa ministre en disant qu’elle le talonnait « toutes les deux semaines » pour savoir quand ce moment allait enfin avoir lieu.

Ce tracé, c’est celui de Chantal Rouleau. Elle le reconnaît, même si elle s’empresse de souligner l’apport important de CDPQ Infra et de la Ville de Montréal dans ce projet. « Il y a eu plusieurs rencontres politiques avec la mairesse Valérie Plante et son entourage. Elle avait des questionnements légitimes que nous avions eus également. »

Pour Chantal Rouleau, le développement du secteur de l’est de Montréal est un enjeu crucial.

Il y a des choses que j’ai pu faire comme mairesse de Rivière-des-Prairies et il y a des choses que je pouvais réaliser comme députée. Mais en tant que ministre déléguée aux Transports et responsable de la Métropole, François Legault m’a donné des outils puissants pour agir.

Chantal Rouleau, ministre déléguée aux Transports et ministre responsable de la Métropole et de la région de Montréal

Il n’est pas facile d’amener Chantal Rouleau à quitter son langage de politicienne. Je lui ai quand même demandé ce qu’elle avait à dire aux Montréalais pour leur donner du courage en cette période très éprouvante.

« Je sais pertinemment que la dernière année a été très difficile. Les prochains mois seront cruciaux. Il faut sortir de cette crise tout le monde ensemble. Nous sommes un peuple très résilient. On va y arriver. Mais tant et aussi longtemps que nous ne serons pas tous vaccinés, il va falloir continuer à respecter les règles sanitaires. »

Sur un plan plus personnel, celle qui est mère d’un garçon a vécu toute une gamme d’émotions au cours de la dernière année. « Ce fut une année qui m’a fait voir de la misère. Mais aussi du courage, de la solidarité, de l’entraide et je dirais même des moments de bonheur. Ces instants resteront gravés à tout jamais dans ma mémoire. J’ai vu des choses exceptionnelles qui changent une vie. »