« Jamais il n’y a eu une volonté aussi ferme d’agir », dit le groupe d’action du gouvernement Legault

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

Le Groupe d’action contre le racisme propose la mise en œuvre de 25 mesures contre le racisme, mais il demande aussi de nommer un ministre responsable du dossier.

Cette proposition, présentée lundi par trois ministres, en conférence de presse, sur un ton formel, voire solennel, montre que le gouvernement veut envoyer le message qu’il prend le racisme très sérieux.

Le Groupe d’action a été créé le 15 juin dans la foulée de la mort de l’Américain George Floyd. Il comprend les ministres Lionel Carmant (délégué à la Santé et aux Services sociaux), Nadine Girault (Immigration) et Ian Lafrenière (Affaires autochtones). Les autres membres sont les députés caquistes Denis Lamothe, Christopher Skeete, Isabelle Lecours et Sylvie D’Amours.

« Jamais il n’y a eu une volonté aussi ferme d’agir et surtout, de faire tout le suivi nécessaire pour qu’on puisse mesurer les effets de ces actions », a affirmé Mme Girault, coprésidente avec M. Carmant du Groupe d’action.

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Lionel Carmant, ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux

Ces deux ministres, tous deux d’origine haïtienne, ont rappelé qu’eux aussi ont connu les difficultés que vivent les minorités visibles.

Les 25 mesures contre le racisme envers les communautés ethnoculturelles et les Autochtones, que La Presse a décrites en primeur lundi, sont des actions concrètes, immédiates et mesurables plutôt que des vœux pieux et des déclarations d’intention. Le gouvernement Legault se donne deux ans pour les mettre en application.

« Taper sur les doigts »

La priorité du nouveau ministre responsable de la lutte contre le racisme sera de s’assurer que ces actions sont mises en place et qu’elles donnent des résultats, a insisté Mme Girault. « Ça va être son travail de taper sur les doigts, finalement, de ceux qui ne font pas leur travail, et de s’assurer de reconnaître ceux qui le font bien. »

Le Groupe d’action souhaite que le gouvernement commence par rendre obligatoire l’interdiction des interpellations policières aléatoires, « fondées sur la race, la couleur, l’origine ethnique ou nationale, la religion et la condition sociale ».

Autrement dit, pour qu’une interpellation ait lieu, il faudra un motif clair de la part des forces de l’ordre, et en informer le citoyen au moment de l’interpellation. Actuellement, cette mesure n’a pas force de loi. Notre action viendra ancrer l’obligation de respecter cette mesure dans le code déontologique des policiers.

Lionel Carmant, ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux

Dans la même veine, le Groupe recommande d’ajouter des intervenants en services sociaux aux corps policiers pour créer des équipes de patrouille mixte, et de mettre en place de la formation continue pour les forces de l’ordre sur la question du racisme.

Il propose aussi de former les employés de l’État sur la question du racisme et d’augmenter, d’ici cinq ans, le pourcentage de membres des minorités visibles au sein des effectifs de la fonction publique afin qu’il soit représentatif de celui observé au sein de la population du Québec.

Logement et éducation

En ce qui a trait à l’accès au logement, le Groupe souhaite faciliter le processus de plainte. « Il nous faut mieux orienter les victimes et mieux éduquer les propriétaires », a dit M. Carmant.

Il suggère aussi de profiter de la réforme du cours Éthique et culture religieuse pour sensibiliser davantage les élèves du primaire et du secondaire aux enjeux du racisme, comme l’a rapporté La Presse.

« Les futurs enseignants, également, doivent être sensibilisés et préparés à présenter ces notions en classe », a ajouté M. Carmant.

L’accès à l’emploi et la sous-représentativité des minorités visibles au sein des conseils d’administration font aussi l’objet de mesures. Le Groupe demande de négocier et de conclure, d’ici cinq ans, des ententes internationales en matière de reconnaissance des qualifications professionnelles. Il veut aussi faciliter l’évaluation des compétences par les ordres professionnels pour les immigrants dotés de diplômes dans leur pays d’origine.

Le gouvernement compte également lancer une campagne nationale de sensibilisation pour réduire l’incompréhension et s’attaquer à certains comportements individuels.

La question autochtone

La deuxième partie du rapport, contenant 12 mesures, tient compte des réalités des Autochtones, dans les secteurs des services publics, de la sécurité, de la justice et du logement.

Ainsi, la campagne de sensibilisation aura deux volets : un volet sur les minorités visibles et un autre sur les communautés autochtones.

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Ian Lafrenière, responsable des Affaires autochtones

Une formation obligatoire sera aussi donnée au personnel de la fonction publique sur les réalités des Premières Nations. « Autre exemple du traitement spécifique réservé aux Premières Nations et aux Inuits : la mise à jour des notions concernant l’histoire autochtone et de son héritage dans le cursus scolaire », a précisé M. Lafrenière.

« Ce qui importe, c’est [de mettre en branle] un réel changement dans la représentation et la compréhension des réalités autochtones auprès de la population québécoise. C’est de transmettre la vérité et la justice. Tout le monde en sort gagnant », a-t-il enchaîné.

Le Groupe d’action demande, enfin, au gouvernement d’envoyer un signal clair pour mettre fin à toute pratique visant à empêcher quiconque de parler une langue autochtone dans les services publics. Il compte aussi augmenter les ressources des organismes communautaires autochtones pour favoriser l’accès à la justice.

« L’arbre qui cache la forêt »

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Ghislain Picard, chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador

L’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL) estime que ce rapport est « l’arbre qui cache la forêt ». « Jusqu’à maintenant, le gouvernement Legault adopte une approche à la pièce, sans prendre le temps d’aller à la source des enjeux sociaux que nous connaissons », dit Ghislain Picard, chef de l’APNQL, dans un communiqué. « C’est le cas aujourd’hui, avec une série de mesures qui risquent d’être sans effet durable si l’on ne s’attaque pas à démystifier les causes profondes du racisme et de la discrimination. » M. Picard rappelle que l’APNQL s’est engagée avec le gouvernement Legault, en octobre, à mettre sur pied une Table politique conjointe visant à régler des enjeux cruciaux pour les Premières Nations, « mais également pour l’ensemble de la société québécoise ».