(Québec) L’accès aux ministres du gouvernement Legault se monnaie au coût de 100 $.

Patrice Bergeron
La Presse Canadienne

C’est ce qu’on apprend en consultant le site de la Coalition avenir Québec (CAQ).

Ainsi, pour un webinaire avec les ministres du Travail, Jean Boulet, et la ministre du Tourisme, Caroline Proulx, il en coûte 100 $, soit la contribution individuelle maximale autorisée par année à un parti politique. Le webinaire avait lieu ce vendredi de midi à 13 h.

Ceux qui l’ont manqué pourront se reprendre en donnant généreusement à la CAQ au cours d’autres webinaires prévus en décembre avec des ministres. Selon une liste fournie par le Parti québécois (PQ), depuis janvier 2019, la CAQ a ainsi organisé plus de 80 activités à 100 $ la contribution.

La directrice générale de la CAQ, Brigitte Legault, a affirmé que tous les partis organisent ainsi des activités de financement virtuelles.

« Les adversaires le font aussi », a-t-elle déclaré en évoquant par exemple les libéraux, dans une entrevue téléphonique avec La Presse Canadienne vendredi.

« On n’est pas tout seuls. Regardez votre article, (qui laisse entendre) qu’on est tout seuls et on est méchants, qu’on utilise ça. On n’est pas acheté du tout pour 100 $, une contribution qui est totalement légale. »

Elle a assuré qu’il n’y avait « pas du tout » de conflit d’intérêts ou d’apparence de conflit d’intérêts, en rappelant que le don est d’abord viré au Directeur général des élections (DGE).

« Ce n’est rien de caché, a insisté Mme Legault. C’est traité avec la même rigueur. »

En moyenne, entre 75 et 100 personnes prennent part à ces activités virtuelles, a-t-elle précisé.

Le chef parlementaire péquiste Pascal Bérubé, a dénoncé cette « pratique généralisée » à la CAQ.

« Contrairement au Parti québécois, ils n’ont pas de base militante, pas de membres, alors on appâte avec des ministres », a-t-il illustré, en assurant que le PQ pour sa part ne reçoit que des petits dons de ses propres membres. Le PQ a dénombré plus de 80 activités de la CAQ à 100 $ le billet, dont environ une quinzaine virtuelles par le web.

M. Bérubé appelle à resserrer les pratiques de financement des partis politiques.

« Rendre conditionnel l’accès à un ministre en échange de financement, ça place les ministres à risque, et ça rend mal à l’aise ceux qui n’ont pas l’argent pour y participer. Ils se sentent obligés de participer à une activité partisane pour avoir accès à un ministre. Les gens ne devraient plus avoir à attendre quoi que ce soit en retour en accordant du financement à un parti. »

Le fonctionnement des webinaires de la CAQ ressemble à celui des cocktails de financement traditionnels qui se déroulent dans une salle.

Une fois la contribution acquittée, le participant a accès à une téléconférence par l’application Zoom. Le ministre livre une allocution, puis les participants peuvent poser des questions sur des enjeux souvent nationaux, durant 45 à 60 minutes en général.

Impossible d’en profiter pour faire avancer un dossier, a dit la directrice de la CAQ. « Les gens ne s’attendent pas à ce qu’on règle les dossiers en direct. »

La CAQ prévoit d’autres activités de financement virtuelles en décembre. Les citoyens sont invités à remplir les coffres du parti pour pouvoir participer à un webinaire mercredi prochain, cette fois avec la ministre déléguée à l’Éducation, Isabelle Charest, et une fois de plus Caroline Proulx.

Le lendemain, jeudi, on offre aux donateurs de « discuter de la relance économique avec le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, et la députée de Jean-Talon, Joëlle Boutin ».

Rappelons que le chef caquiste François Legault a toujours répété que son gouvernement et ses ministres n’étaient pas « achetables », c’est-à-dire qu’ils étaient à l’abri de tout trafic d’influence.