(Montréal) Les chefs atikamekw expriment leur déception à la suite du refus du gouvernement québécois d’adopter des mesures visant à améliorer les soins de santé pour les Autochtones à cause d’une référence au racisme systématique.

La Presse Canadienne

Le conseil des Atikamekw de Manawan et le conseil de la Nation Atikamekw ont remis le 16 novembre un mémoire intitulé « Principe de Joyce » au cabinet du premier ministre François Legault.

Ce mémoire faisait suite au décès de Joyce Echaquan, une mère de sept enfants morte en septembre dans des circonstances troublantes à l’Hôpital de Joliette. Avant son décès, elle s’était filmée de sa civière. Vers la fin de la vidéo d’environ sept minutes, on peut voir du personnel hospitalier proférer des injures racistes à son endroit.

La vidéo avait soulevé une tempête d’indignation au Québec et au Canada.

À la suite de cette mort, des proches et sa communauté avaient réclamé des mesures afin de s’assurer que les Autochtones reçoivent des soins équitables sans être victimes de discrimination.

Mais le gouvernement caquiste a refusé d’adopter une résolution présentée par les libéraux faisant référence à la notion de racisme systémique.

Sipi Flamand, vice-chef de Manawan, dit constater que le racisme systémique est un sujet tabou parce que le gouvernement ne veut pas offenser son électorat.

Je suis stupéfait que, deux mois après la mort de Joyce Echaquan, il n’y a pas eu d’autres mesures adoptées par le gouvernement et que la nation atikamekw ait créé le Principe de Joyce pour collaborer et voir les changements dans le système de santé.

Sipi Flamand, vice-chef de Manawan

Le refus obstiné de reconnaître les répercussions et l’existence même du racisme systémique contre les peuples autochtones entraînera l’échec du gouvernement à régler ce problème, fait-il valoir.

M. Flamand reconnaît le récent investissement de 15 millions du gouvernement québécois pour accroître la sécurité culturelle des communautés des Premières Nations et des Inuits et s’assurer qu’elles reçoivent des soins qui respectent leur identité.

Le Principe de Joyce demande que le gouvernement fédéral révise son modèle de financement de la santé et des services sociaux en collaboration avec les groupes autochtones, et que le Québec mette en place un protecteur du citoyen pour la santé des Autochtones.

« Le principe de Joyce est l’élément essentiel pour obtenir la sécurité culturelle », souligne M. Flamand. Il ajoute que la campagne pour convaincre le gouvernement de l’adopter se poursuivra.

Dans une déclaration, le chef de Manawan, Paul-Emile Ottawa, déplore l’absence de volonté politique du gouvernement de régler ce problème, en dépit de solutions simples et concrètes pour aider à bâtir la confiance avec le système de santé.

Le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Ghislain Picard, a appelé les parties à mettre rapidement en œuvre la mesure telle quelle.

« Ce qui est en jeu ici, sur le plan humain, social et politique, ne doit laisser aucune place à la mesquinerie partisane », a-t-il déclaré dans un communiqué publié jeudi.

Une position attendue

Le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, a déclaré vendredi que le gouvernement était prêt à adopter les mesures proposées dans le mémoire des Atikamekw. Il a toutefois souligné que l’opposition du gouvernement à la notion de racisme systémique ne devait représenter une surprise pour personne.

Le gouvernement du Québec refuse de reconnaître le racisme systémique dans la province. Selon M. Lafrenière, cette position a été clairement expliquée aux Atikamekw lors des discussions des dernières semaines.

« Nous sommes d’accord pour ne pas être d’accord sur l’approche systémique, nous et les Premières Nations, dit M. Lafrenière. Ils peuvent être déçus, mais ils ne peuvent pas être surpris. »

Gregory Kelley, le porte-parole libéral des affaires autochtones, espère le gouvernement Legault changera d’avis, affirmant que les Atikamekw ne demandaient pas que le Principe de Joyce ne soit accepté qu’en partie.

« Le racisme systémique est décrit dans tout le document, que le gouvernement doit l’accepter, il doit se rendre compte qu’il existe dans ses institutions, souligne M. Kelley samedi. Ce sont les Autochtones qui vivent cela. Ils ne nous demandent pas de dire que cette possibilité pourrait exister, ils nous disent que c’est ce qui se passe. »