(Québec) Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a rejeté mercredi le blâme sévère prononcé par la commissaire à l’éthique à son endroit, estimant n’avoir rien à se reprocher.

Jocelyne Richer
La Presse Canadienne

Mais son opposition ne changera rien à la suite des choses, car tout indique que, fait exceptionnel, l’Assemblée nationale va sanctionner d’une seule voix le ministre Fitzgibbon, jeudi, lors d’un vote en Chambre.

Quoi qu’il en pense, M. Fitzgibbon, qui ne sera pas présent au Salon bleu au moment du vote, devra donc encaisser jeudi une humiliante leçon servie par ses pairs.

Au Salon bleu, en matinée mercredi, M. Fitzgibbon a profité du droit de parole mis à sa disposition la veille du vote pour donner sa version des faits, dans l’espoir de préserver sa réputation auprès des élus.

Visiblement contrarié, lisant un long texte, il s’est levé pour affirmer qu’il avait toujours agi de bonne foi dans son rôle de ministre et qu’il ne s’était jamais placé en situation de conflit d’intérêts ou d’apparence de conflit d’intérêts. Il a ajouté qu’il n’avait jamais tiré un profit personnel de ses contacts avec des entrepreneurs ou des lobbyistes.

Il a avoué trouver « difficile » de devoir composer avec un blâme mettant en doute son éthique. Par le détail, point par point, il a nié les conclusions de la commissaire dans chacun des trois dossiers litigieux.

Selon les règles en vigueur, les deux tiers des députés doivent approuver les conclusions de la commissaire à l’éthique pour que sa recommandation se transforme en blâme formel de l’Assemblée nationale.

Mais peu de doute subsiste sur l’issue. Reconnaissant que son ministre avait été imprudent, le premier ministre François Legault a affirmé la semaine dernière que son caucus de députés, qui forme la majorité des élus, voterait en faveur des recommandations de la commissaire, tout comme les élus des partis d’opposition.

Dans son rapport, rendu public le 29 octobre, la commissaire Ariane Mignolet déplorait à la fois des accrocs au code d’éthique des parlementaires dans le comportement du ministre, de même que son peu d’empressement à vouloir s’amender.

Elle lui reprochait surtout sa trop grande proximité avec un de ses amis entrepreneur et lobbyiste, Luc Laperrière, qui a eu droit à un accès privilégié.

Dans son rapport, la commissaire concluait que M. Fitzgibbon s’était placé dans une situation où son intérêt personnel pouvait influencer son indépendance de jugement dans l’exercice de sa charge, en raison de ses liens étroits, amicaux et financiers, avec M. Laperrière.

Ce dernier, qui avait un accès direct au ministre tout en faisant la promotion de projets auprès du gouvernement, a accepté d’acquérir des actions dans l’entreprise Move Protéine, dont M. Fitzgibbon devait se départir. Il a agi ainsi à la demande de M. Fitzgibbon, pour lui rendre service.

« Le fait qu’un lobbyiste, lié par une grande relation d’amitié avec un membre du Conseil exécutif, et qui accepte de lui acheter des actions d’une entreprise pour lui rendre service, puisse communiquer directement avec celui-ci afin d’organiser des rencontres professionnelles, nuit au maintien de la confiance de la population envers […] les institutions démocratiques », a-t-elle écrit.

« Lorsqu’on occupe un poste comme celui de ministre, il est fondamental de bien tracer la frontière entre ses relations personnelles et professionnelles. Compte tenu de ce qui précède, je recommande qu’une réprimande soit imposée au ministre. », a-t-elle conclu.

M Mignolet déplorait aussi dans son rapport de voir le ministre Fitzgibbon réagir à ses conclusions en estimant qu’il n’avait rien à se reprocher. « Je ne dénote ainsi aucune volonté réelle de s’amender », écrivait-elle, ajoutant que son attitude avait contribué à sa décision de recommander une sanction.

Mercredi, M. Fitzgibbon a soutenu qu’il avait toujours agi dans l’intérêt du développement économique du Québec, uniquement.

Dans chacun des cas problèmes soulevés par la commissaire, le ministre estime avoir « agi de bonne foi et surtout avec éthique », a-t-il déclaré en Chambre, ajoutant ne s’être jamais placé en situation de conflit d’intérêts.

M. Laperrière « n’a reçu aucun traitement de faveur à cause de notre relation d’amitié », a soutenu le ministre de l’Économie, qui assure n’avoir jamais interféré dans le processus administratif d’évaluation des projets. Il n’y a eu aucune malversation, de quelque nature que ce soit dans la gestion de ces projets, a-t-il insisté.

En conclusion, du bout des lèvres, il a tout de même admis qu’il devrait à l’avenir faire montre de plus de prudence, en s’abstenant de parler à des lobbyistes « qui auraient des dettes envers moi ».