La chaîne d’épicerie Whole Foods Market a fait volte-face sur sa politique fortement critiquée qui interdisait à ses employés de porter un coquelicot en l’honneur du jour du Souvenir.

Nicole Thompson
La Presse Canadienne

L’entreprise américaine avait défendu la règle plus tôt vendredi après notamment des critiques de la part du premier ministre Justin Trudeau, affirmant qu’elle faisait partie d’une interdiction générale de tout autre chose que l’uniforme de base du détaillant. La chaîne a toutefois déclaré plus tard que les commentaires reçus avaient été utiles.

« Notre intention n’a jamais été de cibler le coquelicot ou de laisser croire à un manque de soutien pour le jour du Souvenir et les héros qui ont courageusement servi leur pays, a déclaré une porte-parole de l’entreprise. Compte tenu de ce que nous avons appris aujourd’hui, nous invitons les membres de l’équipe à porter l’épinglette du coquelicot en l’honneur du jour du Souvenir. »

Le ministre des Anciens Combattants, Lawrence MacAulay, a déclaré qu’il s’était entretenu avec le chef de l’exploitation de l’entreprise et a salué la volte-face.

« Les employés pourront désormais porter leurs coquelicots au travail, a dit M. MacAulay dans une déclaration publiée sur Twitter. Heureux d’apprendre qu’ils changent de position. »

Plus tôt vendredi, le premier ministre Trudeau avait souligné que M. MacAulay travaillait activement sur la question.

« On sait tous que Whole Foods a fait une erreur […] et je m’attends à ce que cette compagnie change de cap très rapidement », avait déclaré M. Trudeau.

Plusieurs politiciens avaient condamné la politique de la chaîne appartenant à Amazon avant sa volte-face.

La Chambre des communes a adopté une motion par consentement unanime appelant tous les employeurs canadiens à autoriser leur personnel à porter des coquelicots pendant la Semaine des vétérans, qui s’est amorcée jeudi.

En réaction, le premier ministre de l’Ontario Doug Ford avait promis une loi qui empêcherait une telle pratique d’interdiction du port du coquelicot.

« Je trouve cela absolument honteux. Je trouve cela dégoûtant, avait déclaré Doug Ford à propos de la politique de Whole Foods lors d’une apparition à Ottawa. Nous allons présenter immédiatement une loi qui permet à tout employé – n’importe quel employé, où que vous soyez – de porter un coquelicot. »

Le bureau de M. Ford a déclaré plus tard vendredi que le gouvernement prévoyait toujours de mettre en œuvre un projet de loi.

Whole Foods disait avoir mis à jour sa politique de code vestimentaire le mois dernier pour spécifier l’interdiction de tout autre chose que l’uniforme standard dans le but de clarifier les règles pour les employés.

« Whole Foods Market rend hommage aux hommes et aux femmes qui ont servi et continuent de servir courageusement leur pays, avait déclaré une porte-parole. À l’exception des articles requis par la loi, notre politique de code vestimentaire interdit tout ajout à notre uniforme standard. »

Le détaillant observera un moment de silence le jour du Souvenir et fera un don à la campagne du coquelicot de la Légion royale canadienne, avait indiqué la porte-parole.

Le ministre des Anciens Combattants, Lawrence MacAulay, avait écrit plus tôt sur Twitter que l’interdiction du coquelicot était « absolument inacceptable ».

« Le coquelicot est un symbole important du souvenir, et il est plus important que jamais que tout le monde appuie la campagne du coquelicot (de la Légion royale canadienne), cette année », a-t-il écrit.

Le chef conservateur Erin O’Toole, qui est un ancien combattant, avait déclaré que les sacrifices passés des soldats canadiens « donnent à une chaîne d’épicerie américaine la liberté d’être stupide aujourd’hui ».

Le chef du Bloc québécois Yves-François Blanchet, qui portait un coquelicot, avait dit être en désaccord avec la politique de Whole Foods, mais qu’il exprimerait sa déception en refusant de faire ses achats dans ses magasins plutôt que de légiférer sur la question.

Une action liée à « Black Lives Matter »

Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Jagmeet Singh, a déclaré que la politique touchant le port du coquelicot faisait partie d’un problème plus large au sein de l’entreprise.

« Ils ont mal agi quand ils ont (sanctionné) le personnel exprimant son soutien à Black Lives Matter et ils agissent mal en interdisant le coquelicot », avait-il dit, faisant référence à une action en justice aux États-Unis.

Une poursuite fédérale déposée à Boston le 20 juillet allègue que la chaîne de supermarchés a discipliné, intimidé et exercé des représailles contre les travailleurs qui portaient des masques à l’effigie du mouvement « Black Lives Matter » plus tôt cette année.

Selon la poursuite, les gérants de magasin ont cité le code vestimentaire de l’entreprise, qui interdit les slogans ou logos non affiliés à l’entreprise, comme raison pour interdire les messages « Black Lives Matter ».

Une porte-parole de la Légion royale canadienne, qui mène la campagne du coquelicot chaque année, a déclaré que l’organisation ne comprenait pas le raisonnement derrière la politique de code vestimentaire de Whole Foods.

« Bien que les détaillants doivent définir leurs propres politiques d’entreprise, à moins qu’il y ait des problèmes de sécurité, nous encourageons le port du coquelicot en tout temps en signe de respect pour nos morts et en tant que symbole qui aide à informer les Canadiens sur les sacrifices de nos vétérans », a affirmé Nujma Bond par courriel.

D’autres chaînes d’épicerie se sont manifestées pour faire valoir leurs propres politiques sur le port du coquelicot.

« Nos (employés) trouvent des moyens uniques de maintenir l’esprit du jour du Souvenir vivant en cette année sans précédent », a écrit Sobeys sur Twitter, dans un message accompagné de photos de draps en magasin rappelant le jour du Souvenir et d’un membre du personnel portant l’une des épinglettes.

Loblaws a été plus direct.

« Nous autorisons et encourageons nos collègues à travers le pays à porter des coquelicots. Nous soutenons nos anciens combattants par la vente de coquelicots depuis des années et faisons un don à la Légion royale canadienne », a écrit l’entreprise sur Twitter.