(Québec) Le gouvernement Legault mène des enquêtes pénales et administratives concernant des allégations « sérieuses qui mettent en cause l’intégrité des actions » de certains organismes qui participaient jusqu’à cette année à un programme de parrainage de réfugiés.

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

Le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI) a annoncé mercredi qu’il suspendait jusqu’au 1er novembre 2021 les demandes d’engagement au Programme de parrainage collectif des personnes réfugiées à l’étranger provenant de tous les organismes du Québec – toutes catégories confondues – le temps de mener ses enquêtes.

Ce programme est l’une des voies d’entrées des réfugiés au Québec. Il permet en temps normal à des organismes et à des groupes de citoyens de « manifester [leur] solidarité envers les personnes réfugiées en s’engageant à faciliter leur intégration et à assumer, pour une durée déterminée, les frais liés à leur établissement » dans la province.

L’an prochain, comme c’était le cas en 2020, Québec accueillera 750 demandes de parrainage à travers ce programme. Or, en 2021, toutes ces demandes devront temporairement provenir de groupes de personnes plutôt que d’organismes, le temps que Québec termine ses enquêtes.

« Cette période de suspension permettra de mener à terme les enquêtes et d’apporter des modifications au programme, le cas échéant », a affirmé le gouvernement.

Des réfugiés floués

En entrevue avec La Presse, le directeur de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI), Stephan Reichhold, s’est dit « sous le choc » d’apprendre que tous les organismes sont exclus du programme pour l’année 2021. Selon lui, la vaste majorité des organismes – dont certains aident des réfugiés à s’établir au Québec depuis des dizaines d’années – voient leur réputation salie pour quelques « moutons noirs » qui profitent de la vulnérabilité des gens.

M. Reichhold a expliqué avoir eu vent d’histoires frauduleuses où des personnes s’identifiant à l’étranger comme étant des consultants en immigration « [feraient] payer des réfugiés pour qu’ils trouvent [pour eux] un organisme » du Québec qui présenterait leur dossier dans le cadre du programme de parrainage. Les organismes contactés par ces personnes empocheraient ensuite une partie de la somme qui aurait été demandée aux réfugiés en échange de la présentation de leur dossier. Cette pratique est illégale, puisqu’un organisme ou un groupe de personnes ne peut pas être rémunéré pour parrainer un réfugié.

Ces allégations, a toutefois précisé avec prudence le directeur du TCRI, « ce sont des rumeurs ». Il ne connaît pas d’organismes qui fraudent de la sorte. « Mais apparemment que le Ministère a des informations [qui visent certains organismes] et ils disent : ‟on va tout arrêter, on va vérifier tous les organismes” », a expliqué M. Reichhold.

« S’ils ont des soupçons ou des preuves pour certains organismes, qu’ils fassent enquête et que ces organismes-là seulement soient suspendus », a-t-il demandé.

Le cabinet de la ministre de l’Immigration, Nadine Girault, a refusé mercredi de commenter le cas de figure cité en exemple par le TCRI, alors que des enquêtes sont en cours. Québec n’entend toutefois pas reculer sur la décision, a-t-on précisé, afin que le programme soit à nouveau ouvert aux organismes en 2022, une fois les enquêtes terminées.

Une loterie plutôt que de faire la file

Le MIFI a également annoncé mercredi qu’il recevrait du 6 avril au 5 mai prochain les demandes d’engagement de parrainage de réfugiés provenant des groupes de personnes qui veulent participer au programme pour l’année 2021. Contrairement à 2020, le ministère recevra ces demandes par voie électronique, plutôt qu’en personne, et procédera à un tirage aléatoire pour traiter celles qu’il a reçues, en acceptant au final un maximum de 750 dossiers.

L’hiver dernier, le gouvernement Legault avait été la cible de critiques, alors que le MIFI exigeait que les demandes d’engagement au programme soient faites en personne, à ses bureaux de Montréal. Certains avaient attendu des jours devant le ministère, un certain temps dehors, dans la neige, afin de s’assurer une place dans un système qui traitait les demandes selon le principe du premier arrivé, premier servi.

Pour ne pas pénaliser les demandeurs provenant de l’extérieur de la région métropolitaine, Québec avait demandé en janvier aux personnes souhaitant déposer une demande de procéder par l’entremise des services d’un messager, qui demandait en moyenne entre 450 et 1000 $ pour le faire. Un messager pouvait aussi à lui seul présenter les demandes pour plus d’un groupe ou d’un organisme.

Dans les jours qui ont précédé l’ouverture du programme, des demandeurs avaient dénoncé un climat d’intimidation dans la file d’attente. Certains auraient alors tenté d’acheter des places auprès de messagers placés plus près de la porte d’entrée afin d’augmenter leurs chances de voir leur demande acceptée, Québec limitant son programme à 750 dossiers de parrainage admis.