(Ottawa) Les mises en garde du gouvernement Trudeau n’ont pas fait reculer lundi les partis de l’opposition à la Chambre des communes, qui ont uni leurs forces pour adopter une motion donnant au comité de la santé le mandat de mener une enquête exhaustive de la gestion de la pandémie de COVID-19 par Ottawa.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Le comité parlementaire pourrait aussi mettre la main sur les contrats signés par le gouvernement Trudeau et différents fournisseurs dont les services ont été retenus depuis le début de la pandémie en vertu de la motion qui a été adoptée par un vote de 176 à 152. Le gouvernement aura 30 jours pour produire les documents que demanderont les membres du comité de la santé.

« L’opposition est allée de l’avant avec sa motion sans écouter les experts, sans écouter les dirigeants d’entreprise qui produisent les vaccins. Évidemment je suis très déçu. (…) Le gouvernement fait tout ce qu’il peut pour aider les Canadiens à traverser cette pandémie. Il est temps que l’opposition arrête de jouer des jeux partisans et se joigne à nous pour aider l’ensemble des Canadiens », a lancé le leader du gouvernement en Chambre, le ministre Pablo Rodriguez, quelques minutes après le vote.

En matinée, deux ministres du gouvernement Trudeau, le président du Conseil du Trésor, Jean-Yves Duclos, et la ministre de l’Approvisionnement, Anita Anand, ont vivement critiqué la motion parrainée par le Parti conservateur, affirmant sans ambages que cela pourrait mettre en péril la capacité du Canada à acheter des vaccins, des tests de dépistage rapides et des équipements de protection personnelle, en pleine pandémie.

« Nos fournisseurs seront hésitants à faire affaire avec nous. […] Plusieurs partenaires nous ont contactés pendant la fin de semaine, dont des fournisseurs de vaccins, pour exprimer leurs craintes », a soutenu la ministre Anita Anand en conférence de presse lundi matin

« Je ne veux pas revenir ici pour expliquer aux Canadiens qu’en raison de ces divulgations auxquelles nous avons été forcés, nous n’avons pas été capables de garantir des vaccins ou de l’équipement de protection individuelle pour les Canadiens, parce que nos fournisseurs nous auront laissé tomber », a-t-elle ajouté.

Dans une entrevue accordée à une radio locale des Îles-de-la-Madeleine, lundi midi, le premier ministre Justin Trudeau a repris à son compte les craintes de sa ministre.

« Nous, on ne veut pas qu’un regard du comité de la santé finisse par nuire à la santé des Canadiens. Ce serait une ironie bien triste », a lancé M. Trudeau sur les ondes du CFIM.

Mais les partis de l’opposition ont immédiatement accusé le gouvernement libéral de se livrer à une forme de chantage.

« Notre motion, en rien, ne va nuire à l’arrivée des vaccins ou des équipements de protection individuelle, au contraire », a répliqué Pierre Paul-Hus, porte-parole conservateur en matière d’approvisionnement.

« On n’est pas dans une inquisition. On pose des questions au gouvernement pour savoir ce qu’ils ont fait […] et aussi pour informer la population de ce arrive avec l’argent des impôts et des taxes des contribuables québécois et canadiens », a insisté Alain Therrien, leader parlementaire du Bloc québécois.

Au cours des derniers jours, la Canadian Manufacturers and Exporters (CME), une organisation qui représente des milliers d’entreprises au Canada, a écrit à la ministre Anand pour lui faire part de ses inquiétudes. CME a notamment évoqué « le risque que des informations commerciales exclusives, sensibles ou confidentielles soient soudainement divulguées au public » durant les travaux du comité de la santé.

Le géant pharmaceutique Pfizer Canada a pour sa part écrit à Santé Canada pour exprimer ses profondes préoccupations au sujet des « implications et (des) conséquences imprévues probables si cette motion recevait l’appui d’un nombre suffisant de parlementaires », selon une copie obtenue par La Presse Canadienne.

Cet autre bras de fer entre le gouvernement Trudeau et les partis d’opposition et le deuxième à survenir en moins d’une semaine. Le Parti conservateur a déposé une autre motion visant à créer un comité spécial pour enquête sur l’affaire We Charity. Le Bloc québécois a appuyé cette motion.

Jugeant cette motion « toxique » parce qu’elle pourrait paralyser les travaux du Parlement en temps de pandémie, le gouvernement Trudeau a décidé de faire du vote sur cette motion un vote de confiance, forçant le NPD et le Parti vert à s’opposer à la motion pour éviter de plonger le pays en élections.

- Avec La Presse Canadienne