(Ottawa) Le gouvernement Trudeau ne se soumettra pas à un autre vote de confiance la semaine prochaine.

Catherine Lévesque
La Presse Canadienne

Les libéraux ont décidé de mettre la pédale douce après avoir mis au défi les partis d’opposition de déclencher des élections dès cette semaine en raison d’une motion du Parti conservateur de créer un comité « anticorruption » dédié essentiellement à l’affaire WE Charity (UNIS, en français). La motion des conservateurs a été défaite mercredi, les libéraux, néo-démocrates, verts et élus indépendants ayant voté contre.

Jeudi, l’opposition officielle a déposé une autre motion pour que le comité de la santé de la Chambre des communes mène une enquête approfondie sur une foule de questions liées à la gestion par le gouvernement de la pandémie de COVID-19.

Entre autres choses, la motion ordonnerait au comité de la santé d’examiner de près la lenteur des progrès du gouvernement dans l’approbation des tests de dépistage rapide de la COVID-19, l’impact de la confiance du gouvernement envers les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé qui ont retardé les restrictions de voyage et le port de masques faciaux, la stratégie de communication de l’Agence de santé publique du Canada, la fermeture partielle du système d’alerte précoce du Réseau mondial d’information en santé publique et l’adéquation des paiements de transfert fédéraux en santé aux provinces.

Et elle ordonnerait au gouvernement de remettre tous les courriels, notes de service, documents, notes ou autres dossiers du cabinet du premier ministre, du bureau du Conseil privé, du cabinet du ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile, du cabinet de la ministre de la Santé, de Santé Canada et de l’Agence de la santé publique du Canada sur les enjeux jugés pertinents.

Les libéraux s’y opposent parce qu’ils estiment qu’une telle motion paralyserait la fonction publique déjà occupée par la gestion de la pandémie. Mais ils ont décidé de ne pas mettre l’avenir de leur gouvernement en jeu cette fois-ci, selon une source libérale qui a requis l’anonymat parce qu’elle n’était pas autorisée à parler. Le vote sur cette motion aura lieu lundi, en principe.

Le chef conservateur, Erin O’Toole, estime pour sa part que la motion mise de l’avant par son parti est tout à fait raisonnable.

« Notre but n’est pas juste de critiquer. C’est d’apprendre des leçons de la première vague et de proposer des meilleures solutions », a déclaré M. O’Toole, lors d’une conférence de presse jeudi pour expliquer le dépôt de cette motion.

Déjà, le Bloc québécois a laissé entendre qu’il pourrait appuyer la manœuvre de l’opposition officielle, une fois de plus.

« Une motion qui a pour objet de nous permettre d’analyser la crise, oui, et les mauvaises dépenses du gouvernement, a priori, sous réserve d’analyses précises, on serait pour », a indiqué le chef Yves-François Blanchet en point de presse.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) pourrait également appuyer la motion conservatrice, moyennant quelques changements. Les appuis du Bloc et du NPD garantiraient une majorité aux Communes et forceraient la main du gouvernement Trudeau afin de rendre publics des documents liés à sa gestion de la pandémie.

Pas un « chien de poche »

Le chef néo-démocrate Jagmeet Singh a d’ailleurs dû se défendre d’avoir sauvé la peau du gouvernement Trudeau minoritaire, mercredi, sans avoir obtenu des concessions.

Le choix du NPD de se ranger du côté des libéraux lui a valu une volée de bois vert de la part du Bloc québécois. Le leader parlementaire du Bloc, Alain Therrien, s’est même permis de dire que le NPD était le « chien de poche » des libéraux.

M. Singh n’a pas voulu répliquer à cette insulte.

« C’est nul. C’est un commentaire nul », a simplement répondu le chef néo-démocrate.

M. Singh soutient que le NPD a réussi à faire davantage de gains tangibles dans les six derniers mois que les autres partis d’opposition. Il a énuméré l’augmentation de la Prestation canadienne d’urgence (PCU) pour certains étudiants à 2000 $ par mois, des nouvelles prestations pour chômeurs ou encore la création de congés de maladie sous le régime fédéral.

« Les conservateurs et le Bloc n’ont rien fait durant cette période. Rien. […] Ils ne peuvent pas donner un seul exemple de ce qu’ils ont accompli », a martelé M. Singh, qui a souligné à grands traits que son équipe représente une fraction de celles des autres partis.

À son avis, les libéraux n’ont pas cherché à négocier pour obtenir l’appui du NPD parce qu’ils souhaitaient une excuse pour déclencher des élections anticipées.

M. Singh n’a pas voulu dire s’il avait perdu son rapport de force vis-à-vis les libéraux minoritaires.

« On ne sait pas, en fait. Pour avoir des négociations, pour avoir une conversation, on a besoin de deux partenaires, donc on ne sait pas. Je peux dire que moi, je suis toujours prêt à travailler ensemble pour aider les gens », a-t-il laissé tomber.

« Hier, c’était clair que les libéraux ne voulaient pas négocier parce qu’ils voulaient une élection », a-t-il ajouté.