(Ottawa) Le gouvernement minoritaire de Justin Trudeau célèbre son premier anniversaire en survivant à un vote sur une motion dont il avait fait une question de confiance. C’est donc dire que la menace d’une élection générale au Canada disparaît – du moins pour le moment.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

La motion a été rejetée mercredi après-midi à la Chambre des communes, par un score de 180 à 146 voix. Les libéraux, les néo-démocrates, les verts et les indépendants y ont dit non, tandis que les conservateurs et les bloquistes ont voté en sa faveur.

« Le Parlement a choisi les Canadiens plutôt que la petite politique », a réagi le leader du gouvernement en Chambre, Pablo Rodriguez, à l’issue de l’exercice.

La motion au cœur de ces brèves, mais intenses, supputations électorales a été déposée par le chef du Parti conservateur, Erin O’Toole. Elle visait la création d’un comité spécial « sur l’anticorruption » dont le mandat aurait été d’approfondir l’enquête sur l’affaire WE Charity (Mouvement UNIS).

Les libéraux s’y opposaient ; en plus d’y voir là une forme d’« inquisition partisane », ils arguaient que cela paralyserait le travail du gouvernement alors que la priorité absolue est de lutter contre la pandémie de la COVID-19.

Le premier ministre Justin Trudeau avait d’ailleurs prévenu que si la motion était adoptée, il le considérerait comme un vote de non-confiance, et que le Canada se retrouverait donc effectivement plongé en élections – un appel aux urnes dont il a juré à maintes reprises ne pas vouloir.

« Ça va être aux partis d’opposition de décider s’ils veulent continuer à faire fonctionner ce Parlement. […] Si le Parlement détermine qu’il n’a plus confiance en ce gouvernement, malheureusement, ça va vouloir dire, effectivement, des élections », avait-il fait valoir mardi.

Quelques heures avant le vote, le chef du NPD, Jagmeet Singh, avait mis fin au suspense en affirmant qu’il ne voulait pas « donner à Justin Trudeau les élections dont il veut » et qu’il allait donc faire en sorte que les Canadiens ne soient pas appelés aux urnes.

« Pendant que M. Trudeau parle d’une élection, Monsieur et Madame Tout-le-Monde parlent de leurs inquiétudes. Ils ont peur pour l’avenir, pour leurs enfants, pour leurs proches dans les centres de soins de longue durée, et les petites entreprises ont peur de fermer leurs portes », avait-il illustré.

Le NPD n’a rien obtenu en échange de son appui au gouvernement, a indiqué Pablo Rodriguez, mercredi.

Les bloquistes, eux, avaient deviné le scénario dans leur boule de cristal. « Le NPD a agi, depuis un bout de temps, un peu comme le chien de poche des libéraux. […] Et puis, ce que je vois, c’est que peut-être ça va continuer comme ça », a ironisé mercredi le leader parlementaire du Bloc québécois, Alain Therrien.

Le député Alexis Brunelle-Duceppe y est allé d’une boutade à l’intention des troupes de Jagmeet Singh. « Le NPD est passé de la zone orange à la zone rouge », a-t-il ironisé sur Twitter, faisant référence aux couleurs du Nouveau Parti démocratique et du Parti libéral, respectivement, et aux paliers d’alerte liées à la COVID-19.

Le vote se déroulait alors que le gouvernement minoritaire de Justin Trudeau célèbre son premier anniversaire. Le 21 octobre 2019, il a obtenu un second mandat à la tête du pays, mais il a échappé la majorité qu’il détenait depuis octobre 2015.

Depuis que le Parlement a rouvert ses portes en septembre dernier, à la suite de sa prorogation, les libéraux ont survécu à trois votes de confiance : un sur le discours du Trône, un autre sur le projet de loi contenant des mesures liées à la COVID-19, puis celui sur cette motion conservatrice.

O’Toole dénonce l’« arrogance » libérale

Après avoir vu sa motion rejetée, le Parti conservateur s’est désolé que « les députés libéraux ont décidé de suivre le faible leadership du premier ministre et de continuer à refuser de fournir aux Canadiens les réponses qu’ils méritent de leur gouvernement ».

Le chef de l’opposition, Erin O’Toole, a assuré que sa formation continuerait à réclamer des comptes aux libéraux au sujet de la saga WE Charity, alléguant qu’il « doit y avoir quelque chose de terriblement accablant dans les documents pour que les libéraux aillent aussi loin pour empêcher les Canadiens de savoir la vérité ».

Il a aussi reproché au gouvernement Trudeau de faire passer les intérêts électoraux du Parti libéral avant le bien-être des Canadiens aux prises avec cette deuxième vague de la COVID-19. « Il semble que même une pandémie ne peut mettre fin à l’arrogance des libéraux », a déploré M. O’Toole.

Appel au calme des verts

En prévision du vote, la nouvelle dirigeante du Parti vert du Canada, Annamie Paul, avait voulu tempérer les ardeurs politiques.

« Le jeu immature des partis libéral et conservateur ne peut pas avoir de gagnant. Ils devraient laisser de tels jeux en dehors du Parlement et se concentrer sur les besoins urgents des gens », a déclaré par voie de communiqué celle qui tente actuellement de se faire élire dans une élection partielle à Toronto.

Les trois députés de son caucus se sont ainsi ralliés derrière les libéraux.

Pour la suite des choses, il faudra voir si un comité sera créé – mais avec des contours différents – pour étudier les dépenses liées à la COVID-19. Il faudra aussi surveiller si les libéraux continuent de s’adonner à de l’obstruction parlementaire à la table de comités où l’opposition veut garder l’affaire WE Charity vivante.