(Québec) Devant une recrudescence des crimes liés à l’utilisation des armes à feu, les forces policières québécoises redoubleront d’efforts dans leur lutte contre le crime organisé et les « groupes criminels ». Le gouvernement Legault confirme des sommes de 65 millions pour les appuyer dans leurs actions.

Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse

« On est tous concentrés au Québec dans une autre lutte, celle contre un ennemi invisible : la COVID-19, mais malheureusement, le crime organisé, les gangs de rue et la violence en général dans les milieux criminels ne prennent pas de pause. Ils ne sont pas confinés », a illustré mardi la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault.

Mme Guilbault a cité l’augmentation récente d’évènements impliquant des armes à feu dans la métropole, que ce soit lors des fusillades dans le secteur d’Hochelaga-Maisonneuve au début du mois, à Montréal-Nord ou dans le Vieux-Montréal pendant l’été.

« Encore vendredi, 12 personnes ont été arrêtées à Montréal en lien avec le trafic d’armes à feu et stupéfiants », a souligné la vice-première ministre lors d’une conférence de presse à Québec, où elle était accompagnée des directeurs du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) et de la Sûreté du Québec (SQ).

« Depuis le début du déconfinement, autour de la fin juin et du début juillet, nous avons eu une augmentation importante, soit une quarantaine d’évènements qui sont survenus sur notre territoire. Un meurtre et des dizaines de tentatives de meurtre », a précisé le directeur du SPVM, Sylvain Caron.

Il s’agit d’une hausse d’une vingtaine de cas impliquant l’utilisation d’armes à feu comparativement à 2019, en date du 18 octobre, a-t-il souligné. Selon M. Caron, cette recrudescence est en lien direct avec la pandémie de COVID-19.

« On peut penser que ça fait partie des éléments. Les gens ont été confinés de nombreuses semaines, les bars et les restaurants étaient fermés, alors il y avait moins de chances de se rencontrer », indique-t-il.

La ministre Guilbault a confirmé l’ajout de 65 millions pour lutter contre les réseaux criminels et la violence liée aux armes à feu, ce qui comprend un investissement de 32,5 millions sur cinq ans qui avait été annoncé dans le cadre du budget Girard, en mars 2020. S’ajoutent 27,6 millions qui proviennent du Fonds fédéral d’action contre la violence liée aux armes à feu et aux gangs.

La SQ touche une somme de 19,45 millions, le SPVM, 4,3 millions et le SPVQ, près de 4 millions.

Forte hausse à Québec

Les investissements confirmés mardi permettent au SPVQ de mettre en place une nouvelle équipe spécialement affectée à la lutte contre le trafic d’armes à feu.

Ce sont des enquêteurs qui avaient déjà des fonctions, soit à la lutte contre le crime organisé, soit aux crimes graves, « qui ont été réunis avec l’ajout d’un certain nombre d’effectifs pour arriver à 21 personnes qui vont participer à l’initiative », a expliqué le directeur de la police de Québec, Robert Pigeon.

Par ailleurs, le SPVQ a procédé à la saisie de 38 armes à feu en 2018, contre 92 seulement en 2019. « C’est une hausse quand même importante », a lancé M. Pigeon.

Cette forte augmentation n’est pas étrangère, selon lui, à la modification « du modèle d’affaires » des Hells Angels. « Il y a de plus en plus de pression sur les redistributeurs et les revendeurs dans la rue et les points de vente », a-t-il dit.

« Donc, la collecte des dettes se fait de façon beaucoup plus active, disons ça comme ça, et ça dégénère en crimes violents », a ajouté M. Pigeon.

Près de 4,5 millions provenant de la distribution annuelle du produit des biens confisqués à la suite d’activités criminelles seront également partagés entre les divers corps de police qui participent à ce genre de programme.