(Ottawa) Les Canadiens iront-ils aux urnes cet automne ? Le gouvernement Trudeau a mis les partis de l’opposition au défi de le faire tomber, mais le spectre d’élections a semblé se dissiper lorsque le chef néo-démocrate Jagmeet Singh – sur qui repose le sort des libéraux minoritaires – a manifesté son désintérêt à participer à une « farce ».

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

En fait, tous les partis fédéraux ont passé la journée de mardi à se défendre de vouloir des élections en pleine pandémie, y compris le Parti libéral – qui a choisi de faire du vote sur une motion conservatrice visant la création d’un comité sur WE Charity (Mouvement UNIS) une question de confiance à l’égard du travail du gouvernement.

Ce vote se tiendra mercredi après-midi.

Il est d’ores et déjà acquis que l’opposition dira oui à sa propre motion. Les bloquistes voteront aussi en faveur. D’ailleurs, les chefs des deux formations ont clamé haut et fort que le gouvernement n’avait pas leur confiance. Et les néo-démocrates ? Tout comme ils l’avaient fait pour le discours du Trône, ils n’ont pas voulu ouvrir leur jeu, disant être en négociations avec les autres partis.

Sans jamais dire précisément si ses troupes allaient voter contre la motion, le capitaine du NPD, Jagmeet Singh, a martelé qu’il n’avait pas l’intention de « donner des excuses » à Justin Trudeau pour plonger le Canada en élections ou encore de « prendre part à cette farce », qualifiant de « stupide » la décision du gouvernement de menacer de dissoudre le Parlement.

« S’il veut avoir une élection, ça va être seulement à cause de lui. Il doit avoir le courage de dire cela, d’expliquer cela aux gens », a-t-il insisté.

« Ceci est un vote de confiance »

Le premier ministre avait auparavant lancé la balle dans le camp rival. « Ça va être aux partis d’opposition de décider s’ils veulent continuer à faire fonctionner ce Parlement […] ou [s’ils] ont perdu confiance en ce gouvernement », a-t-il laissé tomber en conférence de presse, jurant qu’il ne voulait pas lui non plus d’élections alors que la deuxième vague de la pandémie déferle sur le pays.

En revanche, « si le Parlement détermine qu’il n’a plus confiance en ce gouvernement, malheureusement, ça va vouloir dire, effectivement, des élections », a confirmé Justin Trudeau. Son leader en Chambre, Pablo Rodriguez, l’avait très clairement signalé mardi matin : « Le gouvernement considère cette motion comme une motion de confiance. […] C’est clair que ceci est un vote de confiance », a-t-il tranché.

Au cœur de ces supputations électorales, une motion déposée en matinée par le chef du Parti conservateur, Erin O’Toole. Son libellé a été amendé, mais en somme, l’objectif est de mettre sur pied un comité spécial qui poursuivrait l’enquête sur l’affaire WE Charity. Les libéraux s’y opposent. Car en plus d’y voir une forme d’« inquisition partisane », ils arguent que cela « paralyserait » le travail du gouvernement alors que la priorité est de lutter contre la pandémie, a soutenu Pablo Rodriguez.

Les libéraux ont mis de l’avant une proposition différente, soit un comité spécial qui se pencherait sur les dépenses liées à la COVID-19. Mais celle qui fera l’objet d’un vote à suivre mercredi – alors que le gouvernement minoritaire de Justin Trudeau soufflera sa première bougie – viendra de l’opposition. Pour éviter d’être renversés, les libéraux ont besoin de l’appui d’au moins un des partis adverses.

Si le gouvernement libéral a des envies de scrutin, c’est peut-être parce qu’il a observé ce qui s’est joué dans certaines provinces en contexte pandémique, avance l’ex-stratège politique Karl Bélanger. « Au Nouveau-Brunswick, le gouvernement minoritaire s’est retrouvé majoritaire, en Colombie-Britannique, on se dirige vers ça, et le gouvernement de la Saskatchewan se dirige vers une plus forte majorité », illustre-t-il en entrevue.

« La tendance lourde, c’est qu’en cas de pandémie, les électeurs se rangent derrière le gouvernement en place, enchaîne-t-il. Et le NPD, clairement, cet après-midi, ne semblait pas avoir l’intention de faire tomber le gouvernement », croit l’ancien directeur national du NPD.

Ceci n’est théoriquement pas un vote de confiance

Rien n’empêche toutefois Justin Trudeau d’aller cogner à la résidence de la gouverneure générale, Julie Payette, et de lui demander de provoquer des élections, relève Hugo Cyr, professeur au département des sciences juridiques de l’UQAM : « C’est la prérogative du premier ministre de conseiller à la gouverneure générale, s’il le souhaite, de dissoudre le Parlement. »

Il souligne par ailleurs qu’il relève de la Chambre des communes, donc d’une majorité de députés, de déterminer si un vote met en cause ou non la confiance à l’endroit du gouvernement. « Habituellement, la raison pour laquelle on [un gouvernement] fait ça, c’est parce qu’on veut forcer l’autre à accepter notre position, parce qu’on ne veut pas porter l’odieux d’une élection », expose-t-il.

De confiance ou pas, le vote doit avoir lieu après la période des questions, soit aux environs de 15 h.