(Ottawa) Rebelote. Après avoir survécu à deux votes de confiance en l’espace de trois semaines environ, le gouvernement libéral laisse entendre que l’adoption d’une motion conservatrice sur l’affaire WE Charity pourrait être interprétée comme un acte de défiance à son endroit.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Les libéraux et les conservateurs se disputent à coups de motions concurrentes sur le scandale qui était un peu disparu du radar avec la prorogation du Parlement, mais que l’opposition officielle tente de raviver dans des comités parlementaires.

Les conservateurs veulent créer un comité parlementaire spécial « anticorruption » voué à l’examen de la saga WE Charity (Mouvement UNIS, en français), et ils profiteront de leur journée d’opposition, mardi, pour soumettre la proposition à un vote à la Chambre des communes.

Les libéraux ont répliqué en suggérant la mise sur pied d’un comité sur les dépenses réalisées en temps de COVID-19 plutôt que d’opter pour « le processus purement partisan » préconisé par l’opposition, dit le leader du gouvernement en Chambre, Pablo Rodriguez, dans une lettre envoyée à ses vis-à-vis.

La missive datée du 19 octobre contient cette mise en garde : « si elle [la proposition des conservateurs] est adoptée, elle va soulever de sérieuses questions sur la confiance de la Chambre des communes envers le gouvernement ».

Cela plongerait-il le pays dans des élections hâtives ? « On verra », s’est contenté d’offrir le député Rodriguez lors d’une brève disponibilité médiatique avant la période des questions, lundi, accusant au passage les conservateurs d’agir de façon « irresponsable ».

Les partis d’opposition reconnus en Chambre doivent s’unir afin d’avoir suffisamment de votes pour défaire le gouvernement. Les libéraux ont actuellement 154 députés contre 121 pour les conservateurs, 32 pour le Bloc québécois, 24 pour le NPD, en plus de trois verts et deux indépendants.

Le Bloc pour, le NPD hésite

Un porte-parole du Bloc québécois a signalé lundi à La Presse que le parti avait l’intention d’appuyer cette motion conservatrice — l'opposition a inscrit trois motions au feuilleton, dont une sur Huawei, mais c'est bel et bien celle concernant la création du comité que déposera le chef Erin O'Toole, a-t-on pu confirmer.

Pendant la période des questions en Chambre, lundi, le leader parlementaire du Bloc, Alain Therrien, a fait part de son étonnement de voir le gouvernement libéral être « prêt à se faire tomber » plutôt que de « faire la lumière sur le scandale de WE Charity ».

« En pleine pandémie, en pleine deuxième vague, [les libéraux] menacent les partis d’opposition d’aller en élection […] Cet été, ils ont fermé le Parlement pour qu’on arrête de parler de WE Charity, et là, ils menacent d’aller en élections », a-t-il tempêté.

L'élu conservateur Pierre Poilievre, qui mène inlassablement la charge dans ce dossier depuis des mois, s’est lui aussi fâché, allant jusqu’à manifester son impatience en tapant sur son bureau. « Quel est ce secret si pire et si dangereux que le premier ministre veuille déclencher des élections pour le cacher ? », a-t-il balancé.

Chez les néo-démocrates, la décision n’est pas arrêtée. « On négocie encore », a écrit un porte-parole.

Dans ce bras de fer parlementaire, la principale pierre d'achoppement entre libéraux et conservateurs est la velléité de ceux-ci de réclamer le pouvoir de convoquer députés et fonctionnaires dans une période où la COVID-19 devrait être la priorité, selon le gouvernement.

Nouvelles divulgations de WE Charity

L’organisation caritative, qui a annoncé la fin de ses activités au Canada dans la foulée de la controverse, a publié lundi des renseignements additionnels, notamment sur les cachets versés aux membres de la famille de Justin Trudeau.

On y apprend que WE Charity a payé des dépenses de 23 940,76 $ en frais d’hébergement, de billets d’avion et de service de chauffeur à Sophie Grégoire Trudeau, la femme du premier ministre, pour huit événements auxquels elle a pris part entre février 2012 et mars 2020.

Cette nouvelle information figure dans un document publié sur le site web de l’organisme. Lorsqu’ils se sont présentés devant un comité parlementaire, en juillet dernier, les frères cofondateurs Craig et Marc Kielburger s’étaient engagés à fournir des précisions de nature financière, à la demande de l’opposition.