(Ottawa) Le Canada ne dépêche pas cette année d’observateurs électoraux aux États-Unis afin de scruter le déroulement de la présidentielle. Mais il aurait dû le faire à la lumière des déclarations incendiaires du président Donald Trump, croit un ancien député du NPD qui avait suivi celle de 2016.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

L’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), qui chapeaute des missions d’observation lorsqu’il y a élection dans ses États participants – dont le Canada et les États-Unis –, a envoyé au pays de Trump une équipe d’observateurs format réduit en raison de la pandémie de COVID-19.

Ils ne sont cette fois qu’une trentaine, dont près du tiers en provenance de l’Allemagne. En comparaison, la délégation de l’OSCE comptait quelque 400 membres au scrutin de 2016. Parmi eux se trouvaient deux Canadiens, dont l’élue conservatrice Leona Alleslev, qui était libérale à l’époque de son affectation.

Cette fois, il n’y en a aucun, a constaté La Presse dans une la liste transmise par l’OSCE.

Une situation que regrette l’ex-député néo-démocrate Nathan Cullen, qui avait suivi la dernière présidentielle à l’invitation du département d’État américain. « Si le président du Rwanda ou du Botswana, par exemple, tenait le même genre de propos que Donald Trump, le Canada enverrait certainement des observateurs », suggère-t-il en entrevue.

« S’il y a bien une élection où les États-Unis en auraient besoin, c’est bien celle-ci », lâche l’ancien élu fédéral, qui tente actuellement de se faire élire sur la scène provinciale, en Colombie-Britannique. « Je me mets à la place d’un Américain, et il me semble qu’après l’élection, j’aimerais que des observateurs neutres me confirment qu’elle a été juste. »

Du côté d’Affaires mondiales, on n’a pas expliqué l’absence canadienne de la mission 2020 de l’OSCE. On s’est contenté de déclarer que « le Canada et les États-Unis travaill[ai]ent ensemble afin que la vie de nos citoyens soit sûre et prospère ».

Trudeau craint des « perturbations »

Mais à moins d’un mois du jour J, la nervosité est bel et bien présente. Même Justin Trudeau, qui se garde normalement de commenter la politique américaine, s’est montré préoccupé, jeudi. « Nous regardons tous [le clivage] qui se passe aux États-Unis avec une certaine inquiétude », a-t-il lancé en marge d’une annonce à Kanata, en Ontario.

« Nous serons bien sûr prêts à différentes éventualités, mais nous espérons évidemment que tout se passera en douceur », a-t-il poursuivi en anglais, sans pour autant préciser en quoi consistait cette préparation. Mais ce qui est certain, c’est qu’Ottawa souhaite une « transition en douceur ou un résultat clair de l’élection », a insisté le premier ministre.

Car « si c’est moins clair, il pourrait y avoir des perturbations, et nous devons être prêts à faire face à tous les scénarios », a-t-il ajouté au micro.

En 2016, l’équipe Trudeau avait la conviction que Hillary Clinton aurait le dessus sur Donald Trump. Il appert que l’on ne tient cette fois rien pour acquis en ce qui a trait au scrutin du 3 novembre prochain.