(Québec) Les partis d’opposition accusent le gouvernement Legault de prendre « des allures de boys club » en s’éloignant de la parité au Conseil des ministres, alors que Sylvie D’Amours a perdu son poste de ministre responsable du Secrétariat aux affaires autochtones au profit du député Ian Lafrenière.

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

« Mon cœur de féministe a mal. La nouvelle nomination de Ian Lafrenière éloigne de plus en loin le Conseil des ministres de François Legault de la parité. La Coalition avenir Québec prend de plus en plus des allures de boys club avec une troisième femme ministre qui se fait remplacer par un homme. On va avoir le gouvernement à l’œil », a affirmé vendredi la cheffe de Québec solidaire Manon Massé.

« L’espace des femmes au Conseil des ministres se réduit. Rappelons-nous que le comité de relance économique était initialement composé uniquement d’hommes. Le premier ministre avait de bien belles paroles lors de son discours inaugural, mais force est de constater qu’il y a un fossé entre les paroles et les gestes de ce gouvernement », a pour sa part déploré la cheffe libérale Dominique Anglade.

« Le premier ministre mentionne qu’il se trouve dans la zone paritaire avec son Conseil des ministres à 40 % féminin, mais on doit toutefois noter que 100 % des fois où il a effectué un remaniement, une femme perdait son rôle pour le voir confié à un homme », a ensuite dénoncé Méganne Perry-Mélançon du Parti québécois.

En point de presse à Québec, vendredi, François Legault a admis qu’« il reste du travail à faire » en matière de parité, mais il a défendu que son Conseil des ministres était toujours en « zone paritaire ».

« Rappelez-vous d’abord qu’on a présenté 50 % de candidates femmes [aux dernières élections]. Le résultat, c’est que sur les 76 députés [caquistes], il y en a 39 % qui sont des femmes, 61 % qui sont des hommes. Là, on se retrouve avec un conseil des ministres où il y a 15 hommes, 11 femmes. Ça veut dire 42 % de femmes. Si on m’inclut [dans le calcul] comme premier ministre, ça donne 40 % [de femmes] », a défendu le premier ministre.

« Il reste du travail à faire, d’abord pour avoir une parité chez les députés, et éventuellement une parité chez les ministres. […] Est-ce qu’on peut en faire plus ? Oui, on peut en faire plus, mais il faut quand même rappeler que [dans] le bassin de députés, il y a 39 % de femmes, puis 61 % d’hommes », a-t-il ensuite défendu.

En deux ans, Sylvie D’Amours est la deuxième femme ministre que le premier ministre choisit de rétrograder au rang de simple députée. Aucun ministre masculin n’a eu à subir ce sort.

En octobre 2018, M. Legault avait invité MarieChantale Chassé à faire partie du conseil des ministres, mais la nouvelle ministre de l’Environnement avait eu à peine le temps de s’installer qu’elle redevenait simple députée trois mois plus tard.

Chaque fois qu’une femme est tassée, c’est un homme qui la remplace. Ian Lafrenière a succédé vendredi à Sylvie D’Amours sur les questions autochtones, avant c’était Benoit Charette qui a pris les commandes de l’Environnement à la place de MarieChantal Chassé, Christian Dubé a pris le relais de Danielle McCann à la Santé et Simon Jolin-Barrette a pris en charge le dossier linguistique que pilotait Nathalie Roy. Mmes McCann et Roy siègent toutefois toujours au conseil des ministres.

— Avec La Presse Canadienne