(Québec) Les militants péquistes ont élu leur nouveau chef, vendredi. L’avocat Paul St-Pierre Plamondon, qui se décrivait encore comme un « orphelin politique » il y a quelques années, succède à Jean-François Lisée afin de « rebâtir » le Parti québécois et préparer la prochaine bataille électorale.

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

M. St-Pierre Plamondon, un avocat de 43 ans, père de deux enfants, a gagné la course à la direction du PQ en obtenant 56 % des voix au troisième tour du scrutin. Son plus proche rival, le député Sylvain Gaudreault, a obtenu 44 % des voix. L’humoriste Guy Nantel, que beaucoup voyaient comme un meneur l’hiver dernier, a pour sa part été éliminé au deuxième tour du scrutin, alors que l’enseignant d’histoire Frédéric Bastien a été éliminé dès le premier tour.

PHOTO PAUL CHIASSON, LA PRESSE CANADIENNE

Sylvain Gaudreault

Élu 10chef de l’histoire du PQ, Paul St-Pierre Plamondon n’est toutefois pas député à l’Assemblée nationale. Au cours des prochaines semaines, a-t-il dit, « attendez-moi souvent à Québec, [car] je serai très présent à l’Assemblée nationale ». Il n’a toutefois pas annoncé vendredi qui serait le chef parlementaire, ni s’il comptait se présenter lors d’une possible élection partielle avant le prochain scrutin général.

Rappelons qu’au premier tour, Paul St-Pierre Plamondon avait obtenu 35,44 % des votes, contre 32,98 % pour Sylvain Gaudreault, 21,55 % pour Guy Nantel et 10,03 % pour Frédéric Bastien. Lors du second tour, le nouveau chef péquiste a recueilli 41, 59 % des voix, contre 35,09 % pour M. Gaudreault et 23, 32 % pour M. Nantel.

Un chef « extraparlementaire »

Dans un bref discours au terme d’une soirée électorale diffusée en ligne depuis la permanence du parti, à Montréal, M. St-Pierre Plamondon s’est présenté comme le chef du rassemblement. Il y a près d’un an, à l’automne 2019, le Parti québécois tenait à Trois-Rivières un congrès de refondation, où la question de l’indépendance était remise au premier plan.

« Ce rêve n’est pas mort, il est en train de renaître », a déclaré le nouveau chef aux militants, qu’il pouvait voir sur un écran alors qu’il prononçait ses mots de victoire.

« Les Québécois ne sont pas des lâcheux, le Parti québécois non plus », a ajouté le chef, ajoutant qu’il « n’y a rien de honteux ni d’anormal » à aspirer à la souveraineté.

M. St-Pierre Plamondon a cité d’anciens chefs péquistes qui sont passés à l’histoire, notamment le fondateur du parti, René Lévesque, qui a été pendant un certain temps « extraparlementaire », jusqu’à son élection en 1976.

Et peu importe les résultats du parti aux prochaines élections, en 2022, le nouveau chef promet de rester à la tête du PQ, si les militants l’acceptent, même dans la défaite.

« On sait très bien que l’engagement, il doit être dans le temps, parce qu’avoir une course à la direction chaque deux à trois ans, c’est beaucoup de ressources et ça peut mener à des divisions », a-t-il dit.

S’inscrire dans le débat

Mais s’inscrire dans le débat politique sera un défi pour M. St-Pierre Plamondon, alors qu’il ne posera pas de questions tous les jours à François Legault à l’Assemblée nationale.

Comme premier sujet politique abordé en point de presse, le nouveau chef péquiste a affirmé vendredi qu’il reconnaissait le « racisme institutionnel » que vivent les peuples autochtones au Québec, rejetant la notion de racisme systémique.

Sur les réseaux sociaux, celui avec qui Paul St-Pierre Plamondon voudra débattre, le premier ministre Legault, a écrit vendredi avoir appelé le nouveau chef du PQ pour le féliciter de sa victoire.

« Même si nos stratégies sont différentes, je souhaite qu’on fasse front commun sur certains dossiers pour faire avancer le Québec », a affirmé M. Legault.

Une longue course

Cette course à la direction au Parti québécois a été particulièrement longue, ont souligné plusieurs députés péquistes qui se sont succédé vendredi au dévoilement virtuel de leur nouveau chef. Au départ, le chef devait être élu le 19 juin dernier. Or, la pandémie de COVID-19 a forcé le parti, tout comme le chef par intérim, Pascal Bérubé, à attendre jusqu’à vendredi pour choisir leur nouveau leader.

Paul St-Pierre Plamondon arrive à la tête d’un parti qui compte moins de membres qu’il n’en avait quand son prédécesseur, Jean-François Lisée, a été élu chef en 2016. À l’époque, le parti déclarait avoir 73 000 membres. Il estimait en avoir toujours 50 000 en janvier dernier.

Alors qu’il entame son mandat à la tête du PQ, M. St-Pierre Plamondon peut compter sur 35 837 membres en règle et membres ponctuels, c’est-à-dire les quelques milliers de Québécois qui ont payé 5 $ pour voter lors de cette première course ouverte aux sympathisants. En ajoutant près de 7000 cartes de membre en attente d’un renouvellement (c’est-à-dire échues depuis moins d’un an), les péquistes affirment avoir au total 43 000 membres, ce qui en fait le parti ayant le plus de membres au Québec.

M. St-Pierre Plamondon aura également la tâche de réunir ceux qui n’ont pas voté pour lui à l’issue de cette course. À l’automne dernier, quand le PQ se refondait à Trois-Rivières, certains militants présents depuis longtemps au parti voyaient d’un œil méfiant l’arrivée de l’« orphelin politique ».

« Moi, son rapport qu’il a fait sur repenser le PQ, c’était des choses qu’on savait [déjà]. La seule chose [qu’il a réussi à faire, c’est] nous faire passer pour des vieilles sacoches », avait notamment déclaré l’ex-syndicaliste Marc Laviolette.

Or, ses adversaires ont tour à tour appelé à l’unité, vendredi, avant le dévoilement des résultats.

« La cause qui nous rassemble est plus forte que les intérêts individuels de chacun », a déclaré le député Sylvain Gaudreault. « C’est le moment de se rallier », a poursuivi l’humoriste Guy Nantel, qui ne s’est pas engagé à se présenter comme candidat aux élections de 2022 s’il perdait la course.

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Guy Nantel

Pendant la cérémonie du dévoilement des résultats, vendredi, l’ancienne première ministre Pauline Marois, l’ancien chef péquiste et propriétaire de Québecor Pierre Karl Péladeau et l’ancien chef péquiste Jean-François Lisée ont pris la parole.

« Aujourd’hui, certains diront que l’indépendance n’est pas à l’avant-scène du débat politique. […] C’est votre responsabilité [de faire en sorte que cet enjeu] soit toujours prêt à surgir à l’avant-plan », a dit ce dernier. Paul St-Pierre Plamondon a promis pendant la campagne de tenir un référendum lors d’un premier mandat au gouvernement.

– avec Henri Ouellette-Vézina, La Presse