(Ottawa) Le leader parlementaire du gouvernement Trudeau saisit la mésaventure des députés bloquistes pour s’en faire des munitions contre les conservateurs.

Lina Dib
La Presse Canadienne

Yves-François Blanchet et la presque totalité de ses députés se sont mis en isolement parce qu’un employé du parti présent à leur réunion de caucus à Saint-Hyacinthe la semaine dernière a reçu un diagnostic de COVID-19 lundi.

Or, les leaders parlementaires aux Communes négocient en ce moment la manière de reprendre les travaux la semaine prochaine. Libéraux, néo-démocrates et bloquistes sont d’accord pour que la majorité des députés participent aux séances de la Chambre en visioconférence et puissent aussi voter à distance.

Les conservateurs semblent encore résister à l’idée.

« Le fait que […] les députés du Bloc québécois doivent s’isoler de façon responsable, c’est un exemple de ce qu’est une démocratie en temps de pandémie », a fait valoir Pablo Rodriguez à son arrivée mardi matin à la deuxième journée d’une retraite du conseil des ministres à Ottawa.

« Est-ce que parce que les députés du Bloc respectent les consignes […], ils ne (pourraient) pas voter, […] c’est normal ? », a lancé M. Rodriguez.

Il a dit faire appel « en particulier aux conservateurs ». « Un député doit pouvoir voter pas parce qu’il est en Chambre, pas parce que le whip a décidé qu’il serait là, mais parce qu’il a été élu par le peuple », a-t-il poursuivi.

Le nouveau leader parlementaire des conservateurs, Gérard Deltell, refuse de faire des commentaires sur ce sujet pendant que les discussions entre leaders se poursuivent.

Son collègue whip est beaucoup moins discret.

Samedi, sur les ondes de la radio de CBC, Blake Richards a comparé l’option du vote à distance à l’utilisation de l’application Tinder, le site virtuel de rencontres amoureuses.

« Je ne crois pas que le vote devrait être réduit à des députés assis en pyjama, chez eux, en train de voter comme sur Tinder, en balayant à droite ou à gauche », a ironisé le député conservateur.

Il a aussi réclamé le plus de députés possible, présents en personne aux Communes. L’administration de la Chambre a calculé 86 places à deux mètres de distance, a-t-il dit. « Mais ceci ne prendrait pas en compte l’utilisation des tribunes », a-t-il noté, avant de proposer que seulement un mètre sépare chaque élu comme c’est le cas pour les écoliers dans certaines classes.

Mardi, en conférence de presse à Ottawa, le chef néo-démocrate n’était pas du tout d’accord avec M. Richards.

« Les conservateurs (font) une erreur avec leur proposition et c’est mieux de réduire le nombre de députés dans la Chambre des communes », a tranché Jagmeet Singh.

Pablo Rodriguez estime qu’un vote à distance serait possible dès les premières minutes aux Communes, après la lecture du discours du Trône du 23 septembre. L’application de vote à distance déjà développée doit être testée « pendant une courte période », mais en attendant, M. Rodriguez propose aux élus de « voter par Zoom » comme l’a fait la législature de Colombie-Britannique.

Les bloquistes en isolement pour 14 jours ou moins ?

En annonçant leur isolement « préventif » lundi, les députés bloquistes ont également dit qu’ils subiraient tous des tests de dépistage et qu’ils suivraient les directives de la santé publique pour la suite des choses.

Or, l’administratrice en chef de l’Agence de la santé publique du Canada a rappelé, mardi, que c’est bien 14 jours d’isolement qui sont toujours prescrits au pays lorsqu’il y a eu contact avec une personne infectée par la COVID-19.

Un test négatif ne suffit pas pour mettre fin à l’isolement.

« Un test négatif ne garantit pas que vous n’avez pas le virus », a rappelé la Dre Theresa Tam. Le temps d’incubation de ce coronavirus est évalué à 14 jours.

« Alors, à moins de faire une série de tests… », a-t-elle supposé après avoir noté qu’elle ne connaît pas les circonstances précises des bloquistes.

Comme la réunion du caucus bloquiste s’est tenue mardi dernier, la quarantaine de 14 jours prendrait fin la veille du discours du Trône.