(Québec) Des pouvoirs accrus en immigration, une déclaration de revenus unique et pas de contestation judiciaire de la loi 21 : les premiers engagements du chef conservateur plaisent à François Legault. Mais, en pleine pandémie, le premier ministre reste pour l’heure sur son appétit à propos des transferts en santé.

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

L’arrivée d’Erin O’Toole « peut aider le Québec », a tranché le premier ministre mardi dernier, réagissant pour la première fois à l’élection du nouveau leader du Parti conservateur. « J’ai très hâte de rencontrer M. O’Toole, il y a beaucoup de dossiers où l’on peut avoir de bonnes discussions », a-t-il poursuivi.

Ça peut nous aider effectivement, ça peut aider le Québec à faire cheminer un certain nombre de dossiers.

François Legault au sujet de l’élection d’Erin O’Toole

Erin O’Toole ne cache pas qu’il veut tisser des liens étroits avec le Québec. L’ex-ministre des Anciens Combattants a rapidement évoqué après sa victoire, dimanche, son intention de rencontrer le premier ministre Legault avant les Scott Moe, Jason Kenney et Doug Ford, qui ont tous ouvertement appuyé sa candidature.

L’équipe de M. O’Toole a déjà pris contact avec le cabinet de M. Legault pour fixer une date de rencontre. Le premier ministre est disposé à s’entretenir avec le chef conservateur « prochainement », nous indique-t-on. Il est trop tôt pour dire si cette rencontre pourrait avoir lieu avant la rentrée parlementaire du 15 septembre.

Dans l’entourage du premier ministre, on prévient qu’il ne faut pas, par ailleurs, interpréter l’enthousiasme de M. Legault comme un signal de rapprochement. On rappelle que le chef caquiste avait aussi rencontré Yves-François Blanchet et Jagmeet Singh. L’intention, fait-on savoir, n’est pas de favoriser un parti ou un autre.

Selon nos informations, le clan O’Toole n’a eu aucune discussion avec le bureau du premier ministre Legault pendant la course à la direction.

L’ordre du jour en prévision de ce premier rendez-vous n’est pas encore établi. « On va faire le tour des sujets pour mieux connaître ses positions et la position du Parti conservateur maintenant qu’il en est le chef. […] Il faut voir comment la rencontre se déroulera, comment nos positions rejoignent celles de M. O’Toole », nous souffle-t-on.

Déjà, François Legault s’est dit « content » d’entendre l’ouverture d’Erin O’Toole sur la question de l’immigration et son « engagement » de ne pas contester la loi 21 sur le port des signes religieux. « C’est intéressant », a souligné le premier ministre. Dans sa plateforme spécifique au Québec, le député de Durham, en Ontario, promet « d’accroître l’autonomie » de la province en immigration, en incluant les dossiers des réfugiés.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Erin O’Toole s’est « engagé » à ne pas contester la loi 21 sur le port des signes religieux au Québec.

HAUSSE DES TRANSFERTS FÉDÉRAUX

François Legault a cependant besoin de plus de précisions sur les visées du nouveau chef de l’opposition officielle sur la question des transferts fédéraux en santé. La pandémie de COVID-19 a mis à rude épreuve le réseau de la santé québécois et a fait des ravages, particulièrement dans les CHSLD.

« On demande un rattrapage sur les transferts en santé », a-t-il rappelé, mardi. « J’ai entendu M. Trudeau parler de conditions concernant l’investissement dans les soins de longue durée. Moi, ça ne m’intéresse pas ce bout-là. Donc, j’ai hâte de voir si M. O’Toole est prêt à augmenter les transferts en santé, et ce, sans conditions. »

Erin O’Toole s’engage à « procéder aux transferts fédéraux » pour les programmes sociaux « sans y rattacher des conditions contraignantes ». Pour l’heure, il n’est pas précisé dans sa plateforme s’il entend les augmenter.

Le nouveau leader conservateur promet aussi de ne « jamais s’immiscer dans les affaires internes » du Québec et de protéger les intérêts « économiques, politiques ou culturels » des Québécois.

Dans un texte publié sur son site internet, Erin O’Toole affirme « reconnaître […] les deux peuples fondateurs » et dit être « fier que [le] pays ait été fondé en français ». Sur la langue, François Legault a précisé avoir « hâte de l’entendre » sur la présence du français dans les entreprises à charte fédérale.

« Son arrivée peut être positive », a précisé une source caquiste. « C’est toujours une bonne nouvelle dans le contexte où un nouveau chef voudra être à l’écoute, voudra faire le tour des différents groupes pour s’en faire le porte-voix », a-t-elle ajouté.

PROJETS D’INFRASTRUCTURES

Erin O’Toole veut également apporter une aide financière à la construction du troisième lien et participer à la « concrétisation » du Projet Saint-Laurent, deux promesses phares de la Coalition avenir Québec.

Ses premières propositions au chapitre des infrastructures sont accueillies favorablement, alors que le gouvernement Legault souhaite mettre le pied sur l’accélérateur pour la relance économique. Mais il serait aussi intéressant de connaître ses intentions pour le soutien du secteur aérospatial, a indiqué une autre source gouvernementale.

Andrew Scheer avait aussi courtisé le Québec, principalement en campagne électorale, promettant de tenir une rencontre au sommet avec François Legault pour instaurer, dans les 100 premiers jours d’un éventuel gouvernement conservateur, la déclaration de revenus unique pour les contribuables québécois.

En coulisses, on souligne qu’à l’instar d’Andrew Scheer, Erin O’Toole a aussi un travail à faire pour se faire connaître au Québec et dans les rangs du gouvernement.