(Québec) Le ton a monté à plus d’une reprise mercredi lors du premier débat de la course à la direction du Parti québécois. Dans des échanges parfois acrimonieux, le député Sylvain Gaudreault a reproché à Guy Nantel son intérêt soudain pour la politique, alors que l’humoriste a affirmé que sa notoriété était un atout dans la course et que son adversaire n’attirait pas les foules, discutant parfois cet été avec des groupes de huit militants à peine.

Hugo Pilon-Larose
Hugo Pilon-Larose La Presse

L’échange entre Sylvain Gaudreault et Guy Nantel avait pour thème le caractère parfois « chicanier » du Parti québécois. La modératrice du débat, l’ancienne présidente du parti Gabrielle Lemieux, leur avait demandé comment ils changeraient cette perception de leur formation politique.

Le ton a toutefois rapidement tourné à l’aigre. « Tu étais où avant de prendre ta carte [de membre] il y a six mois ? », a lancé à Guy Nantel le député de Jonquière, Sylvain Gaudreault. Il lui a notamment reproché de ne pas avoir été à la rencontre des militants cet été. C’est dans ce contexte que M. Nantel a ensuite tourné en dérision la taille des rassemblements où M. Gaudreault se rendait.

En point de presse, l’humoriste a avoué qu’il avait été dur avec son adversaire. Il a toutefois expliqué que M. Gaudreault ne l’avait pas ménagé ces dernières semaines. « Je lui en devais une », a-t-il dit.

Un référendum dans un premier mandat

Sylvain Gaudreault a également critiqué l’avocat Paul St-Pierre Plamondon pour ses positions changeantes sur l’indépendance. Le député a rappelé que son adversaire était moins pressé d’organiser un référendum sur la souveraineté lors de la course précédente, en 2016, à l’issue de laquelle Jean-François Lisée était devenu chef.

« Je me demande comment on peut se baser sur des méandres comme ça », a-t-il dit. M. St-Pierre Plamondon a quant à lui rappelé qu’il proposait à l’époque de tenir un référendum en 2022, et qu’il ne voulait plus retarder le grand jour.

Alors que tous les aspirants chefs promettent un référendum dans un premier mandat, l’enseignant en histoire Frédéric Bastien propose de mener d’abord des négociations constitutionnelles avec Ottawa, ce qui conduirait véritablement à un échec, a-t-il dit. Un référendum serait alors tenu dans un deuxième mandat péquiste.

Dans un premier mandat, la Constitution. Dans un deuxième mandat, un référendum. Bing bang !

Frédéric Bastien

« Tu vas avoir l’air d’un poulet qui négocie avec le colonel Sanders », a répliqué Guy Nantel, qui propose de faire des « gestes de rupture » avec le Canada, comme soustraire les lois québécoises à la Charte canadienne des droits et libertés, puis d’organiser un référendum dans les deux premières années d’un premier mandat.

Un parti « à la croisée des chemins »

Selon Guy Nantel, le Québec est aujourd’hui « contraint » de rester dans la fédération canadienne par « la tricherie et la peur ». « [Il ne faut] pas donner à nos enfants le déclin et le mépris que nous réserve le Canada », a pour sa part affirmé Paul St-Pierre Plamondon, citant l’exemple des réticences du gouvernement fédéral face à la loi québécoise sur la laïcité.

M. St-Pierre Plamondon a affirmé que le Parti québécois était « à la croisée des chemins ». Il s’est présenté mercredi comme le candidat « rassembleur » pouvant mener les péquistes à la victoire aux élections de 2022. Selon lui, il faut ramener au Parti québécois les souverainistes de gauche et de droite afin de reformer une grande coalition.

« Tantôt on est un peu plus à gauche, tantôt on est un peu plus à droite. On est comme un chien qui court après sa queue et en bout de ligne on perd des deux côtés », a répondu Frédéric Bastien, qui promet de mettre fin au clientélisme.

Selon lui, les « vrais ennemis » du Parti québécois, « ce sont les fédéraux. Il faut les stopper. Il faut les contester. […] C’est comme ça que tous les patriotes vont revenir ».

Fin de la convergence

Aucun des quatre aspirants chefs du Parti québécois ne souhaite rétablir un dialogue avec Québec solidaire, seule autre formation politique souverainiste à l’Assemblée nationale, afin de favoriser une convergence des indépendantistes. Une première tentative en ce sens a mené à un échec sous la direction de Jean-François Lisée.

Beaucoup de souverainistes qui sont à la Coalition avenir Québec vont revenir au Parti québécois quand je serai chef.

Guy Nantel

Au sujet des relations avec les Premières Nations et les Inuits, Sylvain Gaudreault et Paul St-Pierre Plamondon ont affirmé qu’un gouvernement péquiste sous leur gouverne signerait la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. Le premier ministre caquiste François Legault s’est montré récemment réticent à le faire, et ce, même si la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec le recommandait il y a près d’un an. Il citait alors l’importance de préserver l’intégrité territoriale du Québec pour expliquer sa prudence.

Frédéric Bastien a salué le passé historique et colonial de la France, affirmant qu’elle avait traité les Autochtones avec respect lorsqu’elle était présente en Amérique du Nord. Selon lui, « on essaie de noircir le bilan du Québec » en la matière, alors qu’on devrait s’en enorgueillir. M. Bastien n’a pas abordé la question des pensionnats.

Les prochains débats entre les quatre candidats auront lieu les 8 et 22 septembre sur les thèmes de l’équité, de la justice, du nationalisme et de la protection de l’environnement. En raison de la pandémie de COVID-19, tous les débats sont diffusés en ligne depuis un studio de Granby où il n’y a aucun spectateur.

L’élection du prochain chef, qui succédera à Jean-François Lisée à la tête du Parti québécois, se tiendra le 9 octobre. D’ici là, le chef par intérim du parti, Pascal Bérubé, entamera la reprise des travaux parlementaires à Québec dans quelques jours.