(Washington) La nouvelle ministre des Finances, Chrystia Freeland, devrait demeurer au cœur des dossiers concernant les relations avec les États-Unis alors que les États voisins cherchent à relancer leur économie ravagée par les conséquences de la pandémie de la COVID-19.

Lee Berthiaume
La Presse canadienne

Le gouvernement libéral n’a pas confirmé si le premier ministre Justin Trudeau entend officiellement confier la responsabilité de la relation avec Washington à Mme Freeland, un rôle qu’elle occupe depuis plus de trois ans. En plus du rôle de ministre des Finances, Chrystia Freeland occupe aussi déjà celui de vice-première ministre.

Le premier ministre a chargé Mme Freeland de gérer la relation avec les États-Unis dans sa lettre de mandat à titre de ministre des Affaires étrangères en février 2017. Une responsabilité renouvelée au moment de sa nomination à titre de vice-première ministre l’automne dernier.

Le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, a laissé entendre cette semaine que les autres ministres du gouvernement allaient prendre certaines responsabilités sur les épaules afin de soulager Mme Freeland qui doit entreprendre de nouvelles fonctions aux Finances. La décision finale revient cependant à Justin Trudeau, a-t-il rappelé.

« On travaille ensemble en tant que gouvernement pour nous assurer de positionner le Canada le mieux possible dans cette relation capitale avec les États-Unis », a confié M. Champagne en entrevue avec La Presse Canadienne.

« Les affectations particulières, évidemment, sont la prérogative du premier ministre, mais je dirais de façon générale que chacun d’entre nous a un rôle à jouer dans cette relation très importante (avec les États-Unis) », a-t-il poursuivi.

Nos sources de haut niveau au sein du gouvernement n’ont pas voulu commenter publiquement si Mme Freeland allait continuer d’être à l’avant-plan de la relation avec les États-Unis ou si d’autres ministres allaient prendre le relais.

Sous le couvert de l’anonymat, nos sources ont fourni des réponses contradictoires.

La nomination de Chrystia Freeland à titre de responsable de la relation avec les États-Unis a coïncidé avec la requête du président Donald Trump pour la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). La nouvelle version du pacte économique est finalement entrée en vigueur le 1er juillet dernier après plus d’un an de négociations serrées et parfois même acrimonieuses.

L’ancien diplomate Colin Robertson souligne que les nombreuses relations de Mme Freeland aux États-Unis, sa compréhension de la culture américaine pour y avoir vécu durant sa carrière de journaliste et son habileté à transformé des ennemis en amis ont bien servi le Canada dans les dossiers impliquant Washington.

Elle a également permis de prémunir Justin Trudeau contre les foudres de Donald Trump quand Ottawa devait se rebiffer sur quelque enjeu. Il donne en exemple la manière dont Chrystia Freeland a condamné la décision de la Maison-Blanche, au début du mois, d’imposer des droits de douane sur l’aluminium canadien.

Le PDG du Conseil canado-américain des affaires, Scotty Greenwood, offre une autre perspective selon laquelle il serait raisonnable de revenir à une approche plus traditionnelle de partager la responsabilité de la relation avec les États-Unis maintenant que la renégociation de l’ALENA est terminée.

« Parce que cette relation est si énorme et multidimensionnelle, plusieurs personnes doivent éventuellement interagir avec les États-Unis », fait remarquer M. Greenwood.

Mais peu importe si Chrystia Freeland demeure responsable des affaires avec Washington, autant Colin Robertson que Scotty Greenwood croient qu’elle va continuer de jouer un rôle majeur dans le cadre de sa nouvelle fonction aux Finances.

Les deux hommes indiquent que le plan des libéraux pour relancer l’économie implique des mesures pour lutter contre les inégalités et les changements climatiques. Des enjeux qui nécessitent une certaine coordination avec le pays voisin en raison du caractère intégré des deux économies.