(Ottawa) Justin Trudeau ne veut pas s’engager à ordonner la tenue d’une enquête indépendante sur les allégations de l’existence d’un climat de travail « toxique » qui régnerait à Rideau Hall avec la gouverneure générale Julie Payette aux commandes.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Jagmeet Singh, a fait cette demande à la Chambre des communes, mercredi, au lendemain d’un reportage accablant de CBC basé sur des témoignages anonymes d’une dizaine d’employés ou d’ex-employés.

« Les histoires partagées par les travailleurs à Rideau Hall sont troublantes. Le premier ministre a un rôle à jouer. Est-ce que le premier ministre va faire preuve de leadership et lancer une enquête indépendante ? », s’est-il enquis.

Justin Trudeau n’a pris aucun engagement, mais il a réitéré qu’il était important que tout milieu de travail soit exempt de harcèlement, reprenant à son compte les déclarations offertes par son bureau en réaction à ces informations.

« Tous les Canadiens, particulièrement ceux dans la fonction publique, ont le droit de travailler dans des lieux de travail sécuritaires et corrects. C’est extrêmement important », s’est-il contenté d’offrir au leader du NPD.

Au Parti conservateur, on aimerait aussi savoir ce qui se passe derrière les portes de Rideau Hall, la résidence officielle de la gouverneure générale. La représentante de la reine au Canada a déjà fait l’objet d’articles médiatiques alléguant que le climat était difficile sous sa houlette.

« Tous les Canadiens devraient pouvoir avoir un environnement de travail sain. C’est le gouvernement qui a fait cette nomination, il faut maintenant faire la lumière sur cette situation et régler le problème », a déclaré par voie de communiqué le député Jacques Gourde, mercredi.

Le Bloc québécois n’a pas souhaité commenter.

Dans le camp de Rideau Hall, on a vigoureusement nié les allégations contenues dans le reportage de CBC qui a été diffusé mardi.

« La gouverneure générale et l’équipe de direction du Bureau du secrétaire du gouverneur général [BSGG] attachent une importance fondamentale au maintien d’un milieu de travail sain », a déclaré son attachée de presse, Ashlee Smith.

« Nous sommes profondément consternés par la teneur de ce reportage, qui contraste complètement avec la réalité du travail au BSGG », a-t-elle ajouté. La porte-parole n’a pas retourné l’appel de La Presse, mercredi.

Péril pour la légitimité de l’institution

De l’avis de Philippe Lagassé, spécialiste du système parlementaire de Westminster, le premier ministre ne peut prendre cette affaire à la légère, car il en va de la « légitimité et de l’autorité morale de l’institution ». La grande question serait, selon lui, de qui pourrait mener une enquête indépendante, les policiers n’ayant reçu aucune plainte formelle.

Le hic, c’est que la secrétaire générale de la gouverneure générale, Assunta Di Lorenzo, est aussi visée par les allégations rapportées par CBC, rappelle le professeur associé à l’Université Carleton.

Mais chose certaine, le gouvernement Trudeau ne peut se permettre de balayer tout bonnement cette l’histoire sous le tapis.

« Si c’était la première fois qu’on entendait parler d’un problème à Rideau Hall, bon, je comprendrais, relève M. Lagassé. Mais l’autorité de la charge a été affaiblie. Je ne sais vraiment si on peut continuer de cette façon-là. »

Tout comme il a le pouvoir de recommander à la reine d’Angleterre la nomination d’une personne au poste de gouverneur général, le premier ministre du Canada a l’autorité de recommander de l’en dépouiller, précise le politologue.

« C’est rare qu’il faut aller jusque-là ; normalement, la menace d’appeler la reine suffit. Et dans le cas de Mme Payette, c’est ça qui m’inquiète, parce que quand on a soulevé des critiques auparavant, la réaction n’était pas de s’autocritiquer, de se questionner », dit-il.