(Québec) Québec revoit à nouveau sa réforme du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), qui sert de voie rapide aux étudiants étrangers et aux travailleurs temporaires afin d’obtenir leur résidence permanente.

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

La nouvelle ministre de l’Immigration, Nadine Girault, a confirmé jeudi que les étudiants étrangers qui obtiendront leur diplôme au Québec d’ici le 31 décembre pourraient présenter une demande au PEQ selon les conditions en vigueur avant la réforme.

En juin, des centaines de personnes avaient manifesté à Montréal pour réclamer le respect de ce droit acquis. Ce dernier n’est finalement accordé qu’aux étudiants étrangers. Ceux qui obtiendront leur diplôme en 2021 ne pourront pas s’en prévaloir et devront déposer une demande qui sera évaluée selon les nouveaux critères.

Le gouvernement Legault revoit aussi à la baisse la durée de l’expérience de travail sur le sol québécois qui sera désormais exigée des travailleurs temporaires avant qu’il ne puisse postuler au PEQ. Dans la deuxième mouture de la réforme, qui avait été présentée par l’ancien ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, Québec avait déterminé que ces travailleurs devaient « avoir occupé un emploi à temps plein pendant 36 des 48 mois précédant la présentation de leur demande ». Ce seuil est désormais abaissé à 24 mois.

La ministre Nadine Girault revoit aussi à la baisse, de 24 à 18 mois, l’expérience de travail au Québec qui est exigée pour les diplômés d’études professionnelles. L’expérience de travail acquise durant un stage obligatoire d’un programme d’études sera également considérée comme comptabilisée, jusqu’à un maximum de trois mois.

Ces changements seront en vigueur à compter du 22 juillet. Les étudiants étrangers et les travailleurs temporaires qui déposeront entre temps des demandes au PEQ verront leur dossier analysé selon les conditions actuellement appliquées.

Un système complexe

Nadine Girault admet que le système d’immigration est complexe au Québec. « Moi la première, à titre de ministre [qui arrive] d’un autre ministère, je ne comprenais pas bien tout ce qui touche l’immigration. Je pense qu’on a beaucoup de pédagogie à faire là-dessus », a-t-elle affirmé jeudi lors de son premier point de presse à titre de ministre de l’Immigration.

En novembre dernier, son prédécesseur, Simon Jolin-Barrette, avait provoqué un tollé en présentant un PEQ 2.0 dont l’accès était restreint à des catégories d’emplois, certaines désuètes. Le ministre, qui est passé à la tête de la Justice, depuis un récent remaniement, avait à l’époque reculé puis présenté ses excuses.

« Nous sommes à des années-lumière de ce qui avait été présenté à l’automne 2019 », a plaidé jeudi Mme Girault, qui n’avait pas été surprise l’automne dernier de la controverse qu’avait provoquée la première tentative de réforme du PEQ.

« Je n’ai pas été surprise de la levée de boucliers. J’ai été surprise, je vous dirais, quand je suis arrivée, de la complexité […] de tous ces programmes », a-t-elle déclaré, précisant que son objectif à « moyen, long terme [est] de simplifier tout ça ».

Un programme populaire

Le PEQ est l’un des deux programmes d’immigration économique (avec le Programme régulier de travailleurs qualifiés, ou PRTQ) pour lequel le Québec dispose d’une entente avec Ottawa lui permettant de sélectionner ses immigrants et de délivrer des certificats de sélection (CSQ). Ce document est nécessaire à l’attribution de la résidence permanente par le gouvernement fédéral à un immigrant économique s’établissant dans la province. Le PEQ est destiné aux travailleurs temporaires étrangers et aux étudiants étrangers déjà présents sur le territoire québécois.

« Aujourd’hui, l’engouement [pour le PEQ] est si fort que la proportion des certificats de sélection du Québec délivrés dans le Programme de l’expérience québécoise est passée de 5 % en 2010 à 86 % en 2019 », a rappelé jeudi la ministre Girault. Elle souhaite rééquilibrer le tout pour revenir à la proportion d’avant, c’est-à-dire un ratio d’environs 50-50 entre les deux programmes, et ce sans devoir augmenter les seuils d’immigration au-delà de ce qui est déjà prévu.

« Par mon histoire personnelle et durant ma carrière, j’ai toujours eu un intérêt particulier pour la réussite des immigrants. Pour moi, c’est fondamental. D’abord, pour chacune et chacun, et pour l’avenir économique, social et culturel du Québec, je crois fermement que l’immigration doit faire partie de la solution à nos enjeux de société et je crois que toutes les Québécoises et les Québécois sont animés par la même conviction », a déclaré la ministre en point de presse.

Une nouvelle réforme qui fait réagir

Les réactions aux nouvelles modifications au PEQ ont rapidement été nombreuses, jeudi. Par voie de communiqué, jeudi, la Fédération des chambres de commerce du Québec s’est dite satisfaite des nouvelles modifications apportées au programme, tout comme le Conseil du patronat, qui y voit « un pas dans la bonne direction ».

« Encore une fois, la promesse faite envers les étudiants étrangers est bafouée alors qu’on leur avait garanti une clause de droit acquis totale de la bouche même du premier ministre du Québec. Le fait qu’on reconnaisse le besoin d’une clause transitoire pour ceux et celles qui auront terminé leurs études au 31 décembre 2020 n’est rien d’autre que la reconnaissance de l’injustice de cette réforme, mais la réparation n’est que partielle, par contre », a affirmé MGuillaume Cliche-Rivard, président de l’Association québécoise des avocats et avocates en droit de l’immigration.

La députée libérale Christine St-Pierre a également écrit sur Twitter que les réformes du PEQ « nuisent à la réputation du Québec à l’international alors que la compétition est féroce pour attirer les étudiants étrangers. Il y a quelque chose qu’ils ne comprennent pas ».

« La nouvelle ministre de l’Immigration essaie de réparer les mauvaises décisions de son prédécesseur, mais malgré les quelques changements apportés, le gouvernement continue de réduire les personnes immigrantes à leur contribution au marché du travail. Je suis choqué que le gouvernement trahisse sa promesse pour les étudiantes et les étudiants recrutés à l’étranger et qui n’auront pas, finalement, les droits acquis tel que promis par le premier ministre en novembre 2019 », a pour sa part affirmé Andrés Fontecilla de Québec solidaire.

« Le gouvernement recule et ajoute enfin à sa réforme du PEQ une clause transitoire pour les étudiants actuels. Par contre, toujours pas d’incitatifs pour attirer les étudiants et les travailleurs dans nos régions… C’est essentiel », a écrit sur les réseaux sociaux la péquiste Méganne Perry Mélançon.