(Ottawa) Les partis d’opposition à Ottawa espèrent obtenir plus qu’un simple « portrait de l’économie » mercredi.

Catherine Lévesque
La Presse canadienne

Le ministre des Finances, Bill Morneau, doit présenter une première estimation de la situation économique et des finances publiques du pays depuis que la pandémie a commencé en mars et que des milliards ont été distribués en aide d’urgence par le gouvernement fédéral.

Ce « portrait » devrait donner une idée des prévisions pour le reste de l’année financière et du déficit à venir.

Mais les conservateurs, bloquistes et néo-démocrates ont indiqué cette semaine qu’ils ne se contenteront pas de belles paroles. Ils souhaitent de l’action, incluant des changements dans les programmes de soutien en temps de COVID-19 et plus de transparence et de reddition de comptes.

S’exprimant mardi, le porte-parole du NPD en matière de finances, Peter Julian, a dit qu’il souhaite avoir une idée de la « carte routière » du gouvernement Trudeau pour les prochains mois alors que le Canada anticipe une deuxième, voire une troisième ou une quatrième vague de cas de COVID-19.

« Alors on veut voir comment le gouvernement va naviguer à partir de la fin de l’été au niveau de la subvention salariale, au niveau de la PCU (Prestation canadienne d’urgence), au niveau de toutes ces prestations qui font en sorte que les gens puissent mettre de la nourriture sur la table et garder un toit sur leur tête et la tête de leur famille », a-t-il dit en point de presse.

Le gouvernement fédéral a dépensé jusqu’ici plus de 174 milliards en soutien direct pour aider les particuliers et les entreprises à affronter la crise, et s’est dit prêt à modifier certains programmes afin de permettre une reprise économique.

Les propriétaires d’entreprises canadiennes ont besoin d’avoir des réponses sur l’avenir de ces programmes d’aide afin de prendre les décisions qui s’imposent, a martelé James Cumming, porte-parole du Parti conservateur pour les petites entreprises.

« Il devrait y avoir un aperçu de ce à quoi les choses vont ressembler dans six mois. Le gouvernement dit que c’est difficile de le prévoir, mais je peux vous assurer que toutes les entreprises à qui j’ai parlé le font, même en ces temps volatiles », a fait valoir le député albertain lors d’une conférence de presse dimanche.

Son collègue Pierre Poilievre, qui a répété que le gouvernement avait « perdu le contrôle » des finances du pays avant même le début de la pandémie, n’a pas voulu dire si les libéraux de Justin Trudeau devraient ralentir le flot de dépenses et réduire le déficit ou injecter encore plus d’argent pour repartir l’économie.

« Si nous voulons favoriser la croissance, nous devons libérer le potentiel de l’entreprise privée », a-t-il dit, pointant du doigt les nombreux projets de ressources naturelles dans l’Ouest qui attendent une approbation fédérale pour démarrer.

Selon M. Julian, le gouvernement fédéral doit plutôt se tourner vers les revenus pour s’assurer de continuer à offrir de l’aide pendant la crise. Le NPD croit qu’en mettant fin aux paradis fiscaux et en imposant les « ultra riches », le Canada pourrait aller chercher 35 à 40 milliards par année et contrôler l’ampleur du déficit.

« Au lieu de couper des services, ce qui est préconisé par certains, on prévoit d’aller chercher ces ressources-là pour qu’on puisse mettre en place un cadre financier stable et faire en sorte qu’on puisse avoir des services et améliorer les services dans les années à venir. C’est cette vision-là qu’on espère voir demain », a-t-il dit.

Le Bloc québécois, de son côté, dit que le gouvernement fédéral doit prendre tous les moyens pour préserver la vitalité des régions du Québec, déjà durement touchées par les conséquences économiques de la pandémie.

« Le gouvernement doit s’assurer de prendre tous les moyens pour préserver leur vitalité, notamment en modulant la PCU pour y greffer des incitatifs à l’emploi, en concrétisant les assouplissements aux critères de la subvention salariale aux entreprises saisonnières et en donnant les outils appropriés aux régions pour assurer la survie de l’économie », a énuméré Gabriel Ste-Marie, porte-parole du Bloc québécois en matière de finances.

M. Ste-Marie demande également à ce que le gouvernement fédéral transfère les 14 milliards promis aux provinces et territoires sans condition – quelque chose que le premier ministre Justin Trudeau s’est refusé à faire jusqu’à maintenant.