(Ottawa) Près de sept ans après les faits allégués, les présumées victimes de harcèlement de l’ancien sénateur Don Meredith ont droit à une déclaration de « regrets » de la part des représentants de la Chambre haute.

Catherine Lévesque
La Presse canadienne

Le président du Comité permanent de la régie interne, des budgets et de l’administration du Sénat (CIBA), Sabi Marwah, a fait cette déclaration jeudi après-midi devant ses collègues.

Ce geste public rarissime est survenu après des pressions exercées par l’avocat de deux des victimes et par des sénateurs eux-mêmes, pressés de tourner la page sur cet épisode peu glorieux de leur institution.

Le comité CIBA, qui s’est réuni jeudi en matinée, a adopté à l’unanimité un rapport du Sous-comité sur les ressources humaines qui recommandait d’exprimer des regrets publiquement.

M. Marwah a déclaré que l’inconduite de l’ancien sénateur Meredith « mérite sans équivoque une sévère condamnation de la part du Sénat et de l’ensemble des sénateurs ».

« Il apparaît clairement que sa conduite répréhensible n’était pas conforme aux normes les plus élevées de dignité inhérentes à la charge de sénateur et qu’elle a entaché la réputation de notre institution », a-t-il poursuivi.

À son avis, il incombe à tous les sénateurs de reconnaître que ce que ces individus ont vécu était « inadmissible » et que les processus visant à traiter leurs plaintes ont mis « trop de temps à se conclure ».

M. Marwah a ajouté que le Sénat prend des mesures pour éviter que de telles situations se reproduisent.

Tous les sénateurs et employés du Sénat doivent dorénavant suivre une formation anti-harcèlement obligatoire et des sénateurs ont élaboré une nouvelle politique contre le harcèlement qui tarde à être adoptée.

M. Meredith est accusé par six anciens employés et une agente de harcèlement psychologique et sexuel pendant qu’il siégeait à la Chambre haute. Les gestes reprochés vont de hurlements et de menaces, à des attouchements non désirés et l’exposition de ses parties génitales. Ils se seraient produits en 2013 et en 2014.

Deux rapports se sont penchés sur son inconduite. Le premier, réalisé par une firme externe et remis en juillet 2015, n’a jamais été remis aux victimes. Le deuxième, réalisé par le conseiller sénatorial en éthique Pierre Legault, a été rendu public le 28 juin 2019.

Devant la lenteur des procédures et l’absence de reconnaissance des torts subis, l’avocat de deux victimes présumées, Me Brian Mitchell, a envoyé une missive à l’ensemble des sénateurs la semaine dernière. La Presse canadienne en a obtenu une copie.

« Tant et aussi longtemps que ce dossier n’est pas réglé à la hauteur des attentes et des dommages subis des survivantes de l’ex-sénateur Meredith, votre désir de modernisation, autant face à votre institution que celle liée à votre nouvelle politique sur le harcèlement sexuel, ne sera qu’un discours vide et portera l’odieux de ceux et celles qui ont abandonné et trahi mes clientes, vos employées », a déclaré l’avocat dans la version française de la lettre.