(Ottawa) Le gouvernement libéral, qui s’est fait accuser d’avoir « fermé le Parlement », espère que les choses reviendront à la normale et que les députés recommenceront à fourmiller sur la colline à Ottawa à la date prévue de la rentrée, à l'automne.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

« Le 21 septembre, nous, ce que l’on veut, c’est que le Parlement revienne avec ses 338 députés », assure en entrevue avec La Presse le leader du gouvernement en Chambre, Pablo Rodriguez, vendredi, au lendemain de la fin des travaux printaniers.

Mais attention, prévient-il : même si les choses vont « un peu mieux ici », la pandémie est toujours présente, et si les autorités sanitaires déconseillaient le retour de 338 élus, « moi, ce que je suggère, c’est qu’on ait un modèle hybride ».

Le format hybride qui a été implanté consiste en la présence d’un nombre restreint de députés aux Communes, et d’autres élus en visioconférence, dans le cadre d’un comité plénier concentré sur la lutte contre la COVID-19.

PHOTO JUSTIN TANG, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le format hybride qui a été implanté consiste en la présence d’un nombre restreint de députés aux Communes, et d’autres élus en visioconférence, dans le cadre d’un comité plénier concentré sur la lutte contre la COVID-19.

Les libéraux voudraient cependant revenir à un fonctionnement « plein Parlement, avec des journées d’opposition et le dépôt de projets d’initiative parlementaire », avance le ministre Rodriguez.

« Mais pour ça, le vote électronique doit être implanté. C’est essentiel. À mon avis, c’est un des fondements de la démocratie en temps de pandémie, même si les conservateurs s’y opposent… On est au XXIe siècle ! C’est quoi, le problème ? », lance-t-il.

Aux détracteurs qui accusent le gouvernement d’avoir mis la clé sous la porte pendant la crise, il répond ceci : « Ce printemps, l’opposition a posé 3200 questions ; il y en aurait eu 1800 avec cinq périodes de questions de 45 minutes – et 11 comités se sont réunis. »

« Raciste » : Rodriguez défend Alain Therrien

La session parlementaire printanière, au cours de laquelle 10 projets de loi en réaction à la COVID-19 ont été adoptés, s’était amorcée sous le signe de la collaboration. Elle a fini en eau de boudin, la partisanerie reprenant ses droits au fil des semaines.

Mercredi, en Chambre, le chef néo-démocrate, Jagmeet Singh, a traité de « raciste » l’élu bloquiste Alain Therrien, qui a refusé de donner son feu vert au dépôt d’une motion du NPD condamnant le racisme systémique au sein de la GRC.

PHOTO PATRICK DOYLE, REUTERS

Alain Therrien, député du Bloc québécois

Si le premier ministre Justin Trudeau a refusé, le lendemain, de condamner le leader du NPD pour cette accusation, son ministre Pablo Rodriguez s’est porté à la défense de son vis-à-vis, qui occupe la fonction de leader parlementaire du Bloc québécois.

« Je travaille tous les jours, ou toutes les semaines, avec M. Therrien, et il n’y a rien, à aucun moment, qui ait pu me faire croire qu’on puisse l’accuser de racisme. Vraiment pas », a-t-il tranché.

Pas de « scénario » d’une élection à l’automne

Le même jour, le gouvernement libéral minoritaire aurait pu tomber lors du vote sur les subsides. Il a finalement survécu. Mais à en croire les plus récents coups de sonde, les troupes libérales auraient le haut du pavé, et seraient même en territoire majoritaire.

Les libéraux pourraient-ils chercher à profiter de l’alignement des astres pour demander un nouveau mandat clair aux électeurs à l’automne ? « Je ne vois aucun scénario où ça se produirait, parce qu’on est concentrés à livrer l’aide aux gens », dit Pablo Rodriguez.

« Moi, je pense que si on continue à faire un bon travail, on va continuer à maintenir la confiance de la Chambre, et je pense que c’est nécessaire de pouvoir offrir une stabilité à l’ensemble des Canadiens, car on est encore en contexte de pandémie », plaide-t-il.

À plus court terme, le Parlement rouvrira pour siéger le 8 juillet prochain, alors que le ministre des Finances, Bill Morneau, dévoilera un « portrait » de la situation économique du Canada.

Les accrochages Québec-Ottawa

Le lieutenant québécois de Justin Trudeau minimise les accrochages entre Ottawa et le gouvernement de François Legault, à Québec, entourant le déploiement militaire dans les CHSLD.

Selon nos informations, les deux ordres de gouvernement ont été à couteaux tirés dès le départ, le fédéral déplorant une improvisation québécoise et le provincial, la résistance d’Ottawa.

« Je ne l’ai pas perçu comme ça. Évidemment, on est dans une situation de crise, on avait des aînés qui mouraient dans les CHSLD […]. Mais quand on s’assoit et qu’on regarde ça, on se rend compte qu’on peut s’entendre », argue Pablo Rodriguez.

Il évoque le même esprit de collaboration en ce qui a trait à l’offre d’un transfert fédéral de 14 milliards de dollars aux provinces, assorti de conditions. « À coups de bonne volonté et de communication, on est capables de s’entendre sur un paquet de choses », dit-il.

Les militaires quitteront progressivement les CHSLD à compter du 26 juin et céderont la place aux employés de la Croix-Rouge. Les détails de la transition sont à suivre. Quant à l’offre des 14 milliards de dollars, elle fait toujours l’objet de pourparlers.