(Ottawa) Les militants du Parti conservateur ont eu droit mercredi soir à un véritable combat de boxe entre l’ancien ministre de la Justice Peter MacKay et son principal rival, l’ex-ministre des Anciens Combattants Erin O’Toole, durant le premier débat de la course à la direction du parti, qui avait lieu à Toronto.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Et même si la joute oratoire de 90 minutes se déroulait en français – et donc dans la langue seconde de tous les candidats –, les coups ont fusé tout au long de la soirée entre MM. MacKay et O’Toole, laissant les deux autres candidats de cette course, le jeune député de l’Ontario Derek Sloan et l’avocate de Toronto Leslyn Lewis, complètement en dehors de l’arène à lire des réponses préparées à l’avance visant à mettre en relief certaines de leurs positions, notamment leur opposition à l’avortement.

La course ayant été reléguée presque aux oubliettes depuis trois mois à cause de la crise de la COVID-19, le débat en français a permis de mettre en lumière toute l’animosité qui existe entre le camp de Peter MacKay et celui d’Erin O’Toole. Au point que les deux rivaux ont très peu dirigé leurs tirs vers celui qui tient les rênes du pouvoir depuis 2015, le premier ministre, Justin Trudeau, qu’ils aspirent à remplacer au prochain scrutin en devenant chef du Parti conservateur.

D’entrée de jeu, Erin O’Toole s’est présenté comme « un vrai bleu » qui respecte la nation québécoise en produisant une plateforme propre au Québec. Peter MacKay a enchaîné en disant que le Québec « est important pour lui » et s’est targué d’avoir l’appui « d’une forte équipe de sénateurs et de la majorité des députés du Québec ». Et ils se sont chacun présentés comme le meilleur candidat capable d’unir les troupes conservatrices.

Confrontations sur l’avortement

Mais ils ont rapidement jeté les gants par la suite. M. O’Toole a été le premier à le faire en accusant M. MacKay, qui a aussi été ministre de la Défense dans l’ancien gouvernement de Stephen Harper, de n’avoir « pas livré la marchandise » dans le dossier du remplacement de la flotte vieillissante des CF-18.

Et il a tout de suite tenté de tuer dans l’œuf les attaques qu’il appréhendait sur l’avortement de la part M. MacKay, qui l’accuse d’ambiguïté sur cette délicate question depuis quelques semaines.

« Comme premier ministre, je vais défendre le droit des personnes, [en] incluant les femmes, pour choisir elles-mêmes sur l’avortement. Si vous entendez le contraire ce soir, c’est un mensonge », a-t-il affirmé. Mais cette déclaration a donné l’occasion à M. MacKay de le confronter à quelques reprises durant la soirée.

« J’ai une question pour vous : est-ce que vous êtes pro-choix ou pro-vie ? M. O’Toole, est-ce que vous êtes pro-choix ou pro-vie ? », a lancé M. MacKay après avoir accusé son rival de vouloir adopter une taxe sur le carbone, à l’instar de Justin Trudeau. « J’ai déjà dit cela. C’est un autre mensonge, M. MacKay », a riposté M. O’Toole.

« Dites les mots ! », a rétorqué l’ancien ministre de la Justice.

« On doit avoir un chef qui va unir le mouvement conservateur. Je suis le chef pour le futur. M. MacKay est le chef du passé », a lancé M. O’Toole, en faisant allusion au fait que son adversaire a été le chef du Parti progressiste-conservateur en 2003 avant d’accepter d’unir le parti avec l’Alliance canadienne pour former le Parti conservateur, dirigé par Stephen Harper pendant plus d’une décennie.

Plus tard, M. MacKay a accentué la pression en disant qu’il était clairement pro-choix et que M. Sloan et Mme Lewis affichaient sans gêne leur position contre l’avortement. Il a invité M. O’Toole à en faire autant.

« J’ai une position claire sur les enjeux sociaux. Et c’est important au Québec et dans tout le pays. C’est absolument nécessaire. Personnellement, je suis pro-choix. Et personnellement, je suis d’accord avec le mariage gai. Il faut avoir un parti inclusif et moderne. Il faut avoir des politiques claires. La clarté, c’est tellement important au Québec. […. ] Il faut cesser les politiques de division de M. Trudeau et de M. O’Toole, franchement », a-t-il dit.

Dans une rare intervention, Leslyn Lewis a alors demandé à Peter MacKay s’il permettrait un vote libre aux ministres sur les questions sociales.

« La réponse, c’est oui », a dit le principal intéressé.

« Une autre girouette », a immédiatement lancé Erin O’Toole, en rappelant que l’ancien ministre de la Justice avait voté contre un projet de loi privé du Nouveau Parti démocratique sur la protection de l’identité sexuelle alors qu’il prétend défendre les droits de la communauté LGBTQ.

À quelques reprises durant le débat, M. O’Toole a reproché à M. MacKay d’avoir permis à certains de ses partisans de critiquer sa décision de produire une plateforme pour le Québec. « Malheureusement, votre équipe m’a attaqué pour ma plateforme québécoise. C’est inacceptable », a-t-il dit.

Un test de français

Le débat de mercredi devait permettre de mesurer la qualité du français de chacun des candidats au moment où le Parti conservateur tente d’augmenter ses appuis au Québec et au sein de l’électorat francophone. Selon des informations obtenues par La Presse, les questions ont été fournies à l’avance aux candidats afin de les aider à formuler leurs réponses et à leur éviter l’embarras de longs silences devant les caméras.

Jeudi soir, les candidats croiseront de nouveau le fer, en anglais cette fois, dans le deuxième et dernier débat de la course. Les membres du parti ont jusqu’au 21 août pour remettre leur bulletin de vote aux instances du parti. Le vainqueur de cette course devrait être connu après cette date.