(Ottawa) C’est ce mercredi le jour J, alors que se tient le vote pour un siège non permanent au Conseil de sécurité des Nations unies que convoite le Canada. On saura donc bientôt si, comme l’avait proclamé le premier ministre Justin Trudeau au lendemain de son élection en 2015, « le Canada est de retour ».

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Le Canada a mis le paquet, mardi soir, en offrant un concert virtuel avec Gregory Charles à l’intention des émissaires aux Nations unies. Il a pris leurs demandes spéciales lors de cet événement, qui vient clore une campagne de près de cinq ans.

Au cours des dernières semaines, Justin Trudeau, son ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, et l’ambassadeur du Canada à l’ONU, Marc-André Blanchard, sont passés à la vitesse supérieure pour rallier un maximum de pays à la candidature d’Ottawa.

« Je sens un momentum. Évidemment, c’est serré ; on travaille fort, on ne tient rien pour acquis, mais il y a quelque chose qu’on sent dans l’air avec les différentes interactions qu’on a eues », a indiqué le ministre Champagne en entrevue avec La Presse, mardi, de New York, où il s’est déplacé en prévision du vote.

Le scrutin au siège de l’ONU, à New York, se met en branle à 9 h, et se conclut à 13 h 30. Les résultats devraient être dévoilés à 16 h. Dans cette course, le Canada est opposé à la Norvège et à l’Irlande. Pour l’emporter, il faut obtenir les deux tiers (128) des 193 voix des pays membres. Si un second tour s’imposait, il aurait lieu jeudi.

L’ambassadeur Blanchard estime que même si le Canada ne remporte pas son pari, le jeu en aura valu la chandelle. « Honnêtement, comme Canadien, je trouve qu’on peut être fier de la campagne, des efforts qui ont été mis. […] Je suis fier de ça. C’est une campagne qui a permis de réengager le Canada sur la scène internationale », a-t-il dit à La Presse.

Un vote imprévisible

Ni le ministre Champagne ni l’ambassadeur Blanchard n’ont voulu spéculer sur les chances du Canada de l’emporter ce mercredi.

Bien malin celui qui prétend connaître l’issue de la course à la veille du vote. C’est qu’il est secret, ce scrutin. En 2010, le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Lawrence Cannon, était arrivé avec des lettres d’appui de 135 nations. Au-delà, donc, des deux tiers requis. On connaît la suite : le Canada a échoué dans sa tentative.

« C’était écrit, c’était bien consigné. Mais comme ces votes ne sont pas exprimés par un pays ouvertement, cela ne signifie pas forcément que leur représentant aux Nations unies va voter pour nous, il n’y a rien de certain à cet égard », a expliqué à La Presse l’ancien diplomate en chef du Canada sous Stephen Harper.

S’il juge que, « vu de l’extérieur », le gouvernement libéral a mené une bonne campagne, Lawrence Cannon estime néanmoins qu’il a échoué à énoncer un plan de travail clair sur ce qu’il voulait faire de ce siège pour le mandat 2020-2021 à la table du puissant organe onusien.

Et il suggère qu’Ottawa s’est montré réfractaire à critiquer la Chine afin de sauver des voix africaines, évoquant « l’influence de la Chine auprès des États africains ». Avec ses 54 votes (28 % du nombre total), le continent a un poids non négligeable sur l’issue du vote.

Le Canada et l’Afrique

Jamais, au cours de son mandat aux Affaires étrangères, la ministre Chrystia Freeland n’a mis les pieds en Afrique, consacrant ses énergies à la relation entre le Canada et les États-Unis. « C’est toujours, pour chaque gouvernement, un travail important, un travail prioritaire », a-t-elle plaidé en conférence de presse, mardi.

Depuis plusieurs années, le professeur Jocelyn Coulon déplore le manque d’intérêt du Canada envers l’Afrique. « La Norvège, un petit pays de 5 millions d’habitants, a autant d’ambassades que nous en Afrique [21], mais son programme d’aide au développement est plus important », a-t-il expliqué dans un entretien avec La Presse.

Celui qui a conseillé le ministre des Affaires étrangères Stéphane Dion considère qu’Ottawa n’a pas été à la hauteur en ce qui a trait au déploiement de Casques bleus pour les missions de paix de l’ONU.

« Les Irlandais en ont environ 450, alors que le Canada en a 35. Un des critères de sélection pour devenir membre du Conseil, c’est la participation à ces opérations. Ça peut nuire à la candidature du Canada », relève-t-il.

Et donc, selon lui, « le Canada va perdre ». « Mais je ne serais pas surpris qu’il gagne », enchaîne-t-il avec prudence.

En conférence de presse, mardi, Justin Trudeau a répété que l’obtention du siège n’était pas une finalité, mais un processus. « Le Canada est très engagé sur la scène internationale et ça va continuer. On espère pouvoir remporter le siège dans les élections dans les jours à venir, mais quel que soit le résultat, le Canada va continuer d’utiliser tous ses moyens d’être impliqués et d’avoir un impact positif dans le monde », a-t-il lancé.

Le Conseil de sécurité de l’ONU comprend cinq membres permanents avec droit de veto : la Chine, les États-Unis, la Russie, la France et la Grande-Bretagne. Les 10 membres non permanents sont élus pour deux ans par l’Assemblée générale.