(Ottawa) S’il a contredit la commissaire de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) sur la question de l’existence du racisme systémique au sein de la police fédérale, Justin Trudeau ne désavoue pas pour autant Brenda Lucki – qui a, elle, déclaré ne pas en voir.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

« J’ai confiance en la commissaire Lucki, et je sais que les changements qu’elle a déjà commencé à apporter dans les rangs de la police nationale, et le travail que nous allons faire ensemble au cours des mois à venir, feront une énorme différence dans la lutte contre le racisme systémique dans ce pays », a déclaré le premier ministre en conférence de presse, jeudi.

La veille, la commissaire de la GRC avait accordé une série d’entrevues dans les médias écrits et télévisés anglophones. À tous, elle a dit qu’elle ne croyait pas à l’existence de racisme systémique au sein du corps policier. Au Globe and Mail, elle a indiqué « avoir de la difficulté » avec la définition du terme.

« J’ai entendu cinq ou dix différentes définitions à la télévision. Je pense que si, par racisme systémique, on entend que le racisme systémique est enraciné dans nos politiques et nos procédures, je dirais que nous n’avons pas de racisme systémique », a-t-elle déclaré au quotidien torontois.

PHOTO ADRIAN WYLD, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Brenda Lucki, commissaire de la Gendarmerie royale du Canada

La Presse n’a pu obtenir d’entrevue avec Brenda Lucki, jeudi.

La GRC s’est retrouvée sous les projecteurs après que des images d’un agent qui a utilisé la porte de son véhicule pour renverser un Inuit au Nunavut ont circulé sur les réseaux sociaux.

Quelques jours après, c’était au tour de la police d’Edmundston, au Nouveau-Brunswick, de faire les manchettes : une jeune femme autochtone âgée de 26 ans a été abattue, le jeudi 4 juin, lors d’une intervention policière.

Aux yeux de Justin Trudeau, il est clair que le racisme systémique est un enjeu à travers le pays, et qu’il est présent dans « toutes nos institutions, [y compris] au sein de nos forces policières, incluant la GRC ».

Le premier ministre estime que dans beaucoup de cas, ce n’est pas « délibéré ». Mais « les systèmes que nous avons bâtis au cours des dernières générations n’ont pas toujours traité de manière juste les personnes issues de communautés racisées et autochtones ».

La GRC « raciste », tempête May

La cheffe du Parti vert, Elizabeth May, a poussé un peu plus loin la critique des relations de la GRC avec les Canadiens noirs, autochtones ou racisés, qualifiant la police fédérale d’« institution raciste ».

PHOTO ADRIAN WYLD, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Elizabeth May, cheffe du Parti vert

Lors d’une conférence de presse sur la colline du Parlement, jeudi matin, Mme May a évoqué la manière paisible avec laquelle des policiers l’avaient arrêtée en mai 2018 lors d’une manifestation contre les oléoducs en Colombie-Britannique.

Elle a comparé cette intervention avec la façon dont sont traités par la GRC, dans des circonstances similaires, les autochtones, y compris les chefs héréditaires de Wet’suwet’en arrêtés lors des manifestations contre le gazoduc Coastal GasLink dans le nord de la Colombie-Britannique plus tôt cette année.

« Je pense que si j’ai été arrêtée en douceur, c’est parce que je suis blanche », a soutenu Mme May.

Le débat sur le racisme systémique au sein des institutions, notamment policières, s’est ainsi enflammé au Canada, un peu en écho à ce qui s’est passé au sud de la frontière. Le pays a été profondément secoué par la mort de George Floyd, un Afro-Américain qu’un policier blanc est accusé d’avoir asphyxié à Minneapolis.

— Avec La Presse canadienne