(Ottawa) Le ministre fédéral des Services aux Autochtones, Marc Miller, a estimé jeudi que les policiers de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) n’étaient pas à l’abri du racisme systémique et qu’ils pouvaient faire mieux — en fait, ils le devaient.

Teresa Wright
La Presse canadienne

Ses remarques sévères sont tombées alors que le premier ministre Justin Trudeau venait de réitérer sa confiance en la commissaire de la GRC. Brenda Lucki avait indiqué plus tôt cette semaine qu’elle se débattait toujours avec la définition de « racisme systémique » au sein de la police fédérale.

Mme Lucki a été beaucoup interrogée par les journalistes cette semaine sur des allégations de discrimination au sein de la GRC et d’autres corps policiers au pays à la suite de plusieurs interactions violentes entre des policiers et des Autochtones.

Le ministre Miller a refusé de commenter les propos de Mme Lucki, mais il a rappelé les excuses qu’elle avait présentées, au nom de la GRC, lors des audiences de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, en juin 2018.

Mme Lucki promettait alors « d’examiner les causes systémiques de la violence à l’égard des femmes et des filles autochtones au Canada, et prévenir ou éliminer toute autre violence à leur égard ».

M. Miller se demande maintenant si, deux ans plus tard, cette promesse a été remplie. « Elle s’est engagée à faire mieux et à ce que la GRC et les peuples autochtones aient droit au meilleur de la GRC », a déclaré le ministre des Services aux Autochtones. « C’était une promesse il y a deux ans. Maintenant, je regarde les évènements des deux dernières semaines […] et je me demande : “Est-ce là le meilleur ? Est-ce le meilleur absolu ? ” Parce que c’était la promesse qui avait été faite il y a deux ans. »

Racisme systémique

Quant à la question persistante de savoir s’il existe un racisme systémique au sein de la GRC, M. Miller a estimé que la réponse est un oui clair et net. Mais cela ne signifie pas que tous les policiers et les membres de la GRC sont racistes, a-t-il précisé.

« Nous devons reconnaître — le gouvernement l’a reconnu — qu’il y a du racisme institutionnel au Canada, et la GRC n’y est pas à l’abri, ni aucune organisation. Et ce réexamen nécessite énormément d’éducation et de conscience de soi, franchement », a déclaré M. Miller aux journalistes, jeudi.

« Nous sommes à notre meilleur lorsque nous nous remettons en question, lorsque nous remettons en question nos instincts, et je pense que c’est quelque chose qui doit être fait parce que je sais que nous tournons autour d’un problème que nous devons réexaminer à la GRC, il n’y a aucun doute là-dessus. »

M. Trudeau moins dur

Prenant la défense de la commissaire Lucki, jeudi matin, M. Trudeau a indiqué qu’il avait travaillé en étroite collaboration avec elle au fil des ans et qu’il lui faisait confiance pour diriger les réformes au sein de la GRC.

« Nous traversons actuellement une période très importante dans notre pays, où nous prenons conscience de ce que de nombreux Canadiens autochtones et Canadiens racisés savent depuis longtemps : qu’il existe une discrimination systémique dans tout le pays et dans toutes les régions du pays et dans nos institutions. Et c’est difficile de le reconnaître », a déclaré M. Trudeau, lors de son point de presse à Ottawa.

« J’ai confiance en la commissaire Lucki », a-t-il ajouté, « et je sais que les changements qu’elle a déjà commencé à apporter à notre police nationale et le travail que nous allons accomplir ensemble dans les mois à venir vont faire une énorme différence dans la lutte contre le racisme systémique et sa réduction dans ce pays. »

Elizabeth May très dure

La cheffe du Parti vert, Elizabeth May, a poussé un peu plus loin la critique des relations de la GRC avec les Canadiens noirs, autochtones ou racisés, qualifiant la police fédérale d’« institution raciste ».

Lors d’une conférence de presse sur la Colline du Parlement, jeudi matin, Mme May a évoqué la façon paisible avec laquelle des policiers l’avaient arrêtée en mai 2018 lors d’une manifestation contre les oléoducs en Colombie-Britannique.

Elle a comparé cette intervention avec la façon dont sont traités par la GRC, dans des circonstances similaires, les Autochtones, y compris les chefs héréditaires de Wet’suwet’en arrêtés lors des manifestations contre le gazoduc Coastal GasLink dans le nord de la Colombie-Britannique plus tôt cette année.

« Je pense que si j’ai été arrêtée en douceur, c’est parce que je suis blanche », a soutenu Mme May.