(Québec) L’Assemblée nationale fait un bond soudain dans le 21e siècle : comme les autres Québécoises, les députées enceintes auront bientôt droit à un congé de maternité.

Jocelyne Richer
La Presse canadienne

Toutes les députées et ministres féminines ayant siégé à l’Assemblée nationale dans le passé ont été privées de ce droit, généralement reconnu aux femmes depuis des années.

Le Parlement québécois vient donc de faire un pas de plus pour attirer les femmes en politique, en levant un obstacle à une carrière de députée.

Ces messieurs députés et nouveaux papas auront eux aussi droit à leur congé de paternité.

L’initiative est venue de la députée péquiste de Joliette, Véronique Hivon, qui a présenté mercredi une motion en ce sens à l’Assemblée nationale, aussitôt adoptée à l’unanimité.

Par cette motion, le Bureau de l’Assemblée nationale, l’instance administrative du Parlement, a reçu le mandat de demander à un comité indépendant de déterminer les modalités d’un congé parental destiné aux élus, féminins et masculins, congé qui pourrait entrer en vigueur dès la fin de la présente année.

Pour expliquer la situation, il faut savoir que le rôle de député en est un de représentation : il s’agit d’une fonction, non d’un emploi comme tel. Pour leur travail, les députés reçoivent une indemnité, pas un salaire.

À l’heure actuelle, une élue qui devient enceinte n’a donc droit à aucun congé parental payé, les députés n’étant pas admissibles au Régime québécois d’assurance parentale (RQAP).

Il aura fallu des décennies avant que les parlementaires cherchent à corriger cette anomalie, qui pénalisait les politiciennes désireuses de fonder une famille.

Actuellement, le Parlement compte deux députées enceintes : la députée solidaire de Rouyn-Noranda–Témiscamingue, Émilise Lessard-Therrien, qui attend ces jours-ci son deuxième enfant, et la députée solidaire de Taschereau, Catherine Dorion, qui porte son troisième enfant.

La vice-première ministre, Geneviève Guilbault, a donné naissance à son deuxième enfant en janvier.

Le congé parental des élus sera inscrit dans la Loi sur les conditions de travail et le régime de retraite des membres de l’Assemblée nationale. Le principe sera aussi reconnu dans le Code d’éthique et de déontologie des députés.

« Nous voulons une Assemblée nationale représentative de la société québécoise, avec un grand nombre de femmes et de jeunes pour qui cet enjeu peut être déterminant dans le choix de se présenter ou non en politique. Il s’agit donc simplement de permettre aux femmes et aux hommes occupant la fonction de députée ou de député d’être traités de manière semblable aux autres citoyens », a commenté Mme Hivon.

Le leader parlementaire du gouvernement, Simon Jolin-Barrette, avait inscrit cette intention d’offrir un congé parental aux élus dans son projet de vaste réforme des règles parlementaires, en vue de faciliter une meilleure conciliation travail-famille. Il souhaite faire adopter sa réforme avant la fin de l’année.

Pour rendre la politique plus attrayante pour les jeunes, et les femmes en particulier, il songe notamment à faire ajourner les travaux parlementaires à 18 heures, à ouvrir une halte-garderie au parlement, à prévoir un congé parental d’un an pour les élues enceintes, ou encore autoriser un congé spécial pour prendre soin d’un proche.