(Québec) Traité de « boniche », le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, s’en prend aux élus de l’opposition qui le sollicitent en faveur de leur projet dans leur circonscription, mais qui le critiquent ensuite.

Patrice Bergeron
La Presse canadienne

Une ministre libérale a déjà été forcée de présenter des excuses pour avoir tenu des propos similaires à l’Assemblée nationale.

M. Charette est durement malmené par les oppositions cette semaine, notamment en raison d’une directive dans son ministère qui invite ses fonctionnaires à être plus ouverts aux projets des promoteurs qu’ils ont à analyser. En Chambre, la députée Ruba Ghazal, de Québec solidaire (QS), l’a qualifié de « boniche » et de chien de garde qui n’aboie plus.

Casernes, écoles

En conférence de presse vendredi au parlement, le ministre a dit que chaque semaine, des députés de l’opposition viennent le solliciter pour faire avancer des projets dans leur circonscription. Il a refusé de nommer les élus dont il parlait, mais a évoqué un élu péquiste.

« Le député va se reconnaître, c’est quelqu’un qui est passablement volubile ces jours-ci », a-t-il laissé entendre, en ajoutant que des parlementaires de chacune des formations le pressent d’intervenir personnellement pour faire débloquer leur dossier.

« Caserne de pompiers : PQ. École : Parti libéral. QS : j’ai eu des échanges aussi pour un dossier en région. Donc, c’est amusant, les oppositions disent qu’il faut à tout prix respecter l’intégrité des façons de faire, alors que régulièrement, elles viennent me voir avec une petite enveloppe (contenant leur dossier) pour me dire : “Ben”, cela n’a pas de bon sens, on a besoin de cette caserne. »

Le projet finit ainsi par être menacé par un retrait de la subvention en raison du retard des autorisations nécessaires, ces mêmes autorisations et délais que les oppositions défendent, a déploré le ministre, en accusant les partis d’« incohérence ».

« Problème de ventilation »

« Je leur demande juste d’être cohérents dans leurs approches. Et non pas, la même journée où un projet m’est remis, critiquer nos intentions de raccourcir les délais d’évaluation. Là, il n’y a pas de cohérence du tout, du tout, du tout. »

Les élus de l’opposition font leur travail, a-t-il reconnu, en ajoutant que lui, quand il était dans les banquettes de l’opposition, faisait preuve de davantage de rigueur.

« Je peux comprendre que l’opposition se sente brimée dans sa capacité de s’exprimer, compte tenu de l’importance qui est accordée à la pandémie. Donc, ils ventilent de cette façon-là. […] Je vous dirais que c’est un problème de ventilation », a-t-il ironisé.

Rappelons qu’en 2011, la ministre libérale Lise Thériault avait dû présenter ses excuses après avoir blâmé les élus de l’opposition qui venaient cogner à sa porte. Cela avait été perçu comme une atteinte aux droits et privilèges des parlementaires par le Parti québécois.

Benoit Charette a essuyé des tirs groupés cette semaine sur plusieurs dossiers. Concernant le projet de loi 61, qui vise à alléger les procédures pour accélérer la réalisation de plusieurs chantiers, l’opposition lui reproche d’abdiquer ses responsabilités.

Quant à la directive transmise par son sous-ministre, elle invite les fonctionnaires à adhérer à une « culture d’accompagnement des clients » plutôt que de bloquer des projets, selon ce que rapporte Radio-Canada.

Enfin, dans sa réforme de la gestion du Plan vert qui est actuellement étudiée en commission parlementaire, le ministre est accusé par les oppositions d’abolir le comité de gestion indépendant pour s’emparer de l’enveloppe de près de 2 milliards du Fonds.