(OTTAWA) Le premier ministre Justin Trudeau a confié à trois ministres de son cabinet ayant de longs états de service dans le dossier de l’environnement le mandat de produire un plan de relance économique qui vise à accélérer le virage vert du pays une fois que la crise de la COVID-19 sera terminée.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Le trio ministériel qui s’est vu confier cette mission est composé du ministre du Patrimoine, Steven Guilbeault, de la ministre de l’Infrastructure et des Collectivités, Catherine McKenna, et du ministre de l’Environnement et du Changement climatique, Jonathan Wilkinson, a appris La Presse.

Selon nos informations, le plan de relance qu’ils devront concocter devra privilégier des projets qui permettront d’augmenter l’utilisation de l’énergie propre tout en réduisant la dépendance des Canadiens aux énergies fossiles. En somme, les projets qui contribueront à réduire les émissions de gaz à effet de serre du pays seront mis en priorité.

En outre, le trio ministériel pourrait se pencher sur les mesures que pourrait prendre Ottawa pour resserrer les mailles de la chaîne d’approvisionnement du pays, notamment en ce qui a trait à la production d’équipements médicaux essentiels durant une crise sanitaire, et aussi en ce qui a trait à la sécurité alimentaire, selon nos sources.

PHOTO ADRIAN WYLD, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Steven Guilbeault, ministre du Patrimoine

Étapes nombreuses

En raison de la crise de la COVID-19 qui sévit toujours et qui accapare l’essentiel des efforts de la machine gouvernementale à Ottawa, le travail sur « la relance verte » est encore embryonnaire. À l’heure actuelle, la priorité absolue du cabinet fédéral est de s’attaquer à la gestion de la crise en soutenant les familles, les travailleurs et les entreprises. Viendra ensuite la gestion de la levée progressive des mesures de confinement avant que le gouvernement Trudeau puisse mettre en œuvre tout plan de relance, a-t-on indiqué.

Alors que l’industrie pétrolière de l’Alberta et de la Saskatchewan nage en pleine incertitude à cause de la crise économique provoquée par la pandémie de COVID-19 et des retombées de la récente guerre des prix du pétrole entre l’Arabie saoudite et la Russie, le gouvernement Trudeau est d’avis que le contexte est tout indiqué pour augmenter ses investissements dans les projets porteurs sur le plan environnemental.

La récente décision du gouvernement Trudeau d’investir 1,7 milliard de dollars pour nettoyer quelque 3400 puits orphelins en Alberta, en Saskatchewan et en Colombie-Britannique, en plus d’injecter 750 millions de dollars pour la réduction des émissions de gaz polluants du secteur pétrolier et gazier, illustre la philosophie qui va guider Ottawa dans son plan de relance verte, a-t-on indiqué.

Ces investissements ne sont pas une aide directe à l’industrie pétrolière, contrairement à celle que réclamait le premier ministre albertain Jason Kenney, qui évaluait à au moins 15 milliards de dollars l’aide nécessaire au secteur de l’énergie. 

5200 : Nombre d’emplois que les sommes investies par Ottawa devraient permettre de maintenir en Alberta

Également, une plus grande électrification des moyens de transport, la construction d’infrastructures à la fois moins émettrices de GES et plus résilientes aux changements climatiques ainsi que la rénovation des bâtiments pour les rendre moins énergivores font partie des dossiers qui pourraient se retrouver sur la planche à dessin. Ensemble, le secteur du transport et le secteur des bâtiments sont responsables de plus du tiers des émissions de gaz à effet de serre (GES) du Canada.

« Au tout début »

Joint par La Presse mercredi, le ministre Steven Guilbeault a affirmé que la réflexion du groupe de ministres ne faisait que commencer. « Nos efforts présentement vont à la lutte contre la COVID-19. Notre attention va être mobilisée encore un bon bout de temps autour de la crise et comment on peut accompagner la population, les entreprises et les organisations à passer à travers. Dans quelques mois, il y aura une phase de relance de l’économie. On nous a demandé de réfléchir à quoi cela pourrait ressembler. Mais on est au tout début de la réflexion », a-t-il commenté.

Environnementaliste de longue date, M. Guilbeault a fait le saut en politique fédérale l’an dernier en portant la bannière du Parti libéral du Canada. Ayant notamment cofondé le groupe Équiterre, M. Guilbeault a accédé immédiatement au cabinet en se voyant confier le ministère du Patrimoine. Mais Justin Trudeau lui a aussi fait clairement savoir qu’il utiliserait son expertise en matière environnementale à bon escient.

PHOTO JUSTIN TANG, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Catherine McKenna, ministre de l’Infrastructure et des Collectivités

Pour sa part, Catherine McKenna a été ministre de l’Environnement et du Changement climatique durant l’ensemble du premier mandat libéral, soit de 2015 à 2019. Elle a d’ailleurs joué un rôle prépondérant dans les négociations qui ont mené à l’accord de Paris, conclu en décembre 2015. Mme McKenna avait d’ailleurs nommé M. Guilbeault membre du Conseil consultatif sur l’action pour le climat mis sur pied par le gouvernement Trudeau à l’automne 2018.

Dans le cas de Jonathan Wilkinson, il a travaillé pendant plus de 20 ans dans le secteur privé, où il a notamment occupé des postes de direction dans des entreprises spécialisées dans le développement de technologies vertes en Colombie-Britannique.

PHOTO MIKE SUDOMA, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Jonathan Wilkinson, ministre de l’Environnement et du Changement climatique

Occasion unique

Dans les rangs libéraux, on estime que la présente crise représente une occasion unique d’augmenter la cadence en matière de lutte contre les changements climatiques afin de permettre au Canada d’atteindre non seulement les objectifs de réduction des émissions GES découlant de l’accord de Paris, mais aussi de les surpasser, comme les libéraux s’y sont d’ailleurs engagés durant la dernière campagne électorale.

En vertu de l’accord de Paris, le Canada s’est engagé à ramener ses émissions de GES à 30 % sous les niveaux de 2005 d’ici 2030. Plusieurs experts estiment que le Canada est en voie de rater cette cible, à moins d’un important coup de barre de la part du gouvernement fédéral et des provinces.