Après le bâillon, l’avion : le premier ministre François Legault s’envole pour la Californie dans le cadre d’une mission de quatre jours. Il fera de l’œil aux grands studios d’Hollywood et aux plateformes de diffusion en continu, s’arrêtera dans la Silicon Valley pour parler innovation et rencontrera le gouverneur Gavin Newsom afin de discuter de l’avenir de la bourse du carbone, menacée par le président Trump. Avant-goût de sa visite.

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Direction Hollywood

Disney vient de lancer sa plateforme de diffusion en continu afin de concurrencer Netflix et Amazon Prime Video. D’autres acteurs vont apparaître bientôt : HBO Max et Peacock (NBC-Universal). François Legault veut profiter de cette effervescence pour faire la promotion du talent québécois. Il rencontrera les grands de l’industrie du cinéma et de la télévision dans le but d’obtenir plus de tournages au Québec et de promouvoir les entreprises d’ici, spécialisées dans les effets spéciaux et l’animation, par exemple. C’est sans oublier que des cinéastes québécois brillent à Hollywood : après Blade Runner 2049, Denis Villeneuve achevait au cours des derniers mois le tournage de Dune, adaptation du roman de science-fiction de Frank Herbert. En 2017, Netflix a conclu une entente avec Ottawa pour investir 500 millions de dollars en production au Canada sur une période de cinq ans. Le gouvernement Legault ignore la valeur des dépenses faites au Québec jusqu’à présent — ces chiffres seraient confidentiels en vertu de l’entente.

La « taxe Netflix » rapporte plus que prévu

Depuis le 1er janvier, les entreprises numériques étrangères sont obligées de percevoir la TVQ et de remettre les revenus à l’État québécois. Parmi elles, plusieurs sont établies en Californie (Google, Apple, Netflix et Facebook, par exemple). Québec a récolté de janvier à septembre des revenus plus de deux fois supérieurs à ses prévisions : 68 millions de dollars, confirme Revenu Québec. Il s’attendait à toucher 28 millions la première année de la mise en œuvre de la loi adoptée sous le gouvernement Couillard, en 2018. En vertu de cette loi, les entreprises situées à l’extérieur du Canada qui vendent aux Québécois des biens incorporels ou encore des services doivent être inscrites au fichier de la TVQ, percevoir cette taxe et la remettre à l’État. Les partis de l’opposition font maintenant pression pour que le gouvernement impose une taxe aux GAFA (les géants du web), qui accaparent une grande partie des revenus publicitaires au Québec. Le gouvernement Legault refuse d’aller de l’avant. « Pour l’impôt des sociétés, ça prend une solution multilatérale. Ça passe par l’OCDE, le G20. On travaille avec le Canada. Il y aura une solution », plaidait le ministre des Finances, Eric Girard, la semaine dernière.

L’inspiration de la Silicon Valley

Dans son livre consacré au Projet Saint-Laurent (Cap sur un Québec gagnant), François Legault utilisait l’exemple de la Silicon Valley pour vendre l’idée de créer des zones d’innovation au Québec. Il se rendra sur place cette semaine afin de rencontrer des gens d’affaires du monde des hautes technologies et de l’intelligence artificielle. Le premier ministre a l’intention de plaider pour un rapprochement entre les milieux de la recherche et de l’industrie. Il déplorait récemment que le Québec figure « au bas de la liste » en ce qui concerne l’attribution de brevets. L’an dernier, en campagne électorale, il avait d’ailleurs estimé qu’un meilleur financement des universités passait par un rapprochement avec les entreprises. « Il y a une culture à changer » au Québec, disait-il. « Quand on dit que les facultés de génie et de sciences de la vie devraient être proches des entreprises, ça ne veut pas dire qu’on laisse tomber la recherche fondamentale. Ça ne veut pas dire que nos universités sont seulement à la remorque des entreprises. » Selon lui, « il va falloir se réconcilier avec le fait » que, pour mieux financer des facultés, « il faut aussi commercialiser nos innovations et en faire profiter nos entrepreneurs ».

Quel avenir attend la Bourse du carbone ?

PHOTO RICHARD VOGEL, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Le gouverneur de la Californie, Gavin Newsom

Il y a un peu plus d’un mois, l’administration Trump a intenté une poursuite contre la Californie, jugeant illégale la bourse du carbone à laquelle l’État participe avec le Québec. Elle veut invalider l’entente qui lie depuis 2014 la Californie et le Québec au sujet de ce système de plafonnement et d’échange de droits d’émission de gaz à effet de serre (GES). Ce n’est pas le premier événement qui ébranle le marché du carbone : l’Ontario s’en est retiré à la suite d’une décision prise par le premier ministre Doug Ford au lendemain de son arrivée au pouvoir. C’est dans ce contexte que M. Legault rencontrera le gouverneur de la Californie, le démocrate Gavin Newsom, à Sacramento. Ils feront le point sur la situation. La plus récente vente aux enchères sur le marché du carbone Québec-Californie, le 19 novembre, a généré des revenus bruts de 242 millions pour la province. Toutes les unités d’émission de GES ont été écoulées, signe que la poursuite de l’administration Trump n’a pas ébranlé la confiance envers la bourse pour le moment. Le Québec a amassé jusqu’ici 3,8 milliards grâce à la bourse du carbone, une cagnotte qui doit servir à financer des mesures vertes.

De l’aluminium québécois dans les produits Apple

La société californienne Apple a annoncé il y a quelques jours l’achat d’un premier lot d’aluminium produit sans émissions de GES selon une technologie développée par Elysis, dont le siège social se situe à Montréal. Il s’agit d’une coentreprise formée par Alcoa et Rio Tinto dans laquelle Apple de même que les gouvernements du Québec et du Canada ont investi. Elysis a lancé l’été dernier les travaux de construction d’un centre de recherche et de développement à Saguenay. Selon le ministère de l’Économie, les exportations de marchandises du Québec vers la Californie représentaient 3,6 % des exportations québécoises vers les États-Unis et 2,5 % du total des exportations à l’échelle internationale en 2017. La valeur des exportations du Québec vers l’État américain le plus populeux s’établissait à 2,2 milliards de dollars. Les importations se chiffraient quant à elles à 1,4 milliard, pour des échanges totaux de 3,6 milliards entre les deux États.

Incendies : un emblème québécois à la rescousse

PHOTO ERIC PIERMONT, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Un avion CL-415

Des incendies de forêt ont fait des ravages cette année encore en Californie, forçant l’évacuation de dizaines de milliers de personnes. Ce qui est moins connu, c’est que deux bombardiers d’eau québécois, les fameux CL-415, ont été envoyés sur place pour lutter contre les flammes cet automne, comme ç’a été le cas à quelques occasions au cours des dernières années. Le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, le confirmait lors d’une récente annonce sur la modernisation de huit de ces appareils qui sont devenus un emblème national.