(Regina) La ministre fédérale de l’Agriculture exhorte la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada (CN) et ses travailleurs à conclure une entente en vue d’atténuer les effets de la grève en cours sur les agriculteurs du pays.

Stephanie Taylor
La Presse canadienne

Marie-Claude Bibeau prononçait lundi matin un discours lors du salon de l’agriculture de Regina, où elle a également rencontré des producteurs. Environ 3200 cheminots du CN, sans contrat de travail depuis le 23 juillet, ont déclenché une grève légale au début de la semaine dernière. Ils se plaignent des longues heures de travail, de la fatigue et de conditions de travail dangereuses.

Mme Bibeau a indiqué lundi que les agriculteurs l’avaient bien informée des impacts de la grève sur leurs activités. Elle a toutefois souligné que le gouvernement fédéral croit au processus de négociation et qu’il pousse les deux parties à s’entendre. « Toutes les options demeurent toujours sur la table, a-t-elle dit. Mais en ce moment, on croit encore qu’il est possible d’arriver à une entente entre les deux parties. »

La ministre, reconduite dans ses fonctions la semaine dernière, a refusé de fixer un échéancier pour une éventuelle décision d’Ottawa. Elle a indiqué qu’elle informerait ses collègues de l’impact de la grève sur les travailleurs de l’agriculture afin de décider de la suite des choses.

« On suit la situation de jour en jour, on les encourage très, très fortement à continuer à négocier, avec l’aide des médiateurs aussi, pour arriver à une solution, a-t-elle dit. C’est certainement ce qui serait le mieux pour toutes les parties et ce qui serait aussi la solution la plus rapide. »

PHOTO ÉDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Marie-Claude Bibeau à son arrivée pour la cérémonie d'assermentation à Ottawa mercredi dernier.

Le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, a demandé au gouvernement fédéral de signaler clairement aux parties qu’il était prêt à intervenir dans le conflit. M. Moe a déclaré que la grève ne pouvait pas s’éterniser car cela entraînerait des pertes d’emplois dans l’agriculture.

Rappeler le Parlement

Le producteur d’engrais Nutrien a d’ailleurs annoncé lundi la fermeture, pour deux semaines, de sa plus grande mine de potasse à l’est de Regina, en raison de la grève. Un porte-parole de Nutrien, producteur installé à Saskatoon, a déclaré qu’environ 550 employés seraient temporairement mis à pied lorsque la mine de Rocanville fermera lundi prochain. Le ministre de l’Agriculture de la Saskatchewan, David Marit, devait également rencontrer Mme Bibeau lundi. Il a déclaré que la grève créerait un arriéré de marchandises et que le Canada avait une réputation à défendre en tant que pays commerçant.

Le premier ministre de l’Alberta voisine, Jason Kenney, a demandé que le Parlement soit rappelé immédiatement afin d’adopter une loi spéciale pour forcer le retour au travail des travailleurs du CN.

Le transport est de compétence fédérale. L’ouverture de la session au Parlement est fixée pour l’instant au jeudi 5 décembre — dans 10 jours — et les députés devront d’abord procéder à une élection à la présidence de la Chambre, puis le gouvernement devra dévoiler son discours du Trône.

Trois sénateurs des Maritimes ont par ailleurs signé lundi une lettre dans laquelle ils demandent au premier ministre Justin Trudeau de convoquer le Parlement avant la date prévue du 5 décembre, afin de débattre d’un projet de loi spéciale de retour au travail. Les sénateurs du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse et de l’Île-du-Prince-Édouard soutiennent que les réserves de propane des Maritimes s’épuisent et que la grève perturbe les chaînes d’approvisionnement et se répercute sur le commerce dans les ports.

« Idéalement, le CN et ses employés parviendront bientôt à une entente », indiquent les sénateurs Diane Griffin, Stephen Greene et David Richards. « Toutefois, il faut se doter d’un plan d’urgence » en cas d’échec des négociations. « Les expéditions par camion en provenance du centre du Canada seront insuffisantes si la demande de propane dépasse la capacité de production des Maritimes. »

Des producteurs agricoles du Québec, eux aussi inquiets du rationnement de propane provoqué par la grève, ont manifesté lundi devant le bureau montréalais du premier ministre Trudeau. Le propane sert au séchage des céréales et au chauffage des bâtiments de ferme, notamment les poulaillers.