(Halifax) Le ministre fédéral de la Défense a dit ne pas voir la Chine comme un adversaire, vendredi, à la veille d’une conférence sur la sécurité internationale à Halifax qui devrait être fortement axée sur cette superpuissance asiatique.

Keith Doucette
La Presse canadienne

Harjit Sajjan a déclaré que même si les relations entre le Canada et la Chine présentent des défis importants — comme la détention de deux ressortissants canadiens en sol chinois —, les deux pays coopèrent « sur certains aspects commerciaux » et il est maintenant temps de chercher des solutions ensemble.

« Nous ne considérons pas la Chine comme un adversaire », a-t-il déclaré devant des journalistes.

« Certains gestes de la Chine sont préoccupants dans une perspective de sécurité et nous devons en être conscients, mais c’est seulement à travers des discussions appropriées que nous pouvons revenir à un ordre fondé sur les règles », a-t-il enchaîné en anglais.

Plusieurs des séances du Forum sur la sécurité internationale à Halifax porteront sur ce pays que de nombreux experts géopolitiques voient comme une menace émergente.

Les relations entre le Canada et la Chine demeurent tendues depuis la détention de Michael Kovrig et Michael Spavor relativement à des allégations d’atteinte à la sécurité nationale, peu après l’arrestation de la directrice financière de Huawei, Meng Wanzhou, à l’aéroport de Vancouver, en décembre dernier, en raison d’une demande d’extradition des États-Unis.

Plusieurs analystes estiment que le rapport diplomatique Ottawa-Pékin restera dans les limbes jusqu’à ce que l’affaire entourant Mme Meng soit résolue.

Le président du Forum de Halifax, Peter van Praagh, est allé plus loin que M. Sajjan en affirmant que la Chine peut être caractérisée de différentes façons, que ce soit comme un concurrent stratégique ou un même adversaire.

« Je pense qu’il est clair que le Canada et la Chine ne partagent pas les mêmes intérêts, a-t-il avancé. Il y a des recoupements sur certains enjeux, mais la Chine a une vision du monde très différente de la vision du monde du Canada. »

Selon lui, le Canada et ses alliés démocratiques d’Europe et d’Asie doivent reconnaître cette divergence pour mieux y répondre, tandis que le commerce avec la Chine constitue bien souvent une priorité en raison des emplois que cela représente.

« Alors à quoi sommes-nous prêts à renoncer par rapport à nos propres valeurs dans la coopération avec la Chine et où trace-t-on la ligne ? »

Les tensions sont également vives par rapport la répression chinoise des manifestations prodémocratie à Hong Kong. La présidente du Comité des affaires étrangères du Parti démocrate de Hong Kong, Emily Lau, participera par ailleurs au forum ce week-end.

M. van Praagh a annoncé que le forum prendra l’initiative de consulter des experts afin d’élaborer d’ici l’an prochain une stratégie face à la Chine.

« Il est temps pour les États-Unis, le Canada et leurs alliés de se doter d’une stratégie globale par rapport à la Chine — une stratégie visant à rendre le monde plus sûr pour la démocratie », a-t-il soutenu.