(Ottawa) Le Parti vert du Canada n’a pas l’intention de donner son appui au gouvernement pour des votes de confiance tant qu’il n’aura pas annoncé des cibles environnementales plus ambitieuses.

Catherine Lévesque
La Presse canadienne

Elizabeth May en a fait l’annonce à la sortie de sa rencontre avec le premier ministre Justin Trudeau vendredi matin.

Elle dit que le gouvernement n’aura pas l’appui de son parti pour le discours du Trône ou ses budgets, entre autres, s’il continue d’adopter les cibles actuelles de diminution des gaz à effet de serre (GES) d’ici 2030.

« C’est une question morale. Nous ne sommes pas prêts à donner notre appui à un gouvernement qui ne comprend pas l’urgence climatique », a-t-elle déclaré en point de presse.

Le gouvernement Trudeau a toujours les mêmes cibles que son prédécesseur Stephen Harper, soit de diminuer les GES de 30 % en deçà du niveau de 2005 d’ici 2030.

Mme May dit que M. Trudeau devrait se fier sur le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), qui propose plutôt une diminution des émissions de CO2 de 45 % d’ici 2030.

PHOTO SEAN KILPATRICK, LA PRESSE CANADIENNE

Le Parti vert du Canada a fait élire trois députés à la Chambre des communes, dont Mme May. Elle a cédé sa place comme chef, mais restera chef parlementaire jusqu’à l’élection de son successeur en octobre 2020.

Mme May dit que son caucus pourrait par contre appuyer des projets de loi ou motions du gouvernement libéral à la pièce.

À la sortie de sa rencontre, elle s’est réjouie du fait que les libéraux comptent aller de l’avant avec une assurance-médicaments universelle et l’adhésion à la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones.

Elle se dit satisfaite aussi d’entendre que M. Trudeau compte agir pour éviter la fermeture imminente de la seule clinique d’avortement privée au Nouveau-Brunswick.

Trudeau à la COP25 ?

Mme May a aussi interpellé M. Trudeau afin qu’il participe à la Conférence de Madrid sur les changements climatiques ou « COP25 », qui se déroulera du 2 au 13 décembre, au même moment où la Chambre des communes va reprendre ses travaux.

Elle croit que la présence de M. Trudeau, même pour quelques jours, démontrerait qu’un pays qui produit du pétrole peut s’engager à lutter contre les changements climatiques.

Elle pense aussi que ce serait l’occasion idéale pour M. Trudeau d’annoncer des cibles de réduction de GES plus ambitieuses d’ici 2030. Il s’est déjà engagé, en campagne électorale, à rendre le Canada carboneutre d’ici 2050.

« On ne peut pas être carboneutre d’ici 2050 si nos cibles ne changent pas pour 2030 », plaide Mme May.

Le premier ministre aurait dit qu’il était ouvert à discuter d’une nouvelle cible une fois que son ministre de l’Environnement serait nommé, selon le compte-rendu de Mme May.

Déjà, la chef parlementaire du Parti vert anticipe un changement de garde à l’Environnement. Catherine McKenna s’occupait de ce ministère ces quatre dernières années.

Mme May dit que c’est un secret de Polichinelle que Mme McKenna reluque d’autres ministères. Elle spécule que l’environnementaliste Steven Guilbeault, élu dans Laurier-Sainte-Marie, pourrait être nommé à ce poste.

Appelée à commenter, la ministre McKenna a déclaré qu’elle s’engagerait « toujours à lutter contre les changements climatiques et à promouvoir une économie propre » quel que soit son rôle. « Il s’agit d’une priorité pour notre gouvernement, pour les Canadiens et pour moi personnellement », a-t-elle ajouté.

Le nouveau conseil des ministres du gouvernement Trudeau sera connu mercredi prochain.