(Ottawa) Le premier ministre Justin Trudeau a défendu l’OTAN après que le président français ait laissé entendre que le manque de leadership des États-Unis est la cause de la « mort cérébrale » de l’alliance militaire, vieille de 70 ans.

Lee Berthiaume
La Presse canadienne

M. Trudeau, qui a rencontré jeudi sur la colline du Parlement des députés libéraux réélus, nouvellement élus et battus, a déclaré que l’OTAN continue de jouer un rôle important pour rapprocher le Canada et ses alliés au nom de la sécurité collective et des valeurs communes.

Le Canada est un membre fondateur de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, créée en 1949 en réponse aux menaces de l’Union soviétique, et qui demeure l’une des alliances militaires les plus importantes du pays.

La France et les États-Unis font également parmi les pays membres de l’OTAN. Tous les membres se sont engagés à ce qu’une attaque contre l’un d’entre eux soit considérée comme une attaque contre tous.

Cependant, dans une entrevue publiée par le magazine The Economist, le président français Emmanuel Macron a averti que les alliés européens devaient réévaluer l’alliance compte tenu des récentes mesures prises par les États-Unis sous le président Donald Trump.

Il s’agit notamment du retrait soudain des troupes américaines du nord-est de la Syrie, du plan de retrait des troupes américaines d’Afghanistan avant la fin des pourparlers avec les talibans et des critiques de M. Trump à l’égard d’autres membres de l’OTAN à qui il a reproché de ne pas avoir dépensé suffisamment pour leur propre défense.

Ces griefs devraient occuper une place importante lors de la réunion des dirigeants de l’OTAN à Londres en décembre.

M. Trump s’est également questionné sur l’envoi par les États-Unis de troupes pour défendre certains pays d’Europe orientale.

« Ce que nous vivons actuellement, c’est la mort cérébrale de l’OTAN », a déclaré Macron au magazine The Economist dans l’entrevue publiée jeudi. Il a ajouté que les États-Unis sous M. Trump semblaient « nous tourner le dos », en citant précisément le retrait des troupes américaines de Syrie.

Appelé à commenter les propos du président français, M. Trudeau a déclaré que « l’OTAN continue de jouer un rôle extrêmement important non seulement dans l’Atlantique Nord, mais également dans le monde en tant que groupe de pays qui se rassemblent pour partager des valeurs, qui partagent un engagement pour leur sécurité commune ».

« Et très franchement, le fait que le Canada ait su faire preuve d’un leadership important tant à Bagdad à la tête de la mission de formation en Irak que sur le front est de l’OTAN en Lettonie. (Ce) sont des exemples où l’OTAN a toujours un rôle important à jouer. »

Le Canada compte actuellement environ 250 formateurs militaires engagés dans une mission de l’OTAN pour former des militaires locaux en Irak et 600 autres soldats qui participent à une mission de l’OTAN en Lettonie visant à lutter contre l’agression russe dans les pays baltes.

La chancelière allemande Angela Merkel et le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, se sont dit en désaccord avec les critiques formulées publiquement par M. Macron sur l’état de la plus grande alliance militaire au monde après leur rencontre à Berlin.

« Le président français a choisi des mots radicaux, a déclaré Mme Merkel. Ce n’est pas mon point de vue de la coopération au sein de l’OTAN et je pense qu’un coup aussi dur n’est pas nécessaire, même si nous avons des problèmes, même si nous devons unir nos efforts. »

Le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, a également insisté sur le fait que l’alliance de l’OTAN restait pertinente aujourd’hui, alors qu’il soulignait le 30e anniversaire de la fin de la guerre froide en visitant un village allemand qui était séparé en deux durant le conflit.

« Je pense que l’OTAN reste un partenariat stratégique important et crucial, peut-être historiquement l’un des plus cruciaux de toute l’histoire », a ajouté M. Pompeo.

- Avec l’Associated Press