(Ottawa) Bien que certains d’entre eux se disent déçus des résultats des récentes élections fédérales, la grande majorité des députés conservateurs élus estiment qu’il revient à l’ensemble des membres du parti, et non à eux, de statuer sur le sort de leur chef Andrew Scheer.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Avant le début d’une première rencontre du caucus conservateur depuis la défaite du 21 octobre, mercredi après-midi, les députés conservateurs ont tour à tour écarté l’idée d’adopter l’outil parlementaire qui leur permettrait d’éjecter leur chef du siège du conducteur.

Cet outil parlementaire existe depuis l’adoption en 2015 de la Loi instituant des réformes – une mesure parrainée par le député conservateur Michael Chong. Pour s’en prévaloir, les députés d’une formation politique doivent tenir un vote après chaque élection décrétant qu’ils se donnent le pouvoir de congédier leur leader – un pouvoir qui est en vigueur pendant la durée du mandat.

Par la suite, il faut qu’au moins 20 % des députés exigent par écrit la tenue d’un vote secret sur le leadership. Le chef se voit contraint de quitter ses fonctions au terme d’un tel vote majoritaire, s’il est exigé.

Mais alors qu’ils se rendaient à la salle de réunion pour entendre les explications de vive voix d’Andrew Scheer sur la campagne qu’il a menée, plusieurs élus ont fait savoir qu’une décision aussi grave touchant le leadership du parti appartient à l’ensemble des membres du Parti conservateur.

Un congrès national doit avoir lieu en avril à Toronto. La constitution du parti prévoit un vote de confiance sur le leadership du chef en poste après chaque défaite électorale.

« Je suis vraiment en faveur de laisser aux membres du parti statuer sur le sort du chef », a affirmé le député Tim Uppal, qui a réussi à reprendre son siège dans la région d’Edmonton qu’il avait perdu aux mains du libéral Armajeet Sohi en 2015. « Absolument, j’ai toujours confiance envers mon chef. Nous avons remporté plus de sièges, nous avons gagné le vote populaire. Nous avons réduit Justin Trudeau à un gouvernement minoritaire », a-t-il aussi dit.

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Le député conservateur Tim Uppal

« Je crois que ce sont les membres du parti qui doivent prendre cette décision », a pour sa part affirmé la députée du Manitoba Candice Bergen, qui fait partie de la garde rapprochée d’Andrew Scheer. « Nous avons fait des gains partout à travers le pays. Nous avons un message positif que nous devons mieux communiquer. Mais j’ai pleine confiance en notre chef Andrew Scheer. »

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La députée conservatrice Candice Bergen

Mais pour les députés et les sénateurs conservateurs du Québec, il importe de faire l’analyse des ratés de la campagne afin d’être en mesure de corriger rapidement le tir si le parti veut faire une véritable percée dans la Belle province. L’analyse doit aussi porter sur les convictions personnelles du chef sur des enjeux tels que l’avortement et les mariages gais.

« Le chef est le chef. C’est évident qu’on aurait préféré de meilleurs résultats que ce que nous avons eus au Québec et en Ontario. Mais le parti n’est pas en déroute. Bien au contraire. Nous avons plus de votes que Justin Trudeau. Nous avons plus de sièges qu’il y a quatre ans. Nous avons maintenant une présence dans les provinces atlantiques. Mais nous devons régler certains enjeux et le chef devra le faire », a dit le député de la région de Québec Gérard Deltell.

« Nous avons eu des difficultés au Québec. Ce qui me rend le plus triste, c’est que nous avions une équipe extraordinaire, une équipe exceptionnelle qui avait été assemblée par Alain Rayes. On avait un élan formidable. Mais malheureusement, cet élan a avorté. C’est cela qui est arrivé. Il faut prendre le temps d’examiner cela et que l’on prenne les mesures conséquentes », a-t-il ajouté.

Parmi ces mesures, le sénateur conservateur Pierre-Hugues Boisvenu a réclamé le départ des proches collaborateurs d’Andrew Scheer, notamment le chef de cabinet Marc-André Leclerc et le stratège Hamish Marshall.

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Le sénateur conservateur Pierre-Hugues Boisvenu

« Reprendre une campagne avec l’équipe qui entoure M. Scheer ne va pas nous permettre de réussir. Ca prend des changements. M. Scheer est le capitaine à bord. Alors s’il y a des matelots qui n’ont pas fait le travail, il faut changer les matelots », a dit M. Boisvenu.