(Ottawa) Le Canada s’est joint à ses principaux alliés mercredi pour condamner fermement l’incursion militaire de la Turquie dans le nord de la Syrie.

Mike Blanchfield
La Presse canadienne

La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a expliqué la position du Canada dans une série de tweets publiés en fin d’après-midi, affirmant que l’action unilatérale de la Turquie risquait de freiner les progrès réalisés à l’encontre des combattants du groupe armé État islamique (EI).

L’action militaire de la Turquie vise les forces kurdes et intervient après que le président américain Donald Trump eut décidé brusquement dimanche de tenir à l’écart les troupes américaines — un changement radical de la politique étrangère américaine.

« Le Canada condamne fermement les incursions militaires turques en Syrie d’aujourd’hui », a affirmé Mme Freeland sur Twitter.

« Cette action unilatérale risque de menacer la stabilité d’une région déjà fragile, d’aggraver la situation humanitaire et de faire reculer les progrès réalisés par la Coalition mondiale contre l'EI, dont la Turquie est membre. »

« Nous appelons à la protection des civils et à toutes les parties de respecter leurs obligations conformément au droit international, y compris un accès sans entrave à l’aide humanitaire. »

La décision de M. Trump de se retirer de la Syrie a été largement condamnée aux États-Unis et dans le monde entier, car elle est largement perçue comme un abandon des combattants kurdes syriens, seuls alliés des États-Unis en Syrie pour lutter contre l'EI.

Le président Trump a déclaré qu’il voulait mettre fin à l’engagement américain dans ce qu’il a appelé « ces guerres sans fin et insensées ».

Des dizaines de millions de Kurdes vivent sur des terres divisées entre la Turquie, l’Irak, l’Iran et la Syrie, qui comprennent des populations minoritaires considérables dans chaque pays, et beaucoup cherchent un État séparé.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan veut créer une « zone de sécurité » libérée des combattants kurdes, qu’il considère comme un groupe terroriste aux côtés des rebelles kurdes en Turquie.

« Nous allons préserver l’intégrité territoriale de la Syrie et libérer les communautés locales des terroristes », a déclaré le président Erdogan peu après le début de ce qu’il appelle « l’Opération Paix Printemps ».

Après le début de l’attaque turque, Donald Trump l’a qualifiée de « mauvaise idée ». L’Allemagne et l’Union européenne, entre autres, l’ont également critiquée.

Le président Trump a déclaré qu’il veillerait à ce que la Turquie respecte son engagement de protéger les civils et les minorités religieuses, y compris les chrétiens, et de prévenir une crise humanitaire. Il a également appelé la Turquie à veiller à ce que les combattants islamistes capturés restent en détention.

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, a condamné l’invasion turque « dans les termes les plus forts possible » et a appelé à y mettre fin de manière pacifique.

Des soldats canadiens formaient auparavant les forces de sécurité kurdes dans le pays voisin de l’Irak, mais se sont depuis tournés vers la direction de la mission de formation de l’OTAN pour les forces de sécurité de l’État irakien, engagement qui se poursuivra jusqu’en 2021.

Les forces spéciales canadiennes ont travaillé en contact étroit avec des combattants kurdes pendant plus de trois ans pour empêcher l’avancée de l'EI dans le nord de l’Irak.

Mais la décision prise en 2017 par des dirigeants politiques kurdes d’organiser un référendum sur l’indépendance a fait en sorte de s’aliéner le Canada et la plupart de ses alliés.