Les libéraux promettaient de grandes choses en environnement, quand ils ont été élus. Et ils peuvent se targuer d’en avoir accompli beaucoup, estiment plusieurs experts. Mais leur bilan environnemental est marqué par une tache importante, qui occulte tout le reste. Une tache d’huile.

Jean-Thomas Léveillé Jean-Thomas Léveillé
La Presse

Peut-on se dire vert tout en achetant un oléoduc ? Le feuilleton Trans Mountain entache sérieusement le bilan environnemental du gouvernement libéral, selon plusieurs experts, qui lui reconnaissent néanmoins quelques bons coups.

Grandes attentes

Le gouvernement de Justin Trudeau était condamné à susciter la déception sur le plan environnemental, estiment les experts consultés par La Presse.

« Le gouvernement précédent avait fait tellement de dommages […], on n’a pas encore rattrapé le retard qui a été pris », estime Nicolas Houde, professeur au département de science politique de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), pour qui le rétablissement de la « confiance envers la science » est un changement de discours positif. « La confiance du public envers les institutions avait été grandement ébranlée » sous les conservateurs, ce qui rendait les attentes encore plus grandes, note Annie Chaloux.

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Vue aérienne du terminal maritime du projet Trans Mountain à Burnaby, en Colombie-Britannique

« On partait de zéro, il n’y avait rien, aucun projet dans les cartons », renchérit Normand Mousseau, directeur de l’Institut de l’énergie Trottier de Polytechnique Montréal, qui considère le bilan libéral comme « majoritairement positif », bien qu’il « manque encore de gros morceaux ». Il est surtout d’avis que le gouvernement libéral a eu d’importants problèmes de communication et s’est « laissé beaucoup définir par l’opposition ».

L’économiste Jean-Thomas Bernard, de l’Université d’Ottawa, reproche par ailleurs un certain « langage irritant » au gouvernement libéral de Justin Trudeau – comme à celui de Jean Chrétien naguère – qui affirme trompeusement que l’atteinte des objectifs de réduction des gaz à effet de serre (GES) « aura peu d’impact sur l’économie ».

Investissements massifs… contradictoires

Dès son arrivée au pouvoir, le gouvernement de Justin Trudeau a rapidement et massivement investi dans la lutte contre les changements climatiques. Il s’agit d’une « stratégie structurante » dont les résultats se mesurent sur le long terme, estime Annie Chaloux, professeure en politique environnementale à l’Université de Sherbrooke.

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Les installations de Trans Mountain à Edmonton, en Alberta

Dans un document publié en juin dernier intitulé Un Canada propre, Ottawa s’enorgueillit d’ailleurs de s’être engagé depuis 2015 à verser « plus de 60 milliards de dollars » dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre du pays, son adaptation à l’évolution du climat et sa transition énergétique, la part du lion revenant aux transports en commun et aux infrastructures vertes.

Le bilan environnemental du gouvernement libéral est loin d’être un échec, mais il est aussi loin d’être parfait, juge la professeure Chaloux. 

La volonté des libéraux de « ménager la chèvre et le chou » en ne mettant pas un terme aux subventions accordées au secteur des énergies fossiles et en achetant l’oléoduc Trans Mountain est la preuve de leur échec à « concilier l’économie du futur avec les tensions présentes au sein de l’économie canadienne », dit la professeure Chaloux.

Mine de charbon à Sparwood, en Colombie-Britannique

Normand Mousseau estime aussi que le gouvernement libéral a raté l’occasion de transformer l’économie albertaine en accordant une aide de 1,6 milliard à l’industrie pétrolière. « C’est quand même beaucoup d’argent pour soutenir une industrie qui n’est pas capable de survivre par elle-même ! », s’exclame-t-il, qualifiant le pétrole des sables bitumineux de produit non concurrentiel.

Des fleurs

Malgré ses erreurs et ses contradictions, le gouvernement libéral a fait des gestes verts significatifs, soulignent les experts consultés par La Presse.

Annie Chaloux souligne d’emblée l’élimination progressive des centrales électriques au charbon, l’interdiction annoncée des articles de plastique à usage unique, « même si ça ne sera pas mis en place dans le mandat actuel », et les projets de transports en commun – le gouvernement libéral dit en avoir approuvé 1211 depuis 2015.

Normand Mousseau évoque l’engagement du Canada à réduire ses « émissions fugitives » de méthane des secteurs pétrolier et gazier de 40 à 45 % par rapport aux niveaux de 2012 d’ici 2025. Il applaudit également la décision d’Ottawa d’adopter les normes californiennes quant aux émissions de GES des véhicules, plutôt que les normes fédérales états-uniennes revues à la baisse par le président Trump.

L’instauration d’une taxe sur le carbone est aussi une mesure d’une grande importance, estiment les experts, qui lui trouvent néanmoins divers défauts. « Les économistes disent depuis longtemps que la solution au problème est de taxer le carbone ! », s’exclame Jean-Thomas Bernard.

Or, le prix exigé – qui est de 20 $ la tonne cette année et atteindra 50 $ la tonne en 2022 – ne sera pas suffisant pour entraîner la diminution des émissions de GES promise par le Canada dans le cadre de l’accord de Paris sur le climat, dit l’économiste Jean-Thomas Bernard.

Il faudrait pour ce faire que le prix sur le carbone grimpe à 102 $ la tonne en 2030, a conclu en juin dans un rapport le directeur parlementaire du budget, Yves Giroux.

Hostilité provinciale

À la décharge du gouvernement Trudeau, « le portrait politique canadien a changé pendant son mandat », tempère la professeure Annie Chaloux, rappelant que les gouvernements provinciaux étaient principalement libéraux quand il a pris le pouvoir.

« Il y avait un relatif consensus, on était proche, on travaillait main dans la main pour lutter contre les changements climatiques », puis l’élection de gouvernements provinciaux conservateurs a créé des obstacles pour le gouvernement fédéral, dit-elle.

Le défi de « se trouver une place au soleil dans la lutte contre les changements climatiques » était d’autant plus grand pour Ottawa que ce sont les provinces qui ont le plus de pouvoir dans ce domaine, ajoute la professeure Chaloux.

« Il faudrait que les électeurs soient conséquents ! », lâche Normand Mousseau, qui estime lui aussi que l’élection de gouvernements conservateurs a nui à la capacité d’action du gouvernement fédéral. Il reproche aux troupes de Justin Trudeau d’être en partie responsables de leur propre malheur en ayant failli à bien communiquer leur action environnementale.

Le risque politique

La lenteur des mesures de lutte contre les changements climatiques est préoccupante, a affirmé dans son plus récent rapport, au printemps, la commissaire fédérale à l’environnement et au développement durable, Julie Gelfand.

« Pendant des décennies, les gouvernements fédéraux ont invariablement échoué dans leurs efforts pour atteindre les cibles de réduction d’émissions de GES et le gouvernement n’est pas prêt à s’adapter à un climat changeant », a-t-elle asséné.

Les libéraux auraient-ils dû être plus audacieux ? Profiter de leur mandat pour imposer un virage vert beaucoup plus important ? « S’ils étaient allés beaucoup plus loin, le risque politique aurait été très grand », tranche Annie Chaloux.

Faire des gestes majeurs, quitte à perdre ensuite le pouvoir, aurait-il eu plus d’impact à long terme ? Rien n’est moins sûr, répond la professeure, citant l’exemple ontarien. Le gouvernement libéral de Kathleen Wynne « est allé très loin » dans la lutte contre les changements climatiques, avec des « politiques innovantes » que le gouvernement conservateur de Doug Ford a ensuite annulées « en quelques semaines ».

Inversement, l’approche « plus conciliante » des troupes de Justin Trudeau, avec un « fédéralisme plus ouvert », a montré ses limites, reconnaît-elle.

Le constat soulève donc de « sérieuses questions », affirme Annie Chaloux : « Comment on gère l’environnement, au XXIe siècle, dans un contexte fédéral ? » Il faudra, selon elle, que le gouvernement ait une sérieuse réflexion à ce sujet.

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Le verdict mitigé des environnementalistes

Les libéraux ont fait nettement mieux que le gouvernement précédent, mais ils n’ont pas excellé pour autant. Les organisations environnementales consultées par La Presse dressent un bilan mitigé du premier mandat du gouvernement Trudeau. Elles reconnaissent toutefois qu’il a eu la lourde tâche de relancer l’action environnementale du fédéral, qui avait été « à l’arrêt pendant 10 ans ».

Un boulet de 200 mégatonnes

« Depuis quatre ans, c’est énorme, les changements qu’il y a eu en matière d’environnement au gouvernement fédéral », constate Karel Mayrand, directeur général pour le Québec et l’Atlantique de la Fondation David Suzuki, évoquant des investissements verts « historiques » et la fermeture des centrales au charbon. Le problème, dit-il, c’est le soutien à l’industrie pétrolière, qui fera rater au Canada sa cible de réduction d’émissions de gaz à effet de serre (GES). Celles-ci doivent retomber à 511 mégatonnes (Mt) en 2030, or, elles ont encore augmenté en 2017, selon les données les plus récentes, pour atteindre 716 Mt. « C’est un boulet politique de soutenir les sables bitumineux./ Un boulet de 200 mégatonnes. »

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Le soutien à l’industrie pétrolière fera rater au Canada sa cible de réduction d’émissions de gaz à effet de serre (GES), déplore la Fondation David Suzuki.

Interdiction des plastiques à usage unique

L’intention annoncée par Ottawa de s’attaquer aux articles de plastique à usage unique a suscité bien des espoirs chez Greenpeace, mais l’organisation dresse un « bilan mitigé » de l’action du gouvernement libéral dans ce domaine, notamment en raison de décisions contradictoires, « comme les nombreuses subventions accordées à l’industrie des plastiques », explique la responsable de la campagne océans et plastique de l’organisation, Agnès Le Rouzic. Elle reproche aussi aux libéraux de se dire publiquement favorables à la réduction de la pollution des océans par le plastique, mais de n’avoir « toujours pas pris une position ferme envers les exportations de déchets vers les pays du Sud ».

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L’intention d’Ottawa de s’attaquer aux plastiques à usage unique suscite des espoirs chez Greenpeace, mais l’organisation estime que le gouvernement agit de façon contradictoire en subventionnant l’industrie du plastique.

Statu quo sur les pesticides

Le gouvernement libéral n’a « rien fait de majeur » sur la question des pesticides, déplore Équiterre, évoquant notamment le glyphosate, l’élément actif de nombreux herbicides, dont le RoundUp. L’organisation aurait souhaité que l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA), qui relève de Santé Canada, fasse preuve de plus de prudence, explique son directeur des communications, Ryan Worms. Ottawa a renouvelé l’homologation du glyphosate pour 15 ans, « alors que d’autres pays l’ont fait pour cinq ans seulement », souligne-t-il. Il rappelle qu’Équiterre a mis en lumière avec d’autres organismes environnementaux l’utilisation par l’ARLA d’études manipulées par Monsanto, le fabricant du RoundUp, dans le cadre du processus d’évaluation.

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Le gouvernement libéral n’a « rien fait de majeur » sur la question des pesticides, déplore Équiterre.

Appui aux transports en commun

Le programme d’infrastructure libéral a permis aux municipalités de faire « leur part en matière de résilience, de réduction des gaz à effet de serre (GES), de développement durable », se réjouit le directeur général de Vivre en ville, Christian Savard. Sans ce plan, « on ne parlerait pas de la ligne bleue, du REM [Réseau express métropolitain], du tramway de Québec », illustre-t-il. M. Savard souligne aussi les investissements fédéraux en matière de logement, qui sont importants « pour que les villes continuent de se développer et de moins s’étaler ». Il déplore cependant que les libéraux aient laissé de côté le transport ferroviaire, alors que « VIA Rail essaie de se débrouiller avec pas grand-chose pour un service qui n’est pas digne du XXIe siècle ».

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Sans plan fédéral, « on ne parlerait pas de la ligne bleue, du REM, du tramway de Québec », souligne Christian Savard de Vivre en ville.

Aires protégées : engagements surpassés

La création de nouvelles aires marines et côtières protégées est le « meilleur bon coup » du gouvernement Trudeau, estime la directrice générale d’Eau secours, Alice-Anne Simard. « Le gouvernement va même dépasser ses engagements » avec l’annonce, début août, de deux nouvelles aires protégées au Nunavut, qui porteront à 14 % la proportion de zones sous protection au Canada, alors que les libéraux avaient promis d’atteindre les 10 % en 2020. Toutefois, elle estime que le bilan environnemental du gouvernement libéral est plutôt négatif en raison, notamment, de sa politique énergétique et parce qu’il y a « encore des dizaines de communautés autochtones qui n’ont pas accès à de l’eau potable ».

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Le gouvernement devrait surpasser ses objectifs après l’annonce, en août, de deux nouvelles aires protégées au Nunavut.

Protection déficiente des espèces menacées

S’il se réjouit lui aussi de l’augmentation importante des aires protégées, marines mais aussi terrestres, le directeur général de Nature Québec Christian Simard trouve néanmoins aberrant que le Canada soit « encore extrêmement inefficace pour la protection des espèces en péril ». Il cite le cas du chevalier cuivré, un poisson menacé par le projet d’expansion du Port de Montréal à Contrecœur. Il déplore le « développement très anarchique des ports le long du Saint-Laurent », qui a pour effet de « saccager » des espèces essentielles. En environnement, illustre-t-il, le gouvernement libéral « appuie sur l’accélérateur et le frein en même temps et ça crée un dérapage ».

PHOTO FOURNIE PAR LE PORT DE MONTRÉAL

Le site de Contrecœur, propriété du Port de Montréal, où sera éventuellement aménagé un terminal de conteneurs

À la défense des baleines noires

Le gouvernement libéral s’est mobilisé pour mettre fin à l’hécatombe qui frappe la population de baleines noires de l’Atlantique Nord, applaudit la directrice pour le Québec de la section canadienne du Fonds mondial pour la nature (WWF-Canada), Sophie Paradis. La limitation de la vitesse des navires dans le golfe du Saint-Laurent et les restrictions aux zones de pêche sont « une étape importante », reconnaît-elle, « mais de telles mesures temporaires ne suffisent pas pour inverser le déclin de ces baleines ». En 2017, la mort de 12 individus a été répertoriée dans le golfe. Aucune perte de vie n’a été signalée en 2018, mais huit carcasses ont déjà été retrouvées cette année.

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Huit carcasses de baleines noires ont été découvertes jusqu’ici, cette année, dans les eaux du golfe du Saint-Laurent. 

« C’est l’arbre qui cache la forêt »

Jean-Thomas Léveillé Jean-Thomas Léveillé
La Presse

OTTAWA — « Je ne sais pas comment on aurait pu aller plus vite », répond la ministre de l’Environnement et du Changement climatique, Catherine McKenna, en réponse à ceux et celles que son gouvernement a déçus.

« Il y a des étapes à suivre pour légiférer », explique-t-elle en entrevue-bilan à La Presse, se félicitant que son gouvernement ait aussi pris le temps de consulter tant les Premières Nations que les environnementalistes et l’industrie.

Le mandat libéral n’a pas été à la hauteur des attentes des plus fervents environnementalistes, qui auraient souhaité que le gouvernement aille plus loin, plus vite. Mais Catherine McKenna souligne qu’à son arrivée en poste, la fonction publique « ne pouvait pas parler de changements climatiques, seulement de “qualité de l’air” ». Les libéraux devaient « aller de 0 à 100 » en environnement, dit-elle.

Mais l’achat d’un oléoduc et l’attribution d’une aide financière considérable à l’industrie pétrolière et gazière ne sont-ils pas contre-productifs ? « C’est une transition, ça n’arrivera pas du jour au lendemain », réplique-t-elle.

Les mesures énergétiques de Justin Trudeau « sont pratiquement identiques à celles de Stephen Harper », a asséné, dans son plus récent bulletin annuel du gouvernement, la Revue canadienne de politique étrangère – publication de l’École des affaires internationales Norman Paterson de l’Université Carleton, à Ottawa. L’affirmation fait bondir Catherine McKenna : « Ça ne pourrait pas être plus loin de la vérité ! »

Nous avons investi 10 fois plus dans la lutte aux changements climatiques que dans le pipeline, on a mis un prix sur la pollution, des nouvelles règles d’évaluation [environnementale], nous éliminons le charbon, nous investissons dans les énergies renouvelables.

Catherine McKenna, ministre de l’Environnement et du Changement climatique

L’oléoduc est donc l’arbre qui cache la forêt, illustre la ministre, regardant ses notes pour la seule fois de l’entretien de 45 minutes. « Parce que je ne connaissais pas l’expression en français », explique-t-elle.

« Il y a des politiciens conservateurs qui travaillent avec des lobbyistes de l’industrie pétrolière pour défaire notre gouvernement. »

Parmi les mesures adoptées par son gouvernement, c’est le plan climatique canadien qui est à son avis la plus significative. « Pour la toute première fois, on a un plan pour atteindre nos cibles [de réduction des émissions de gaz à effet de serre], pour mettre un prix sur la pollution. »

Quoi qu’en disent divers observateurs, Catherine McKenna est convaincue que le Canada parviendra à réduire d’ici 2030 ses émissions de GES de 30 % par rapport au niveau de 2005, conformément à son engagement en vertu de l’accord de Paris. « J’en suis absolument certaine », tranche-t-elle.

Des gestes publics et privés

La ministre pose aussi ses propres gestes écologiques. De son sac à main, elle sort un étui contenant des ustensiles en bambou, qu’elle trimballe en permanence. « Avant, j’en avais en métal, mais ils faisaient toujours sonner la sécurité », notamment à l’aéroport, raconte-t-elle avec amusement.

Son ministère a d’ailleurs compensé tous ses déplacements aériens et ceux des membres de son cabinet par l’achat de crédits compensatoires de carbone ; plus de 5600 $ ont ainsi été consacrés depuis le début de son mandat à des projets certifiés au Canada et dans des pays en voie de développement.

Le Parti libéral compensera les émissions de son avion de campagne, comme il l’avait fait en 2015, ajoute la ministre.

Les enfants de Catherine McKenna suivent aussi les pas de leur mère : en matière de restauration rapide, raconte-t-elle, ils ne jurent que par la chaîne A & W, qui offre des emballages compostables et des galettes de hamburger végétales.

Des fondations à risque

Dans le corridor qui mène au bureau de la ministre McKenna sont affichés les portraits de ses prédécesseurs. Seul David Anderson a été en poste plus longtemps qu’elle : cinq ans sous Jean Chrétien, puis Paul Martin, un record qu’elle pourrait battre si les libéraux remportent les élections d’octobre.

De ses quatre années comme ministre de l’Environnement et du Changement climatique, elle regrette une seule chose. 

Je regrette aujourd’hui d’avoir mis tant d’efforts à rassembler [les gouvernements provinciaux].

Catherine McKenna, ministre de l’Environnement et du Changement climatique

L’hostilité des gouvernements conservateurs provinciaux à l’action du gouvernement fédéral dans le domaine de l’environnement est visiblement venue assombrir les « voies ensoleillées » que promettait d’emprunter Justin Trudeau, le soir de son élection, en 2015. « Ça ne nous a pas arrêtés, mais ça polarise l’électorat », se désole la ministre.

Le gouvernement libéral a « bâti les fondations » de la lutte contre le changement climatique, « mais elles sont à risque », prévient-elle. « Ça sera une très, très, très importante élection, prévient la ministre, parce que le parti qu’on affronte et qui pourrait former le gouvernement est un parti conservateur qui attaquerait tout ce qu’on a fait, reculerait sur tout ce qu’on a fait. »

Objectif raté, dit l’opposition à l’unisson

Parti conservateur : « Ça ne fonctionne pas »

Bien que les libéraux aient annulé différentes mesures adoptées par le gouvernement conservateur en matière d’environnement, le député de Richmond–Arthabaska et lieutenant politique du Parti conservateur pour le Québec, Alain Rayes, dit ne pas constater une amélioration de la situation environnementale. « Ils ont défait des choses du passé, ils ont mis en place leur plan, puis le résultat, c’est que ça ne fonctionne pas. » « On a l’impression que ce gouvernement s’est traîné les pieds pendant quatre ans », ajoute-t-il, évoquant un « échec sur toute la ligne ».

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Alain Rayes, lieutenant politique du Parti conservateur pour le Québec

Nouveau Parti démocratique : « De l’esbroufe ou de l’hypocrisie »

Le gouvernement libéral a dit « les bonnes choses » en matière d’environnement, mais il n’a rien fait ou même fait le contraire de ce qu’il disait, s’indigne le député de Rosemont–La Petite-Patrie et porte-parole en environnement du Nouveau Parti démocratique, Alexandre Boulerice. « C’était hallucinant de voir le débat entre conservateurs et libéraux, parce que c’était une compétition de qui est le plus pro-pipeline entre les deux », dit-il, soulignant la contradiction avec le discours tenu par la ministre McKenna à la Conférence de Paris sur le climat. « C’est de l’esbroufe ou de l’hypocrisie », conclut-il.

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Alexandre Boulerice, député néo-démocrate de Rosemont–La Petite-Patrie

Bloc québécois : « Du surplace »

Le gouvernement de Justin Trudeau est « le fossoyeur de l’accord de Paris » sur le climat, lance la députée de Repentigny et porte-parole du Bloc québécois en environnement, Monique Pauzé. « Non seulement il a maintenu les subventions au secteur des énergies fossiles, mais il a acheté un pipeline ! » Les « petites mesures » qu’il a adoptées sont « à des années-lumière de ce qu’il faut faire », affirme-t-elle, ajoutant qu’il est impératif d’abandonner les énergies fossiles pour pouvoir espérer freiner les changements climatiques. « On n’avance pas, avec le gouvernement Trudeau, dit-elle. On fait du surplace. »

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Monique Pauzé, députée bloquiste de Repentigny

Parti vert : « Un recul »

Le Parti vert s’est dit « déçu » de l’administration Trudeau en matière d’environnement. « On s’attendait à beaucoup, on a reçu peu et on a même subi un recul », a résumé le chef adjoint de la formation politique, Daniel Green. Le revers principal pour le parti reste l’achat du pipeline Trans Mountain et l’engagement pour son agrandissement. « Ça a annulé toutes les bonnes choses qu’ils ont tenté de faire pour les changements climatiques », a noté M. Green. Après les années du gouvernement conservateur, les verts espéraient beaucoup des libéraux, et auraient notamment souhaité un plan de lutte contre les changements climatiques plus ambitieux.

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Daniel Green

Parti populaire du Canada : De l’argent « gaspillé »

« C’est beaucoup de poudre aux yeux coûteuse pour un impact nul sur les changements climatiques, alors qu’on aurait pu mettre cet argent vers des ressources qui auraient eu un impact concret sur la qualité de l’eau, de l’air et du sol », avance Martin Masse, porte-parole et directeur des politiques du Parti populaire. En accord avec sa position remettant en question l’influence de l’activité humaine sur les changements climatiques, la formation de Maxime Bernier estime que le gouvernement Trudeau a dilapidé l’argent des contribuables dans cette lutte, jugeant que les gestes environnementaux faits par l’équipe en place n’ont pas d’impact.

— Avec la collaboration de Janie Gosselin, La Presse