(Québec) Le gouvernement Legault et l’opposition ont échoué une fois de plus à s’entendre sur la tenue d’une commission parlementaire concernant la protection des données personnelles. Les caquistes refusent que Revenu Québec, victime d’une fuite de renseignements cet été, soit appelé à témoigner.

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Le député caquiste Youri Chassin soupçonne le Parti libéral de vouloir convoquer cet organisme essentiellement pour «faire de la politique» et «essayer de griller un peu le gouvernement», ce qui est inacceptable à ses yeux. «Ce n’est pas illégitime» de vouloir convoquer Revenu Québec «sauf si on l’utilise pour faire des jabs au gouvernement», a-t-il affirmé à la sortie d’une réunion de la commission des finances publiques mardi.

Majoritaires au sein de cette commission, les caquistes ont ainsi voté contre une proposition des trois partis d’opposition visant à se donner un mandat sur «la protection des données des Québécois détenues par les institutions publiques et privées». L’opposition avait coupé de moitié – de 22 à 11 – le nombre de groupes qui seraient entendus par rapport à leur demande de la semaine dernière. Parmi eux figurent Desjardins, Capital One et Revenu Québec, qui ont tous fait l’objet d’une fuite de renseignements cet été. L’opposition souhaite aussi entendre le directeur principal de l’informatique au Conseil du trésor.

Or les caquistes souhaitent se pencher uniquement sur le secteur privé. Pour ce qui est du secteur public, «il y a des actions gouvernementales qui s’en viennent», a dit Youri Chassin, évoquant le dépôt éventuel d’un projet de loi sans en préciser la nature exacte.

L’opposition fulmine. «On s’est fait niaiser!» a lancé la libérale Marwah Rizky. «On a pris une heure pour tourner en rond alors que clairement Youri Chassin avait le mandat de s’assurer de saboter ce mandat. On a un premier ministre qui ne croit pas aux travaux des parlementaires.» La semaine dernière, François Legault rejetait le mandat élargi des trois partis d’opposition en disant qu’«on ne veut pas non plus avoir des commissions parlementaires qui vont gérer à la place du gouvernement». Pour Mme Rizqy, le gouvernement ne veut pas entendre Revenu Québec en commission parlementaire afin d’éviter «d’avoir les regards tournés» sur ses propres pratiques en matière de protection des données personnelles.

Le péquiste Martin Ouellet s’est dit «extrêmement déçu» de «l’entêtement du gouvernement». En ciblant le secteur privé seulement, le gouvernement «ne veut pas faire la lumière dans (sa) propre cour de peur de lever des lapins et de se rendre compte qu’effectivement il y aurait des problèmes qui soient exposés au grand jour. Nous, on veut faire le point sur l’ensemble de la situation».

«On a tenté un compromis, et malheureusement on se retrouve à la case départ, a-t-il ajouté. Et probablement qu’on va encore se faire taguer de ne pas être capable de s’entendre entre politiciens pour faire la lumière sur une situation qui interpelle l’ensemble des Québécois.»

Pour le député de Québec solidaire, Vincent Marissal, le gouvernement ne veut pas vraiment aller au fond des choses et Youri Chassin est «en croisade» pour éviter que des institutions publiques ne témoignent. «Nous, on veut creuser, et tout ce qu’on nous offre, c’est une cuillère de plastique. On n’ira nulle part avec ça», a-t-il affirmé.

Les trois partis d’opposition ont exprimé le souhait de revenir à la charge avec une nouvelle proposition éventuellement.