(Québec) Le Parti libéral du Québec perd son seul député élu à l’est de l’île de Montréal et l’un de ses principaux lieutenants. Sébastien Proulx quitte la vie politique, moins d’un an après les élections.

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Le député de Jean-Talon, à Québec, et leader parlementaire des libéraux a annoncé sa démission vendredi, aux côtés du chef intérimaire Pierre Arcand.

Selon nos informations, il a accepté un poste au Mouvement Desjardins, comme responsable des affaires institutionnelles, chose qu’il n’a pas voulu confirmer lui-même pour le moment.

«Il n’y a jamais de bon moment pour quitter. C’est une décision très difficile, déchirante», a affirmé Sébastien Proulx, qui était accompagnée de son épouse dans le hall du parlement. De nombreux collaborateurs et membres du personnel libéral étaient présents, plusieurs en pleurs, visiblement secoués par le départ d’un politicien apprécié de tous – y compris des adversaires.

Sébastien Proulx a expliqué que «l’implication personnelle en politique a un prix, élevé, sur soi, sa famille et ses proches». Au fil des ans, il dit avoir «travaillé sans relâche, peut-être même trop» et qu’il n’avait «pas toujours réussi le partage nécessaire entre vie politique et vie familiale».

«J’ai 44 ans, et ça fait 15 ans que je fais des entrées et des sorties dans la vie politique. J’ai donné beaucoup pour les autres. J’ai décidé de me choisir aujourd’hui», a-t-il lancé. Comme ses enfants «entrent dans l’adolescence», il veut être «encore plus présent». 

Ministre de l’Éducation sous le gouvernement Couillard, il avait envisagé de briguer la direction du parti à la suite de la défaite électorale du 1er octobre. Il y avait finalement renoncé, même s’il avait été «beaucoup sollicité».

Cette décision a provoqué une autre réflexion, «longue et sérieuse», «un examen de conscience» sur ce qu’il veut «accomplir» pour l’avenir, a-t-il expliqué. «Bien sûr», la perte du pouvoir a pesé dans la balance. Et la réflexion s’est «précipitée» alors qu’une offre d’emploi s’est présentée. Résultat: «Il est maintenant pour moi le temps de passer à autre chose».

Son départ est un coup dur pour le PLQ mais n’est pas vraiment une surprise. En février, il confiait à La Presse ne pas être convaincu de terminer son mandat. Et plus ce tôt ce mois-ci, son absence avait été remarquée au congrès des jeunes libéraux qui se tenait dans sa propre circonscription.

Sébastien Proulx faisait partie de ceux, minoritaires au caucus, qui souhaitaient
que le PLQ appuie l’interdiction du port de signes religieux aux employés de l’État dotés d’un pouvoir de coercition, comme les juges, les policiers et les gardiens de prison-la recommandation du rapport Bouchard – Taylor. Le parti a finalement maintenu sa position historique.

Sébastien Proulx plaidait pour que le parti prenne acte du verdict populaire et adopte des positions susceptibles de le rapprocher de la majorité francophone. Il était vu comme un acteur important dans la relance du parti.

«Je laisse le parti en bon état. Le parti est sur la bonne voie, la reconstruction est entamée», a affirmé M. Proulx.

Le gouvernement Legault doit déclencher des élections partielles dans Jean-Talon d’ici six mois. Le Parti libéral aura fort à faire pour conserver son siège dans la région de Québec, dominée par la Coalition avenir Québec. «Je ne laisserai pas aller le comté de Jean-Talon», a déclaré Pierre Arcand. Il a dit comprendre la décision de Sébastien Proulx compte tenu des sacrifices qu’implique la vie politique. Il a salué son «dévouement» et sa «fougue».

Sébastien Proulx avait fait son entrée au parlement en 2007, comme député de l’ADQ, dans Trois-Rivières. Battu l’année suivante, il était passé au Parti libéral et représentait les électeurs de Jean-Talon depuis 2015. Le 1er octobre, Sébastien Proulx l’avait emporté avec 32,6% des voix, devant la caquiste Joëlle Boutin (28,6%) – aujourd’hui directrice de cabinet du ministre Éric Caire. Il ne serait pas surprenant que celle-ci soit sur les rangs lors du scrutin à venir.

- Avec la collaboration de Denis Lessard et Hugo Pilon-Larose