(Québec) La députée solidaire et ex-blogueuse au Journal de Québec, Catherine Dorion, estime qu’il y a une culture « d’autocensure » dans les médias de Québecor, où il ne faudrait pas critiquer Pierre Karl Péladeau. Selon elle, d’autres propriétaires de presse ont même « peur des poursuites » que l’homme d’affaires pourrait intenter lorsqu’on parle négativement de son entreprise.  

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

« Selon ce que j’ai vécu, [il y a une] culture d’autocensure [à Québecor] qui dit : voici ton carré de sable, et si tu en sors, on va t’appeler et te dire que ce n’est pas là qu’il faut que tu ailles », a-t-elle déclaré jeudi, à son arrivée à l’avant-dernière journée de la commission parlementaire sur l’avenir des médias d’information.  

« Même à l’extérieur de Québecor, d’autres journalistes et des chroniqueurs, des blogueurs, disent: ‘’même si je travaille pour une autre entreprise […], je n’irai pas parler contre Québecor. Mon boss a peur des poursuites’’ », a poursuivi Mme Dorion.

La députée a mis les journalistes au défi de « vraiment bien [faire leur] travail » et de convaincre des gens « sous le couvert de l’anonymat » de témoigner de leurs expériences.  

Le président du syndicat des employés de la rédaction du Journal de Québec, Jean-François Racine, a affirmé à La Presse que « l’expérience personnelle très courte de Mme Dorion relève d’un blogue, une responsabilité de la filiale NumériQ. Cette entité n’a aucun lien avec l’équipe de rédaction du Journal de Québec. » 

« Je ne partage pas du [tout] sa position. Nos journalistes sont honnêtes, intègres et dotés d’un bon jugement. Le passage de Quebecor devant la commission est le meilleur exemple qui existe. Le travail journalistique publié dans nos pages est juste et équilibré, malgré le contexte particulier. Nos journalistes ont également fait un travail exemplaire lors du passage de M. Péladeau en politique. Je respecte l’opinion de la députée de Taschereau mais sa perception ne reflète pas la réalité de notre métier », a-t-il conclu.

Ne pas parler de « John Doe »

En commission parlementaire, mercredi, Mme Dorion a confronté Pierre Karl Péladeau, venu présenter ses observations sur l’avenir des médias, en lui demandant s’il pouvait « garantir qu’il n’y aura[it] pas six journaux de plus où il sera tabou de [le] critiquer » si son entreprise acquérait les quotidiens de Groupe Capitales Médias, menacé de faillite.

La députée solidaire – qui a été blogueuse au Journal de Québec de 2016 à 2018 – a cité un billet de blogue récent que l’entreprise aurait mis hors ligne, car celui-ci critiquait Québecor. Quand elle écrivait pour l’entreprise, son supérieur immédiat de l’époque lui aurait aussi dit qu’elle ferait mieux de ne pas critiquer dans ses textes « John Doe », surnom utilisé pour désigner Pierre Karl Péladeau.  

M.  Péladeau a refusé de lui donner la réplique, mercredi, estimant que la députée cherchait à se « mettre en spectacle ». En mêlée de presse, il a affirmé qu’il était « bien sûr » possible de le critiquer dans ses médias.  

Pas d’argent aux « quêteux »

Lors de son passage à l’Assemblée nationale, mercredi, le président de Québecor a invité le gouvernement Legault à ne pas donner d’argent « quêteux de l’État », expression qu’il a choisie pour désigner ses concurrents.  

« Les éditeurs ne se sont pas adaptés et sont maintenant devenus des quêteux de l’État. Dans ce contexte, l’indépendance des salles de rédaction est fortement mise en péril », a affirmé M.  Péladeau.

Cette déclaration a piqué le péquiste Harold Lebel. Le député a rappelé jeudi qu’il coûtait cher de faire de l’information en régions et que l’État avait un rôle à jouer pour assurer une diversité de la presse.  

« Quand on parle de concentration des médias, je veux m’assurer que si Québecor achète Le Soleil, […] que le jour où je vais ouvrir Le Soleil et que je vais ouvrir Le Journal de Québec, que je ne lirai pas les mêmes choses », a-t-il dit.

« Il faut avoir un vrai débat de fonds, [mais] si on se traite de quêteux d’un bord et de l’autre… […] C’est vrai que ça coûte cher [un] grand pays [comme le Québec] à couvrir. Mais est-ce qu’on fait le choix de donner des crédits d’impôt pour s’assurer qu’il y ait une belle qualité de la presse ? Je pense que oui. Et ça, on ne parle pas de’’quêtage’’ », a poursuivi M. Lebel.