(Ottawa) L’ancienne chef intérimaire des conservateurs n’est pas d’accord avec le leader actuel lorsqu’il soutient que le Canada s’est fait rouler dans la farine par Donald Trump dans la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA).

Joan Bryden
La Presse canadienne

Rona Ambrose, qui a été chef intérimaire après la défaite de son parti aux élections de 2015, admet que le premier ministre Justin Trudeau a fait des concessions pour obtenir un accord — notamment sur la gestion de l’offre en agriculture —, mais elle estime que des gains importants ont aussi été réalisés dans le processus.

Mme Ambrose cite surtout le maintien du chapitre 19 sur les mécanismes de règlement des différends, et l’inclusion de normes du travail et de principes environnementaux.

Andrew Scheer, qui a succédé à Mme Ambrose à la tête des conservateurs en mai 2017, a qualifié le nouvel ALENA d’« humiliation historique », qui illustre selon lui la faiblesse de M. Trudeau sur la scène internationale. Il estime que le premier ministre libéral a capitulé devant les menaces de Donald Trump.

Le président américain avait menacé à plusieurs reprises de déchirer l’ALENA si un nouvel accord favorable aux États-Unis ne pouvait pas être conclu.

Quant à l’impact du nouvel ALENA sur l’économie, Mme Ambrose a estimé que le Canada et les États-Unis avaient tiré leur épingle du jeu, alors que le Mexique a été plus durement touché. « Tout compte fait, on s’en est bien tiré », a estimé Mme Ambrose, en entrevue mardi.

L’ancienne députée albertaine a été membre du groupe d’experts que le premier ministre Justin Trudeau avait mis sur pied pour le conseiller et l’aider à former un front multipartite lors de ces négociations avec la Maison-Blanche. La députée albertaine avait quitté la vie politique active à l’été 2017, après la course à la direction du parti.

Mme Ambrose croit que les critiques adressées par M. Scheer à propos des concessions dans l’industrie laitière sont cohérentes avec son appui à la gestion de l’offre. Les producteurs laitiers, notamment au Québec, l’ont aidé à devenir chef du Parti conservateur, face au Beauceron Maxime Bernier, qui avait promis d’abolir ce régime — et qui a quitté les conservateurs depuis pour fonder le Parti populaire, résolument libertarien.

M. Scheer a repris mardi ses critiques sur le leadership de M. Trudeau à l’échelle internationale, l’accusant d’avoir « fait preuve de faiblesse sur la scène mondiale ».

« Il a plié devant Donald Trump sur l’ALENA, il a humilié le Canada et miné nos relations avec l’Inde, et il échoue à défendre les intérêts du Canada en Chine », écrit-il dans un billet relayé sur son compte Twitter. M. Scheer se demande pourquoi le chef libéral n’a pas encore accepté de participer à un débat organisé par le magazine « Maclean’s » et City TV le 12 septembre et au débat Munk sur la politique étrangère le 1er octobre.

« Pourquoi se cache-t-il ? Le fait que Trudeau ait beaucoup de choses à cacher ne justifie pas qu’il ne participe pas aux débats », soutient le chef conservateur.

L’ex-ministre conservateur James Moore, qui faisait également partie du comité consultatif sur l’ALENA, a refusé de commenter les critiques de M. Scheer sur la « capitulation » de M. Trudeau. M. Moore, qui a été notamment ministre de l’Industrie dans le dernier gouvernement de Stephen Harper, s’était retiré de la vie politique fédérale avant les élections de 2015.

« C’est une bonne question, mais je refuse de me laisser entraîner dans la campagne électorale », a-t-il expliqué en entrevue.