(QUÉBEC) Québecor serait en discussion avec Groupe Capitales Médias (GCM) afin d’acheter ses journaux régionaux, dont Le Soleil, rapporte mercredi TVA Nouvelles, un média de Québecor.  

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

GCM, qui détient six quotidiens régionaux d’importance au Québec, du Saguenay à l’Outaouais, connaît des difficultés financières qui pourraient mettre en péril ses opérations. Le président de l’entreprise, Martin Cauchon, a envoyé en fin de journée mercredi un message à l’ensemble de ses employés « question de calmer un peu le jeu ».  

Dans sa lettre, obtenue par La Presse, il confirme que la compagnie assure ces derniers temps « une gestion serrée de sa trésorerie », rappelant « [qu’ils sont loin d’être] les seuls à devoir agir ainsi. »

« Je suis personnellement confiant en l’avenir. Nos quotidiens sont là pour rester. Nous travaillons d’arrache-pied pour mettre en place des solutions qui assureront la pérennité de nos journaux », a écrit M. Cauchon. Ce dernier n’a pas répondu à notre demande d’entrevue.

En matinée, mercredi, le 98,5 FM avançait de son côté que les finances de GCM étaient si serrées que l’entreprise n’était pas assurée de maintenir ses activités d’ici au début d’une commission parlementaire sur l’avenir des médias d’information, le 26 août prochain.  

Québec ouvert à aider l’entreprise 

À son arrivée au conseil des ministres, mercredi, François Legault s’est dit « ouvert » à ce qu’il y ait une « période d’ajustement » pour assurer la survie de journaux régionaux le temps que le gouvernement dépose un programme d’aide universel aux médias d’information.  

« On veut qu’il y ait de l’équité. Que ce qu’on offre à Capitales Médias, qu’on soit capable aussi de l’offrir à d’autres médias comparables », a dit le premier ministre.  

Un peu plus tôt, la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, affirmait pour sa part qu’il n’était « pas question de garrocher de l’argent de façon catastrophique en urgence pour sauver un média ». M. Legault a toutefois corrigé le tir, précisant que « s’il y a encore quelques mois devant nous avant qu’on dépose le programme, [on doit réfléchir à] ce qu’on peut faire pendant cette période pour s’assurer qu’on garde les journalistes et les annonceurs [chez Groupe Capitales Médias] ».

« Je m’attends à ce que le gouvernement ait besoin de faire un chèque », a dit le premier ministre.

Une source gouvernementale a pour sa part confirmé à La Presse que Martin Cauchon avait sollicité l’aide du gouvernement, mais que Québec se demandait quelles étaient ses intentions. Cherche-t-il à vendre ses journaux ? Ce brouillard complique un peu plus la tâche, nous a-t-on dit.  

Une commission parlementaire fort attendue 

Dans la semaine du 26  août, les parlementaires entendront les différents groupes de presse du Québec et divers acteurs du secteur de l’information en commission parlementaire. L’objectif de l’exercice est d’assurer la survie des médias d’information dont les revenus publicitaires s’étiolent au profit des géants américains du web (Facebook, Google, etc.).

Le Centre d’étude sur les médias (CEM) publiait plus tôt ce mois-ci un rapport sur l’État des médias au Québec, rappelant que « les médias, dans leurs formes traditionnelles, sont en crise. »

« Alors que les contenus des entreprises d’ici sont plus accessibles et souvent plus consultés que jamais, celles-ci se retrouvent privées de l’essentiel de leurs sources de revenus traditionnelles. Les contenus médiatiques sont récupérés par les plateformes numériques souvent étrangères, dont les moteurs de recherche et les réseaux sociaux », écrivait le chercheur Daniel Giroux.  

« C’est affolant. […] Ça prend des mesures d’urgence. Ça prend un plan d’urgence. Ça prend une politique qu’on reconnaisse [qu’il est fondamental] qu’on ait une diversité de l’information », a réclamé mercredi l’ex-journaliste et députée libérale Christine St-Pierre.

« Est-ce que ça prend un investissement de l’État [pour aider Groupe Capitales Médias] ? Si l’État considère que c’est important d’occuper son territoire, je pense que oui », a ensuite déclaré le député péquiste Harold Lebel.  

Le président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), Stéphane Giroux, a pour sa part affirmé hier que « si la survie à court terme de Groupe Capitales Médias est menacée, le gouvernement doit immédiatement donner un coup de main. »

« On parle d’information régionale dans des régions où s’il y a des fermetures de journaux, il ne reste plus rien. C’est inquiétant. Les gens pensent parfois qu’ils n’ont pas besoin de leurs journaux parce qu’ils ont les nouvelles sur l’internet… C’est comme dire que je n’ai pas besoin d’agriculture parce que j’ai un supermarché. Ça ne marche », a-t-il ajouté.

« La chose qu’il faut éviter, c’est que des journaux ferment. Parce que s’ils ferment, ça ne rouvrira pas », a prévenu de son côté le président de la CSN, Jacques Létourneau.  

À Ottawa, le bureau du ministre du Patrimoine canadien, Pablo Rodriguez, a rappelé hier que « la crise des médias est réelle et des milliers d’emplois sont en jeu. C’est pour ça qu’on a annoncé 600 millions de dollars pour appuyer le journalisme indépendant. Le gros de cet argent va être disponible rapidement et va être rétroactif jusqu’au 1er janvier 2019. Tous les partis doivent s’engager à maintenir cette aide, parce que sans elle, c’est la survie de plusieurs médias qui est en péril. Il y a urgence, parce que sans journalisme, il n’y a pas de démocratie. »

- Avec Tommy Chouinard et Fanny Lévesque, La Presse