(Ottawa) Taxant le groupe Québec Fier de «mouvement de la droite radicale», le ministre libéral Pablo Rodriguez voit en leur campagne d’appels et de textos automatisés un retour de la «vieille politique» et une tentative «d’acheter des votes».

Mélanie Marquis
La Presse

Celui qui assure pour un second cycle électoral la coprésidence de la campagne au Québec considère que les messages véhiculés sont les «mêmes qu’on voit chez les conservateurs», et que les questions de sondage sont «totalement orientées».

«On sait que ces groupes-là sont financés par des grandes corporations qui s’invitent dans la campagne. Ils ont de l’argent plein les poches, et ils essaient d’acheter des votes», lance Pablo Rodriguez en entrevue avec La Presse.

Le porte-parole du parti, Cory Hann, a écrit vendredi dans un courriel que la formation n’était «aucunement affiliée à ce groupe», et que les données recueillies par l’opération de Québec Fier n’iraient pas dans la banque conservatrice.

Interviewé jeudi pour discuter de l’offensive d’appels et de textos lancée il y a quelques jours, le directeur des communications de Québec Fier, Nicolas Gagnon, a également assuré que l’organisation n’avait aucun lien avec le Parti conservateur.

«D’accord, mais on a vu Canada Proud, Ontario Proud, Alberta Proud, des mouvements de droite qui sont pas mal toujours associés au Parti conservateur. Et ce sont souvent d’anciens employés et donateurs», offre le ministre Rodriguez en guise de réaction.

Le groupe Québec Fier, qui ne renie aucunement la filiation avec ces mouvements ayant respectivement contribué à l’élection des conservateurs Doug Ford et Jason Kenney, a été cofondé par Maxime Hupé, un ancien porte-parole de Maxime Bernier.

Et ce dernier, qui a perdu son emploi au bureau du sénateur conservateur Larry Smith lorsque son implication a circulé dans les médias, les a initiés à l’art du financement politique en leur présentant l’outil NationBuilder – que Maxime Bernier utilise.

«Ça nous permet de faire des appels et des envois de courriels, et on relie ça à PayPal de façon à ce que les gens nous donnent de l’argent. Ça a été assez formidable, grâce à Maxime Hupé», s’est enthousiasmé Nicolas Gagnon.

Robocalls conservateurs

Pour sa campagne, Québec Fier a fait appel aux services de la même firme avec qui le Parti conservateur fait affaire, soit Responsive Marketing Group (RMG). «C’est notre fournisseur principal», confirme le porte-parole du parti, Cory Hann.

Cette même firme torontoise s’était retrouvée mêlée dans le scandale des robocalls, une campagne téléphonique frauduleuse menée pendant l’élection de 2011 qui avait dirigé des électeurs vers de mauvais bureaux de vote.

«Ah ben c’est le fun! Je ne m’en souvenais pas… plus ça change, plus c’est pareil», s’esclaffe Pablo Rodriguez lorsque La Presse l’en informe, plaidant que dans le camp libéral, on mise sur le porte-à-porte plutôt que sur les appels et textos automatisés.

D’ici au 30 juin, tant les tierces parties comme Québec Fier que les formations politiques n’ont aucun plafond de dépenses à respecter. À compter de cette date, qui marque le début de la période préélectorale en vertu de la loi, des règles s’appliqueront.

La limite est d’un peu plus d’un million de dollars pour les tierces parties pendant cette période. Lorsque la campagne sera déclenchée, quelque part en septembre, le plafond sera abaissé à environ 500 000 $.